Lettre de guerre de la part de capitaine Bellenden S. Hutcheson

Le capitaine Bellenden S. Hutcheson
V.C.... M.C.

Le texte de cette lettre a été transcrit à partir d'un brouillon trouvé dans une vieille malle en 1989. Nous avons mis entre crochets les lettres et mots donnés comme probables, bien que l'original soit illisible.

Cher capitaine Gwynn,

La présente vise à répondre à votre première série de questions au sujet de la 76e Brigade de l'artillerie royale de campagne.

La 76e Brigade appuyait l'infanterie canadienne qui tenait le front en face de Vimy. La brigade comprenait quatre batteries de canons de 18 livres (canons de campagne) et une batterie d'obusiers de 4,5 pouces. La couverture des canons était médiocre, mais je suppose qu'elle était aussi bonne qu'elle pouvait l'être pour des canons de campagne qui étaient en position depuis quelques jours seulement, et les quartiers occupés par les artilleurs étaient aménagés dans des caves tout près des canons, mais les obus qui nous pleuvaient dessus étaient de huit pouces et du type perforant. C'est du moins ce que disaient les artilleurs et, après avoir vu les explosions que produisaient ces obus, je n'étais pas en mesure de les contredire. Après que plusieurs abris eurent été défoncés, les soldats qui n'avaient pas été blessés se sont mis à creuser pour sortir les blessés des débris, alors même que le bombardement continuait, et c'est ce travail de sauvetage qui a été effectué sous une couverture clairsemée ou même inexistante.

Le bombardement a duré de 13 heures jusqu'à 22 heures, avec quelques périodes de répit, et il s'agissait apparemment de tirs de riposte de la part de l'ennemi, puisque nos propres canons n'étaient pas en action.

Comme vous le supposez, les artilleurs s'étaient réfugiés dans des caves, n'ayant pas prévu un bombardement d'une telle intensité avec des obus de gros calibre. Des obus à gaz et des explosifs brisants étaient utilisés de manière enchevêtrée. Mon travail consistait à panser les blessés, stopper l'hémorragie, donner une injection hypodermique de morphine au besoin et voir à ce que les blessés soient évacués vers l'arrière. Le gaz utilisé ce jour-là était le phosgène, gaz mortel à l'odeur douceâtre. C'était la première fois que je faisais l'expérience des gaz employés comme arme à la guerre et j'ai porté un masque une partie de la journée et donné l'ordre aux hommes d'en faire autant dès que la concentration était dangereusement élevée. Vous me demandez quelle fut ma propre réaction. C'était bien sûr très déconcertant de chercher à panser des blessés pendant que les obus pleuvaient, faisant jaillir des gerbes de débris tout autour, et de temps à autre, l'idée m'effleurait qu'il était fort possible que je subisse dans quelques secondes le même sort que les hommes atrocement blessés que je m'efforçais de soigner. Toute l'affaire semblait plutôt irréelle, surtout quand je me pris à penser, tout occupé que j'étais, que le massacre était tout à fait délibéré et systématique. J'étais tout à fait navré pour les jeunes artilleurs (dont beaucoup avaient environ 19 ans) qui subissaient cette épreuve. Je me rappelle un homme qui avait subi une blessure épouvantable dont il ne pouvait manquer de mourir à brève échéance et qui me suppliait, dans le fracas des explosions, de l'abattre. Tous les soldats qui sont allés au champ de bataille depuis savent qu'il faut une très grande force intérieure et énormément de bravoure pour rester tapi dans une tranchée et subir un pilonnage lourd sans être démoralisé et frappé de panique, et c'est pourquoi je n'oublierai jamais le travail de sauvetage ordonné effectué cet après-midi-là par les officiers et les hommes de l'artillerie sous un pilonnage intense.

Vous demandez comment les officiers d'artillerie ont réagi. Ils ont dirigé avec beaucoup de bravoure et de compétence les travaux de sauvetage et se sont efforcés de préserver les équipes d'artilleurs, dans toute la mesure du possible, afin de pouvoir tirer dès que l'ordre en serait donné.

