De quoi devrions-nous nous souvenir?

Les documents officiels nous relatent des informations concernant la taille et la puissance des armées, les stratégies militaires et les résultats des batailles. Évidemment, nous devons nous souvenir de tous ces faits. Toutefois, nous devons considérer d'autres aspects de la guerre pour bien saisir l'histoire. Nous devons y mettre un visage humain. La perte de camarades, les conditions de vie extrêmes, l'entraînement intense, la peur, l'épuisement mental, spirituel et physique, nous aident à mieux comprendre le vécu des marins, des soldats, des aviateurs en temps de guerre.

La Première Guerre mondiale - 1914-1918

La première bataille importante à laquelle les Canadiens se sont livrés au cours de la Première Guerre mondiale a eu lieu à Ypres en Belgique, le 22 avril 1915 alors que les Allemands utilisèrent des gaz toxiques. En dépit des 150 tonnes de gaz toxique qui se sont répandues dans les tranchées, les troupes canadiennes ont maintenu leur position, et ont réussi à arrêter l'avancée de l'armée allemande et ce, malgré des pertes énormes. En 48 heures, un Canadien sur trois a été tué à Ypres et à Saint-Julien. L'un des survivants décrit les suites horribles de ces attaques au gaz.

La salle était pleine d'hommes mourants et grièvement blessés. De la paille écrasée et des pansements souillés gisaient un peu partout dans des mares de sang. L'air, rendu fétide par les émanations de gaz, était alourdi par la poussière de plâtre et de briques brisées qui volaient en éclats, et rendu suffocant par la fumée qui s'échappait des toits de chaume en feu.6

Faisant appel à une stratégie militaire désuète du 19e siècle, les généraux alliés croyaient que l'envoi de soldats de l'infanterie par vagues successives viendrait éventuellement à bout de l'ennemi. La montée en flèche des taux de pertes démontra que les soldats attaquant à l'aide de carabines et de baïonnettes ne faisaient pas le poids devant les mitrailleuses allemandes. De chaque côté, on se retrancha, si bien que le front ouest en France et en Belgique devint bientôt une mosaïque de tranchées s'étendant de la Suisse jusqu'à la mer du Nord.

En avril 1917, les Canadiens ont contribué à changer le cours de la bataille en remportant une importante victoire sur la crête de Vimy. Ce triomphe avait, lui aussi, son prix : plus de 10 000 morts et blessés en six jours. La guerre se poursuivit pendant plus d'un an. Cependant, l'Armistice fut finalement signé le 11 novembre 1918, et les Canadiens prirent part à un défilé de combattants triomphants à Mons en Belgique. Pendant toute la durée de ce conflit, les Canadiens ont démontré qu'ils pouvaient faire leur juste part pendant la guerre. Par leurs efforts, ils ont permis au Canada d'occuper une nouvelle place parmi les nations du monde.

La Seconde Guerre mondiale - 1939-1945

De retour en Angleterre, un officier canadien blessé lors du raid sur Dieppe. (Bibliothèque et Archives Canada 8225)

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Canadiens ont combattu vaillamment sur les champs de bataille situés un peu partout dans le monde. Plus d'un million d'hommes et de femmes se sont enrôlés dans l'armée, la marine et l'aviation. Ils étaient prêts à faire face à n'importe quelle épreuve pour défendre la cause de la liberté. Une fois la guerre terminée, plus de 42 000 d'entre eux avaient donné leur vie. Les Canadiens et les Canadiennes ont également été très actifs sur le front national à titre d'ouvriers et d'ouvrières dans des usines de munitions, de membres de la défense civile et d'organisations de service volontaire ou de citoyens ordinaires faisant leur part en vue de l'effort de guerre.

En décembre 1941, les soldats canadiens ont participé à la défense de Hong Kong contre les Japonais qui s'est soldée par un échec : 493 Canadiens ont été blessés et 557 autres sont morts au combat ou en captivité comme prisonniers de guerre. Le traitement réservé aux prisonniers de guerre fut horrible. Ils travaillaient de longues heures et ils étaient sous-alimentés. Le menu quotidien consistait en une poignée de riz chacun. Ils arrivaient parfois à se faire une infusion à partir de pelures de pommes de terre, de feuilles de carotte et de boutons d'or qu'ils avaient réussi à mettre de côté en cachette. On peut facilement s'imaginer les conséquences d'une telle situation :

« À cause du régime alimentaire quotidien de 900 calories, Sydney Skelton a vu son corps fondre presque littéralement. Son poids est passé de 145 à 89 livres. De plus, lorsqu'un groupe de prisonniers réussissait à soudoyer un garde pour obtenir une miche de pain, ils la divisaient après l'avoir mesurée avec une règle, afin que chacun ait une part égale. »7

Les Canadiens ont joué un rôle déterminant en Europe. En août 1942, les Canadiens attaquèrent le port français de Dieppe. Les Canadiens représentaient près de 90 p. 100 des forces d'assaut. Le raid fut un désastre. D'un nombre total de 4 963 Canadiens, 3 367 furent tués, blessés ou faits prisonniers de guerre. Lucien Dumais y était et il décrit la plage lors du débarquement :

