
Malgré les décennies qui se sont écoulées depuis la bataille de la crête de Vimy, les efforts colossaux des Canadiens qui ont participé à cette bataille décisive de la Première Guerre mondiale demeurent gravés à jamais dans la mémoire collective du pays. Beaucoup de gens disent même que le Canada est arrivé à maturité en ces difficiles jours d’avril 1917.
La Première Guerre mondiale fut un conflit sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Elle est issue des tensions politiques et des alliances militaires complexes qui existaient en Europe à l’époque. En fait, l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à l’été de 1914 a entraîné une crise internationale qui a précipité l’Europe en guerre. Les hostilités, qui ont débuté en août, ont duré quatre ans et opposé la Grande-Bretagne et son empire, la France et la Russie, à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie.
En 1914, le Canada faisait partie de l’Empire britannique. Par conséquent, dès que la Grande-Bretagne a déclaré la guerre, le Canada était automatiquement en guerre. La Première Guerre mondiale a été accueillie avec beaucoup d’enthousiasme et de patriotisme par la population canadienne. En effet, des dizaines de milliers de Canadiens se sont empressés de s’enrôler dans les premiers mois suivant le déclenchement des hostilités, de peur de rater l’action. Ils n’avaient rien à craindre : la guerre n’a pris fin que quatre ans plus tard. Plus de dix millions de personnes ont perdu la vie dans des combats qui ont été révolutionnés par l’utilisation d’obus perforants, de puissantes mitrailleuses, de gaz toxiques, de sous-marins et d’avions de guerre.
Après l’avance initiale de l’Allemagne, le front occidental s’est rapidement transformé en une guerre de tranchées, la ligne de front serpentant sur une distance de quelque 1 000 kilomètres entre les côtes de la Belgique et les frontières de la Suisse.
La vie dans les tranchées était misérable. Souvent, les soldats étaient couverts de boue et ils avaient froid. Il leur fallait même cohabiter avec les rats. Dans ce genre de guerre, les adversaires ne sont séparés que par une mince bande de terre, un No Man’s Land de boue, de barbelés et de cratères d’obus. Avant de lancer une attaque, il fallait d’abord franchir tous ces obstacles, en essayant de se soustraire aux tirs des mitrailleuses, de l’artillerie et des tireurs d’élite ennemis. Souvent, il était même impossible d’aller chercher les morts ou les blessés dans le No Man’s Land.
Au printemps 1917, il y avait plus de deux ans et demi que l’Europe était en guerre, et aucun adversaire n’avait réussi à gagner beaucoup de terrain. En avril, les Alliés préparaient une offensive majeure dans la région d’Arras, en France. Les soldats canadiens devaient prendre la crête de Vimy.
La crête de Vimy se trouve au nord de la France, à environ 175 kilomètres au nord de Paris. C’est une colline longue et haute qui domine le paysage. L’Allemagne a envahi la crête de Vimy au début de la guerre et l’a transformée en une solide position défensive qui comportait un réseau complexe de tranchées et de tunnels, protégée par des soldats allemands très bien entraînés disposant de mitrailleuses et de pièces d’artillerie. Les tentatives précédentes des Alliés pour prendre d’assaut la crête de Vimy, en 1914 et 1915, avaient été en grande partie infructueuses, faisant des centaines de milliers de victimes dans les rangs britanniques et français.
Les Canadiens ont avancé vers les lignes de front face à la crête de Vimy à la fin de l’automne 1916. La bataille de la crête de Vimy a été la première occasion pour les quatre divisions du Corps canadien d’unir leurs forces. La planification et les préparatifs de la bataille ont été exhaustifs. Les soldats canadiens ont passé tout l’hiver à renforcer les lignes pour préparer l’assaut sur Vimy. Ils ont subi un entraînement rigoureux. Une maquette grandeur nature des systèmes des tranchées a été réalisée, et les soldats ont effectué d’innombrables exercices pour se préparer à l’attaque. Ils ont aussi effectué des raids dans les positions allemandes pour recueillir des renseignements sur les défenses ennemies.
Par ailleurs, les Alliés ont mené de vastes opérations « minières » : ils ont creusé des tunnels jusque sous les tranchées allemandes pour y placer des explosifs percutants qu’on ferait détoner au moment de l’attaque. Ils ont aussi élaboré un réseau de tunnels bien ramifié doté de rails, de canalisations d’eau, d’éclairage et d’énormes abris pouvant accueillir du matériel et des armes pour appuyer les Canadiens dans la bataille.