Quand je faisais la tournée des tranchées devant Lens, j'opérais habituellement dans un trou à canon inoccupé ou une cave communiquant avec la tranchée de soutien que l'on avait transformée en ambulance. Les manoeuvres menées autour de G[um] Crossin et La Coulotte, bien qu'elles aient été marquées par de lourdes pertes, étaient plutôt des raids ou des attaques de diversion que des attaques de fixation; en conséquence, je n'accompagnais pas les troupes qui faisaient les sorties. Pendant une tournée de tranchée, je me tenais aux alentours de l'ambulance si l'ennemi était actif, afin de m'occuper des blessés, tandis que si le front était calme, je visitais les différents quartiers généraux des pelotons et des compagnies qui tenaient la ligne. S'avancer le long de la ligne, c'était parfois la partie la plus désagréable de la tournée, à cause de la noirceur, du risque de se perdre, de la boue et du pilonnage des routes juste à l'arrière de la ligne. La campagne de Passchendaele a été menée dans une mer de boue. Je n'ai jamais vu spectacle plus désolant que le saillant devant Ypres -- de la boue barattée parsemée de trous d'obus, et pas un arbre, aussi loin que l'on puisse voir. Il était nécessaire de marcher à la file indienne sur le chemin de caillebotis, à cause de la boue, sur une distance de cinq ou six milles, pour opérer une telle tournée. Nous étions la cible de tirs de mitrailleuses et de bombardements aériens et subissions un terrible pilonnage durant notre avancée vers la ligne et il n'était pas possible de construire un véritable réseau de tranchées, la ligne étant constituée par une série de postes creusés dans des trous d'obus. Mon ambulance était située à côté d'une casemate bétonnée, un ancien centre de résistance allemand. Le capitaine Dunlap, le médecin militaire du 102e Bataillon, qui fut tué par la suite, partageait l'ambulance avec moi. Je n'avais jamais rencontré Dunlap auparavant et quand il s'est présenté à notre rendez-vous, le visage mangé par une barbe noire de quatre jours, vêtu d'une tunique déchirée et de guêtres qui ressemblaient plutôt à des ficelles, il ressemblait tellement à un clochard de théâtre que je lui ai éclaté de rire en pleine face. C'était un brave type et nous sommes devenus bons amis.

Les brancardiers avaient les plus grandes difficultés. Tout le secteur était continuellement pilonné par l'ennemi. La casemate nous abritait d'un côté et des toiles munies de camouflage constituaient le toit de l'ambulance. Quand on ne nous amenait pas de blessés, Dunlap et moi allions nous terrer dans la casemate où nous avions une certaine sécurité. Nous n'avions jamais de simples soldats avec nous, car il n'y avait littéralement nulle part où il était possible de se tenir debout sans enfoncer jusqu'aux genoux dans la boue et le nombre de blessés n'était pas si grand que deux médecins militaires ne puissent faire tout ce qui devait être fait. Quand nous avons été relevés par le médecin militaire de l'unité anglaise qui a pris le relais, Dunlap et moi-même, de même que le capitaine A.A. Gray, adjudant du 75e, avons commencé à nous replier vers Ypres, en suivant le chemin de caillebotis. Les divers pelotons de notre bataillon s'étaient repliés l'un après l'autre, à mesure que les renforts arrivaient. Comme d'habitude, un feu nourri était dirigé vers le chemin de caillebotis. Nous avons rencontré le régiment Argyle and Sutherland Highlanders qui s'en allait au front et c'est alors qu'un obus est tombé droit au but en plein milieu des troupes environ 200 pieds devant nous. Leurs morts et leurs blessés s'empilaient dans des attitudes grotesques et leurs camarades s'activaient fiévreusement pour les dégager quand nous sommes passés en trottinant devant le trou d'obus fumant. Nous ne nous sommes pas arrêtés, parce que leur propre service médical était sur les lieux, que les officiers avaient amplement d'aide, et parce que chaque unité était censée s'occuper de ses propres morts et blessés.

Au sujet de la citation pour la Croix militaire : Le « terrain découvert » dont il est fait mention était des champs de blé et autres terrains plats et non boisés que nous avons traversés entre Beaucourt et Le Quesnel, juste à gauche de la route Amiens-Roye. Comme nous avancions, nous étions fréquemment dans la ligne de mire directe de ballons ennemis dirigeant le tir d'artillerie. Quand un obus tombait, on était à peu près sûr qu'une demi-douzaine d'autres suivraient à brève échéance dans un rayon d'une cinquantaine de verges; par conséquent, quand les premiers obus faisaient des victimes, il fallait soigner celles-ci sous une pluie de débris soulevés par l'explosion des obus qui suivaient.

Il fut nécessaire de traverser les rues de Le Quesnel plusieurs fois pendant le barrage, afin de trouver les blessés qui étaient éparpillés dans la ville. J'ai supervisé les opérations et, pendant des accalmies, les blessés ont été amenés dans une cave où j'avais établi mon ambulance. Les pelotons fournissaient des brancardiers. Les hommes de ma propre section médicale, comprenant un sergent, un caporal et deux simples soldats, m'accompagnaient une partie du temps, ou bien ils restaient dans l'ambulance quand je sortais, ou encore ils sortaient eux aussi à la recherche des blessés.

