La fille d’Anvers (deuxième partie)

La force francophone

La fille d’Anvers (deuxième partie)

Transcription
La fille d’Anvers (deuxième partie) Elle revient avec un trench coat blanc. Non, j’ai dit : « non, on partira pas en pleine nuit avec untrench coat blanc. » J’ai eu une idée. Elle avait une jupe noire en dessous. J’ai dit à mon caporal Meunier : « enlève ta tunique (inaudible), donne-lui. Passe-moi ta sten. » Là, ça marche notre affaire. Une autre patente. Elle s’appelle Marie-Jeanne. Marie-Jeanne Van den Busch. « Tu vas venir nous montrer le chemin, tu vas suivre mes instructions à la lettre. Je vais te montrer comment tirer ce fusil-là. » J’enlève le magasin, je lui mets le safety, enlève le safety cap, je retire l’action. « Tu vois, je fais ça, puis je pèse, ça part. Quand le magasin va être dedans, les balles vont sortir. Au complet! Tu ne tires pas tant que je ne te donnerai pas d’ordre. Tu me suis à côté de moi, très près. Tu m’as compris? » « Oui. » « Répète! Enlève le magasin, tire sur la patente, tire sur le safety cap, pèse sur la gâchette, la patente part en avant. Là, je lui dis, si le magasin avait été dedans, t’aurais perdu trente-deux balles dans une fraction de minute. Compris? Viens-t’en! » On part. On traverse, on s’en va à peu près cent mètres (inaudible), on descend vers le canal, on passe deux rues, on revient le long du canal, puis là on s’en vient vers le pont. Puis, à travers les lumières qui éclatent dans les airs, on voit la, la structure du pont. Elle dit : « c’est lui, le pont. » Puis, il est pas sauté, on voit très, très bien toute la structure du pont. Je suis en train de disserter sur le pont quand, à un moment donné, rrrrr! Là, j’ai une mitrailleuse qui part en avant de moi, le long de la rue, et puis ça tire. Elle, elle se lève debout, puis elle part… Moi, à terre! En dessous d’une chaloupe, la tête la première. Elle, elle est debout, elle vide sa sten gun! Je l’ai ramassée par le fond de culotte, puis je l’ai foutue à terre. Puis là, j’ai commencé à l’engueuler, tsé : « c’est pas ci, pas ça que je t’avais dit… » En tout cas, elle était en pleine panique, elle aussi. J’ai dit : « viens-t’en! » Tout d’un coup, comme on était en train de placoter, j’étais en train de l’engueuler… Boum! Le pont saute. Tu parles d’une histoire. J’ai dit : « viens-t’en, c’est fini, le pont est sauté! » On est partis, on est partis puis on est allés retrouver sa maison : cinquante-neuf du Pont, la rue du Pont, Durnes nord. C’est incroyable, hein, c’est incroyable. À partir de ce moment-là, j’ai été un disciple des gars qui ont préconisé l’arrivée des femmes dans les forces armées. J’ai dit, j’avais vu des pompiers, des femmes pompiers en Angleterre, j’avais vu des femmes dans les locomotives, on manquait d’hommes, j’étais préoccupé! Une femme peut traîner une carabine puis j’ai vu qu’une femme pouvait être aussi déterminée comme combattante qu’un soldat peut l’être, c’est incroyable! Elle traînera pas cent cinquante livres, mais elle peut traîner un fusil, puis elle peut être très dangereuse! C’est tout ce que tu veux. C’est tout ce que t’as de besoin. L’histoire l’a prouvé à travers les siècles de toutes façons. Alors, j’étais content. Je suis retourné à la maison. On a pris un drink avec le père, la mère pleurait. J’ai conté l’histoire de sa fille. Le père était d’une fierté! Il était là, il la regardait, puis il lui tapait les joues puis il disait : « t’as tiré! » Elle dit : « oui, j’ai tiré! Mais, elle dit, le lieutenant m’a engueulé! » Je comprends!
Description

M. Forbes doit se rendre dans le port d’Anvers afin de localiser un bâtiment stratégique. Il y fait une rencontre décisive qui influencera son opinion sur la place de la femme au combat…

Jean Charles Bertrand Forbes

Né d'une famille d'industrialiste à Matane en mars 1921, Charles Forbes fait ses études chez les frères du Sacré-Cœur à Victoriaville. Il se découvre une vocation de soldat grâce au prêtre du village. Après un an au Collège Militaire Royal de Kingston en Ontario, il s'engage pour service actif en novembre 1941 et complète sa formation d'officier. Après divers stages comme instructeur, il s'embarque pour l'Angleterre en décembre 1942. Il est assignéé au Régiment de Maisonneuve qui débarque en Normandie le 6 juillet 1944. Il participe à plusieurs campagnes à la tête de son peloton jusqu'à son rapatriement vers l'Angleterre en décembre 1944 à la suite d’une blessure subie à Groesbeek, en Hollande près de la frontière allemande. À la suite d'un acte de bravoure exceptionnel lors de la capture du barrage reliant le Beveland du Sud à l'île de Walcheren en Hollande il est sacré Chevalier Militaire de l'Ordre de Guillaume par la reine Wilhelmine de la Hollande. C'est la plus haute décoration de bravoure accordée par les Pays-Bas. De retour au Canada au printemps de 1945, il est démobilisé en novembre 1945, mais se réengage pour participer à la guerre de Corée avec le 2e bataillon du Royal 22e Régiment. Il quittera définitivement l’armée en 1965.

Catégories
Médium :
Vidéo
Propriétaire :
Anciens Combattants Canada et Témoignages d'honneur
Durée :
3:53
Personne interviewée :
Jean Charles Bertrand Forbes
Guerre ou mission :
Seconde Guerre mondiale
Emplacement géographique :
Belgique
Branche :
Armée
Unité ou navire :
Régiment de Maisonneuve
Grade militaire :
Lieutenant
Occupation :
Commandant de peloton

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