La période de Noël est un moment où on aime se retrouver en famille. Bien que nous bénéficions tous des efforts militaires du Canada, peu d’entre nous comprenons vraiment l’impact qu’a la guerre dans la vie de tant de personnes à travers le monde. Nous ignorons aussi souvent les petites choses, telles que les difficultés et la peine que les soldats et leur famille éprouvent lorsqu’ils sont séparés à Noël. Personne ne veut être éloigné de ses proches durant le temps des Fêtes mais, pour les troupes canadiennes, c’est parfois la triste réalité.
En décembre 1944, Thérèse Perrault est âgée de neuf ans. Même si elle ne croit plus beaucoup au père Noël, elle lui écrit tout de même plusieurs lettres. Mais ce n'est pas pour lui demander un cadeau. La poupée qu'elle aurait pu recevoir, elle souhaite qu'il la donne plutôt à une autre petite fille en Europe, où la guerre fait rage. Si le père Noël voulait vraiment lui faire plaisir, son plus beau cadeau serait de recevoir des nouvelles de son grand frère, Richard, parti au front. Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis que sa famille avait reçu sa dernière lettre...
Arthabaska (Québec)
Lundi 25 décembre 1944
Cher père Noël,
Avant d'aller à la messe de minuit, mes parents sont passés saluer nos voisins, les Maheu. Maman leur avait cuisiné des pâtés à la viande et des tartes. J'ai lu la douleur sur leur visage. Ils portaient leur brassard noir en signe de deuil. Pourquoi tant de misère, dites-moi, père Noël?
Une fois à l'église Saint-Christophe, j'ai prié avec toute ma ferveur, à en avoir mal aux genoux et aux mains que je tenais serrés. J'espérais que mes prières monteraient si haut dans le ciel qu'elles atteindraient le petit Jésus. En cette sainte nuit, je souhaitais un miracle.
À la fin de la célébration, les paroissiens étaient invités à échanger des voeux de circonstance : paix, amour, santé et prospérité. Nous avons quitté l'église rapidement, c'était assez difficile comme cela. C'est aussi parce qu'une autre messe nous attendait à la maison. Elle était diffusée à la radio nationale, depuis Londres, en Angleterre.
Quand nous avons allumé le poste de radio, un homme chantait en français « Sainte nuit ». Il en était au dernier couplet...
Ensuite, l'annonceur a parlé en anglais. Mon père traduisait comme il le pouvait. Il disait des mots comme : « militaire », « régiment de la Chaudière », « Minuit, chrétiens », et là, j'ai entendu la plus belle voix du monde.…
C'est... Richard qui chante! D'abord incrédules, mes parents ont vite réalisé que j'avais raison. C'était lui. C'ÉTAIT BIEN LUI!!!
Nous nous sommes tus pour écouter la fin du cantique. Il n'y avait plus de doute possible. Il n'y avait que Richard pour chanter ainsi le « Minuit, chrétiens ».
Extrait du livre Lettres de décembre 1944, par Alain M. Bergeron, Éditions Pierre Tisseyre, pages 41 à 49. Cette histoire est inspirée par l’histoire vraie de Armand Boily, soldat avec le régiment de la Chaudière.