Alors que le 4e C.M.R. et des blindés traversaient le village, les tirs ont repris en intensité. Les Allemands se trouvaient à environ 240 verges à l'extérieur du village. Au moment où le caporal Adnitt et le soldat Marigold et moi-même étions en train de soigner des blessés dans une encoignure, près d'une rue qui essuyait un feu nourri, une compagnie du 4e C.M.R. nous a dépassés. Au moment où l'arrière de la compagnie atteignait la rue, à une centaine de pieds de nous, un obus est tombé en plein milieu du groupe. Environ six hommes sont tombés. Comme ils s'en allaient participer à une offensive, ils ne pouvaient pas s'arrêter pour soigner leurs blessés. Adnitt, Marigold et moi-même sommes partis à la course pour les secourir. Le commandant de la compagnie gisait face contre terre, l'arrière de la tête arraché. Je me rappelle avoir lu le grade et le nom « Capitaine MacDonald » sur une pièce de son équipement. Trois autres hommes étaient morts et gisaient à côté de lui. Le sergent-major de la compagnie avait une jambe arrachée juste au-dessus du genou et plusieurs hommes étaient moins grièvement blessés. En toute hâte, nous avons pansé sommairement les blessés et les avons sortis de là, car les obus pleuvaient, pour les mettre à l'abri le plus tôt possible. L'un des hommes qui avaient été tués transportait manifestement des bombes fumigènes au phosphore qui avaient mis le feu à ses vêtements. Nous avons essayé d'éteindre le feu, mais ses vêtements et son corps semblaient imprégnés de phosphore et c'était impossible à éteindre. Il était évident d'après ses blessures qu'il avait été tué instantanément et, comme les obus continuaient de pleuvoir abondamment, nous l'avons laissé là. Plus tard dans la journée, après que l'ennemi eut été repoussé et que le secteur se fut calmé, j'ai revu son corps. Il était presque complètement incinéré.

J'ai soigné très peu d'ennemis blessés à Le Quesnel, car il était évident qu'ils avaient réussi à évacuer leurs blessés avant que nous prenions le village. Un jour ou deux plus tard, nous avons pris un hôpital temporaire installé sous une tente qui était remplie de soldats allemands blessés. Mes hommes et moi-même les avons pansés jusqu'à ce qu'il soit possible de les évacuer, par simple humanité. J'ajoute qu'ils nous en étaient très reconnaissants. Je joins à la présente une esquisse très approximative de l'attaque du 2 septembre. Les Allemands n'ont pas utilisé beaucoup de gaz ce jour-là dans notre secteur. Je ne crois pas qu'ils aient beaucoup utilisé la baïonnette non plus, quoique je ne sois pas en mesure de le savoir.

Je n'ai pas gardé copie des notes que je vous ai envoyées et j'ignore donc quels détails je vous ai fournis au sujet du 2 septembre. Mon équipe médicale et moi-même étions au travail le long de la crête, en train de soigner des blessés, lorsque le bataillon a été arrêté à court de son objectif. Les tirs de fusils, de mitrailleuses et d'artillerie étaient intenses. Nous avons atteint les blessés en rampant ou en courant en position courbée et, quand le tir devenait trop intense, nous nous aplatissions au sol et nous accrochions comme moules au rocher. Mon sergent, Harry Munnell, a reçu la Croix militaire et mon caporal, George Adnitt, a reçu la Médaille de service méritoire pour le travail accompli ce jour-là. Je ne saurais trop vanter leur bravoure et leur sens du devoir.