Pour affaiblir les défenses avant l’assaut, les Canadiens ont ouvert le feu par un barrage d’artillerie massif et prolongé. Les bombardements les plus intenses se sont déroulés sur plus d’une semaine pour éviter de révéler aux Allemands le moment exact de l’assaut. Plus d’un million d’obus ont martelé le terrain au cours de cet assaut que les Allemands ont appelé « la semaine de souffrance ».
Même les premiers avions militaires de l’époque ont joué un rôle dans la bataille en chassant du ciel les aéronefs et les ballons d’observation ennemis.
La bataille de la crête de Vimy débuta à 5 h 30, le lundi de Pâques 9 avril 1917. La première vague de 20 000 soldats canadiens, chacun portant jusqu’à 36 kilogrammes d’équipement, avança en direction du tir meurtrier des mitrailleuses, la neige et la giboulée leur fouettant le visage.
Les Canadiens avançaient, précédés par un « barrage roulant ». Cette ligne précise de tir d’artillerie intensif progressait à un rythme prescrit, minuté. L’infanterie canadienne suivait la ligne des explosions de très près. Les soldats pouvaient ainsi prendre les positions allemandes dans les moments critiques après l’explosion, avant que les soldats ennemis n’émergent de leurs abris souterrains.
Malgré les lourdes pertes qu’ont subies les bataillons des premières vagues, l’assaut canadien s’est poursuivi sans relâche. Vers midi, la majeure partie de la crête solidement défendue était capturée. La cote 145, nom donné au point le plus élevé de la crête, a été prise le 10 avril au matin. Deux jours plus tard, les Canadiens s’emparaient du « Bourgeon », autre point élevé de la ligne de front. Les Allemands ont été contraints à battre en retraite trois kilomètres plus loin. Les Alliés avaient maintenant pris le contrôle des hauteurs surplombant la plaine de Douai, une partie de la France qui était toujours occupée par l’Allemagne.
Le Corps canadien et le Corps britannique, au sud, avaient réussi à gagner plus de terrain, à capturer plus de prisonniers et à saisir plus de fusils que toute autre offensive britannique précédente. La bravoure dont ont fait preuve les soldats canadiens a valu à quatre d’entre eux la Croix de Victoria, la décoration militaire la plus distinguée au pays, pour des actes distincts au cours desquels ils ont pris des positions de mitrailleuses ennemies. Il s’agissait du Soldat William Milne, du Sergent suppléant Ellis Sifton, du Capitaine Thain MacDowell et du Soldat John Pattison.
Transport des soldats canadiens blessés hors du champ de bataille. Crête de Vimy, avril 1917.
Photo : Bibliothèque et Archives Canada PA-001125
La bataille de la crête de Vimy a été un succès retentissant, mais la victoire a coûté très cher. Des 100 000 Canadiens qui se sont battus, environ 11 000 furent blessés, dont près de 3 600 mortellement. À la fin de la Première Guerre mondiale, le Canada, un pays d’à peine huit millions d’habitants, avait fourni plus de 650 000 militaires. Le bilan des victimes a été très lourd pour notre pays : plus de 66 000 Canadiens ont été tués et 170 000 ont été blessés.
Des régiments d’un océan à l’autre ont contribué à la victoire, bien canadienne, de la bataille de la crête de Vimy et, ainsi, à la définition d’une identité nouvelle pour le pays. De plus, les réalisations militaires du Canada lors de la Première Guerre mondiale lui ont donné un plus grand poids sur l’échiquier international et lui ont valu le privilège d’apposer sa signature sur le Traité de Versailles qui a mis fin à la guerre.
Aujourd’hui, sur la cote 145, sur une parcelle de terre cédée à jamais au Canada par la France en guise de reconnaissance, le Monument commémoratif du Canada à Vimy surplombe le paysage champêtre. Sont inscrits sur le superbe monument les noms de 11 285 soldats canadiens portés disparus ou présumés morts en France. Le monument rend un vibrant hommage à tous ceux qui ont pris les armes au nom de leur pays, qui ont risqué leur vie à la guerre et qui ont payé un si grand prix pour garantir la paix et la liberté dont nous jouissons aujourd’hui.
Le programme Le Canada se souvient, d’Anciens Combattants Canada incite tous les Canadiens et les Canadiennes à se renseigner sur les sacrifices et les réalisations de tous ceux et celles qui ont servi et qui continuent de servir leur pays en temps de guerre et en temps de paix. Il invite aussi les citoyens à prendre part aux activités commémoratives qui aident à préserver l’héritage qu’ils nous ont légué et à le transmettre aux générations à venir.
Pour en apprendre davantage sur le rôle qu’a joué le Canada durant la Première Guerre mondiale, consultez le site Web d’Anciens Combattants Canada, à l’adresse veterans.gc.ca ou composez le numéro sans frais 1-866-522-2022.
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