« La plage était devenue une boucherie, et un grand nombre de nos hommes de la seconde vague d'assaut gisaient là, blessés ou morts. Certains des blessés nageaient vers le large, à la rencontre de notre flottille, et la mer était rougie par leur sang. Certains s'enfonçaient et disparaissaient. Nous les regardions, impuissants, mourir, sans même pouvoir leur porter secours, car nous étions là pour combattre et non pour rescaper ceux qui étaient blessés et en train de se noyer. Toute l'opération commençait à prendre l'aspect d'un désastre. »8

Au fur et à mesure que la guerre se poursuivait, les Canadiens et les Canadiennes ont joué un rôle actif. Ils ont participé à la conquête de la Sicile en 1943, et défait les nazis en Italie malgré de fortes résistances particulièrement à Ortona et Rimini. Le 6 juin 1944, jour J, les Canadiens étaient sur les premières lignes de front des forces alliées qui ont débarqué sur la côte normande. Au cours de cette bataille, les trois armées des Forces canadiennes (la marine, l'armée et l'aviation) ont participé à l'assaut. En Normandie, le combat a été féroce, et les pertes ont été lourdes. Environ 14 000 Canadiens sont débarqués sur la plage Juno. Il y eut 1 074 victimes dont 359 décès.

Les Canadiens rencontrèrent une forte résistance de la défense allemande au cours des combats dans le nord-ouest de l'Europe, particulièrement à Caen et à Falaise en France, de même que lors de l'opération de nettoyage des ports de la Manche en France et en Belgique. Par ailleurs, en défaisant les nazis sur les rives de l'estuaire de l'Escaut, lors de combats acharnés sur des terrains inondés, les Canadiens permirent aux Alliés de poursuivre leur avancée.

En mai 1945, la victoire en Europe devint une réalité, et des millions de personnes ont alors célébré le jour de la victoire en Europe. Toutefois, le dernier affrontement avec le Japon était encore à venir. C'est donc ainsi que le 6 août 1945, les Américains ont largué la première bombe atomique sur Hiroshima. Trois jours plus tard, une deuxième bombe détruisait Nagasaki. Le 14 août 1945, le Japon acceptait la capitulation sans condition exigée par les Alliés, et ainsi prit fin la Seconde Guerre mondiale.

La guerre de Corée - 1950-1953

Des hommes du 2e bat. du PPCLI en patrouille, mars 1951.(Bibliothèque et Archives Canada PA 115564)

Après la Seconde Guerre mondiale, les troupes canadiennes ne purent se reposer très longtemps. En 1950, les soldats canadiens furent mobilisés à nouveau par l'Organisation des Nations Unies (ONU) pour défendre la Corée du Sud contre une invasion de la Corée du Nord. En 1951, la République populaire de Chine s'était ralliée à la Corée du Nord contre la force de l'ONU. En Corée, les Canadiens ont participé à la bataille de Kapyong, aux combats menés à Chail-Li, à l'avance qui permit de franchir la rivière Imjin, et aux opérations de patrouille de la plaine de Chorwon. Lorsque les hostilités prirent fin en 1953, les Canadiens sont restés en Corée pour faire partie des forces de maintien de la paix.

Les conditions de vie en Corée étaient souvent difficiles. Des conditions météorologiques difficiles, un terrain accidenté, un ennemi insaisissable et rusé, de même que des pertes de vie et des blessés, la maladie et des installations médicales restreintes étaient choses fréquentes. L'hiver de 1951 fut particulièrement pénible. À cette époque, ils vivaient 24 heures par jour dans les tranchées qui leur assuraient un peu de protection, mais très peu de confort. Comme l'indique l'un des soldats dans le récit qu'il fait de cette période, la température est venue aggraver ce qui était déjà une situation démoralisante :

« La pluie me coulait abondamment dans le cou. J'avais les mains engourdies. Il me semblait que je n'arrivais jamais à être au sec. Lorsque j'étais à genoux dans la neige ou que je devais avancer sous la pluie battante, je me mouillais les genoux et l'avant des jambes. L'humidité passait ensuite complètement au travers de mes vêtements, et ma peau devenait alors très délicate et douloureuse. »9

Au total, 26 791 Canadiens ont servi pendant la guerre de Corée, et environ 7 000 ont continué à servir entre le cessez-le-feu et la fin de 1955 alors que les soldats canadiens étaient rapatriés au pays. Les pertes au combat se sont élevées à 1 558, dont 516 morts. La participation du Canada n'a constitué qu'une petite partie de l'effort total des Nations Unies, mais elle fut plus importante par rapport à sa population que celle de la plupart des pays qui ont fourni des troupes pour constituer la force de l'ONU

« Elle (la participation canadienne à la guerre de Corée) marque également une nouvelle étape dans l'évolution du Canada comme nation. La participation canadienne en Corée fut suivie d'autres opérations de maintien de la paix où l'on vit des troupes canadiennes se déployer autour du monde dans de nouveaux efforts pour promouvoir la liberté internationale et maintenir la paix dans le monde. »10

De tous ces récits de guerre, les observations faites par les combattants sont les plus frappantes, car elles nous rappellent la vraie nature des conflits. Grâce à cette connaissance des réalités atroces de la guerre, nous pouvons nous efforcer davantage de faire en sorte qu'elle ne se répète plus.

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