Au sujet du capitaine Dunlop (qu'il ne faut pas confondre avec le capitaine Dunlap, le médecin militaire du 102e Bataillon dont j'ai parlé tout à l'heure). Il a été le premier touché à l'abdomen par une balle de fusil, au moment où il atteignait la crête à la tête de sa compagnie. Il s'était avancé, bravant un feu nourri, en balançant nonchalamment son bâton de marche. Nous n'avons pas eu tellement la chance de faire la conversation pendant que je pansais ses blessures, mais il m'a demandé si nous avions de lourdes pertes. Vingt ou trente minutes plus tard, je me suis de nouveau trouvé près de lui et il m'a dit qu'il avait été touché à la cuisse pendant qu'il était immobilisé à cet endroit. Nous l'avons donc descendu dans un trou d'obus. Comme sa première blessure était à l'abdomen, il était souhaitable de le ramener à l'arrière pour être opéré le plus tôt possible et le sergent Munnell et moi-même avons donc arrêté trois ou quatre prisonniers allemands et les avons réquisitionnés comme brancardiers. Un canon de campagne ennemi, situé à environ un mille devant nous, sur notre droite, a commencé à tirer sur nous et le premier ou le deuxième obus est tombé en plein sur nous, ou c'est du moins ce qu'il m'a semblé. J'ai été projeté dans le trou d'obus et l'un des Allemands s'est retrouvé par-dessus moi; Munnell a été assommé et a roulé sur le sol, un homme blessé qui gisait tout près a eu l'oreille presque arrachée et les deux autres Allemands, blessés et hurlant de douleur, se sont mis à courir vers nos lignes. Comme je me débattais sous l'Allemand, il pleurait et gémissait et je l'ai apostrophé sans ménagement pour qu'il cesse de peser sur moi de tout son poids. Dunlop a dit : « Il est salement touché, docteur; regardez son visage ». J'ai regardé, et il avait le visage tout gris. En même temps, j'ai vu qu'il avait à la cuisse une blessure d'où le sang jaillissait d'une artère fémorale sectionnée. Comme je plaçais un tourniquet au-dessus de la blessure, il a bougé un peu et c'est alors que j'ai vu qu'il avait tout le côté de la poitrine arrachée. Il a expiré en moins d'une minute. Pendant tout ce temps, le canon de campagne continuait de tirer sur nous, au rythme d'environ un obus toutes les 10 ou 15 secondes, dont la plupart tombaient à moins de 15 ou 30 verges de nous. Tous les quatre, Munnell, Dunlop, un autre soldat blessé et moi-même étions terrés dans le trou d'obus, et au-dessus de nous, le vacarme était assourdissant : les tirs de mitrailleuses et de fusils devant nous, nos avions qui faisaient du rase-mottes à 50 pieds du sol en tirant sur l'ennemi, et les obus qui explosaient tout autour. Quelqu'un a fait remarquer que ce n'était pas l'endroit idéal pour s'asseoir et lire son journal; quelqu'un d'autre a dit que ce serait vraiment le carnage si jamais le Fritz parvenait à envoyer un coup au but sur notre trou d'obus. Bientôt, l'ennemi a été repoussé, les tirs se sont atténués et nous avons pu amener Dunlop et les autres blessés qui étaient éparpillés le long de la crête, sur environ 200 verges, vers une tranchée où nous amenions nos blessés.

Vous voulez savoir dans quelles circonstances nous sommes venus en aide au sergent mentionné dans la citation de la Croix de Victoria : il s'agissait du sergent McCullogh, qui faisait partie des éclaireurs du bataillon. Si je me rappelle bien, au moment dont il est fait mention, il était plaqué au sol près de notre colonel, qui dirigeait bien sûr l'attaque; il y avait là aussi l'adjudant, McCullogh et plusieurs autres. Les tirs juste devant étaient devenus clairsemés, ne laissant plus que quelques rafales de mitrailleuses et coups de feu isolés, et le colonel a envoyé McCullogh se renseigner, car je crois qu'il voulait savoir dans quelle mesure le flanc droit avait progressé. Il y avait une accalmie et il semblait que l'ennemi se repliait. Il est donc parti à la course vers sa droite sur une distance d'environ 200 pieds, en se tenant penché, lorsqu'on entendit un seul coup de feu, suivi d'une rafale de mitrailleuses, et il est tombé. D'après mon estimation, l'ennemi se trouvait à une distance de 100 à 300 verges devant, dans le chemin creux. J'ai couru vers lui et ai pansé sa blessure; il était dangereusement atteint au bassin. Je ne me rappelle pas notre conversation et ne me rappelle pas non plus s'il a été placé dans un trou d'obus. Quand le terrain était légèrement ondulé, on était parfois assez bien [protégé] en s'allongeant à même le sol. Je suis resté à ses côtés pendant cinq ou dix minutes, après quoi je me suis éloigné en rampant pour vaquer à mes occupations. Nous sommes revenus vers lui peu de temps après.

Je joins un extrait de « A History of the 75th Battalion », dans lequel on décrit brièvement les mouvements du bataillon entre le 2 septembre et l'Armistice. Comme il est précisé, j'étais en permission pendant les manoeuvres du 27 septembre au 4 octobre, alors que nous avons subi de lourdes pertes. Je ne voulais pas m'en aller en permission à ce moment-là et je m'efforçais de faire remettre à plus tard mon congé, pour pouvoir partir en même temps que mon frère, qui était lieutenant d'infanterie dans la division Rainbow de l'Armée américaine. En fin de compte, c'est probablement aussi bien que ma permission ait été accordée au moment où elle l'a été.

