Mémorial de Saint-Julien


Mémorial de Saint-Julien

Visible depuis plusieurs kilomètres, en bordure de la route principale allant d'Ypres à Bruges, l'impressionnant Mémorial canadien de Saint-Julien semble monter la garde auprès des morts, tel une sentinelle, pour rappeler la résistance héroïque des Canadiens durant les premières attaques aux gaz de la Première Guerre mondiale.

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Ce Mémorial est l'un des plus saisissants monuments de champs de bataille du front occidental. D'une hauteur d'environ onze mètres, ce simple bloc de granit, dressé au centre d'un parc dallé de pierre, est surmonté du «Soldat en méditation », la tête penchée, les épaules courbées, les mains repliées sur les bras retournés. L'expression du visage qui apparaît sous le casque d'acier est résolue mais sympathique, comme si ce soldat canadien méditait sur la bataille au cours de laquelle ses camarades firent preuve de tant de vaillance. Le Mémorial se dresse au centre d'un jardin entouré de cèdres géants taillés en cônes impeccables, qui s'harmonisent avec ce bloc élancé de granit.

Le Mémorial a été dessiné par un architecte de Regina, monsieur Frederick Chapman Clemesha, qui fut blessé lorsqu'il servait dans le Corps canadien durant la guerre. La pierre de la base du Mémorial a été tirée des carrières des Vosges, tandis que le buste a été sculpté à Bruxelles.

Le Mémorial de Saint-Julien fut dévoilé le 8 juillet 1923 par S.A.R. le duc de Connaught. Parmi les nombreux anciens combattants présents à cette cérémonie, se trouvait l'ancien commandant en chef des Armées alliées, le maréchal Ferdinand Foch. Rendant hommage à ceux que ce Monument voulait honorer, le maréchal déclara : « Les Canadiens ont payé cher leur sacrifice, et le coin de terre sur lequel se dresse ce monument de gratitude et de piété baigne dans leur sang. Ils ont écrit ici la première page du Livre de Gloire qui est l'histoire de leur participation à cette guerre » .

L'inscription qui figure sur le Monument rappelle la participation canadienne à la deuxième bataille d'Ypres :

ICI LES 22-24 AVRIL 1915 DIX HUIT MILLE CANADIENS DE LA GAUCHE BRITANNIQUE RÉSISTÈRENT VICTORIEUSEMENT AUX PREMIÈRES ATTAQUES DE GAZ DES ALLEMANDS 2 000 D'ENTRE EUX GLORIEUSEMENT TOMBÉS REPOSENT PRÈS DE CETTE COLONNE*

Ypres (1915)

Au cours de la première semaine d'avril 1915, les troupes canadiennes allèrent occuper, en avant d'Ypres, une portion de front faisant saillie dans les lignes alliées. Elles étaient flanquées, à droite, de deux divisions britanniques et, à gauche, d'une division française, le 45e Algérien.

C'est là que le 22 avril, les Allemands tentèrent de percer enfin les défenses alliées en recourant à une nouvelle arme : le gaz toxique. Après un tir intense d'artillerie, l'ennemi relâcha cent trente-cinq tonnes de chlore dans une brise soufflant du nord-est. Le gaz vint se déposer en un épais nuage olivâtre au-dessus des tranchées françaises et mit les soldats en déroute; ceux-ci, démunis de toute protection et les poumons déchirés, s'effondrèrent ou prirent la fuite, laissant une brèche de six kilomètres dans les lignes alliées. Profitant de leur avantage, les Allemands menacèrent un moment de prendre les Canadiens à revers et d'enserrer cinquante mille soldats canadiens et britanniques dans un mortel étau. Heureusement, l'ennemi n'avait prévu qu'une offensive limitée et, comme ses troupes étaient insuffisantes, fut incapable d'exploiter la situation. Après une avance de trois kilomètres seulement, il s'arrêta et se retrancha.

Mémorial de Saint-Julien Les Canadiens manoeuvrèrent toute la nuit pour colmater la brèche. Ils organisèrent même une contre-attaque pour déloger l'ennemi de Kitchener's Wood, chênaie située près de Saint-Julien. Le lendemain ils lancèrent deux autres contre-attaques pour s'emparer des positions ennemies. Ils ne gagnèrent que peu de terrain, et cela au prix de pertes extrêmement lourdes. Ces attaques leur donnèrent néanmoins un peu de répit pour colmater la brèche.

La bataille de Saint-Julien allait être plus âpre encore. Le 24 avril, les Allemands déclenchèrent une offensive afin d'anéantir le saillant une fois pour toutes. Un autre violent bombardement fut suivi d'une nouvelle attaque au gaz, dirigée cette fois contre les Canadiens. Une furieuse bataille s'engagea alors au milieu des éclats d'obus et des balles de mitrailleuses; handicapés par des fusils qui s'enrayaient constamment, pris de violentes nausées et essayant tant bien que mal de se protéger du gaz avec des chiffons imbibés d'eau boueuse, les Canadiens n'en tinrent pas moins bon jusqu'à l'arrivée de renforts.

C'est ainsi que dès leur premier engagement sur un champ de bataille européen, les Canadiens se firent une réputation de redoutables soldats. Cependant, la bataille avait coûté cher. En quarante-huit heures, le contingent canadien formé de civils hâtivement entraînés avait perdu six mille trente-cinq hommes, soit le tiers de ses effectifs. C'était un sombre aperçu de ce que réservait l'avenir.

*Ces deux mille Canadiens reposent dans divers cimetières de guerre des environs.

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Date de modification :
2011-10-01