En compilant ces notes, je me suis penché sans m'y appesantir sur mon expérience, d'un point de vue purement médical. Vous avez copie d'un discours que j'ai prononcé et dans lequel je traitais dans une certaine mesure de cette étape de mon service.

Comme la plupart des médecins régimentaires, je m'efforçais dans toute la mesure du possible d'être juste envers les hommes quand je les déclarais aptes au service ou les envoyais au front s'ils prétendaient être malades ou invalides.

Je n'ai jamais été blessé. Le 2 septembre 1918, j'ai plié les genoux au sol quand une balle de mitrailleuse ou de fusil a fait une profonde encoche dans mon casque d'acier. En novembre 1917, alors que nous nous dirigions vers Passchendaele, un éclat d'obus à explosif détonant m'a renversé au sol alors que nous passions devant la halle aux draps à Ypres et le dos de mon imperméable et de ma tunique ont été déchirés, mais je n'ai subi aucune blessure, sinon une grave contusion.

Vous me demandez pourquoi je me suis enrôlé dans l'Armée canadienne : j'avais plusieurs raisons que je cite pêle-mêle. Tout d'abord, je sympathisais grandement avec la cause alliée. Deuxièmement, mes ancêtres étaient anglais; mon arrière-grand-père a servi sous Lord Nelson et a perdu un oeil à la bataille de Trafalgar, et mon grand-père paternel est venu aux États-Unis depuis l'Angleterre dans les années 1840 et a été capitaine et adjudant dans un régiment de New York pendant la guerre civile. Le troisième facteur, c'était mon désir d'acquérir de l'expérience comme chirurgien et mon désir d'aventure, et j'estimais que je serais comblé sur les deux plans en allant à la guerre.

Je vous prie de ne pas me citer dans votre narratif. J'ai la certitude que je peux me fier à vous pour ne pas donner des événements que je viens de relater une version fantaisiste.

Au sujet de ma référence à l'Encyclopédie Britannica dont vous dites que vous n'avez pu trouver la trace : la référence se trouve aux pages 952 à 959, dans le volume III du supplément à la treizième édition intitulé « The Three New Supplementary Volumes, Constituting with the Volumes of the Latest Standard Edition the Thirteenth Edition ». Le copyright est de 1926.

Vous trouverez dans ces pages un compte rendu très exact et détaillé des manoeuvres des 8 août et 2 septembre 1918. On y trouve aussi deux très bonnes cartes.

Citation de la Croix militaire :
Le capitaine Bellenden S. Hutcheson, 75e Bataillon de l'Armée canadienne (Toronto Scots). "Le 8 août 1918, avant que le bataillon n'atteigne le point de départ de l'attaque, l'ennemi a tiré un barrage nourri et qui a fait de nombreuses victimes. Cet officier a travaillé sans relâche pour soigner et panser les blessés en terrain découvert sous un feu nourri. Pendant le nettoyage d'un village (à 80 milles au nord de Paris), il a traversé les rues plusieurs fois pour soigner les blessés. Il a aussi volontairement pansé près de 100 soldats ennemis blessés qui avaient été laissés derrière."
Citation de la Croix de Victoria :
"Cité pour bravoure insigne et le plus grand dévouement au devoir le 2 septembre 1918, alors que sous un feu nourri d'artillerie, de mitrailleuses et de fusils, il a traversé la ligne de soutien Queant-Drocourt avec le bataillon. Sans aucune hésitation et sans tenir le moindrement compte de la sécurité de sa personne, il est resté sur le terrain jusqu'à ce que chaque homme blessé ait été soigné. Il a pansé les blessures d'un officier grièvement blessé alors qu'il essuyait un tir nourri de mitrailleuses et d'obus et, avec l'aide de prisonniers et de ses propres hommes, a réussi à l'évacuer vers l'arrière et la sécurité, en dépit du fait que les brancardiers ont subi de lourdes pertes. Immédiatement après, il s'est précipité vers l'avant, à découvert, en pleine vue de l'ennemi, sous un tir nourri de mitrailleuses et de fusils, pour soigner un sergent blessé et, l'ayant placé dans un trou d'obus, a pansé ses blessures. Le capitaine Hutcheson a réalisé de nombreux actes de bravoure semblables et son sang-froid et son sens du devoir ont permis de sauver de nombreuses vies."
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