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« …ils se sont fait mitrailler hier… »

La force francophone

« …ils se sont fait mitrailler hier… »

Transcription
« …ils se sont fait mitrailler hier… » Là, c’est la guerre. Là, c’est la guerre dans, dans toute sa dimension. Un, nous faisons face à des troupes qui sont fanatiques, disciplinées, nées par des officiers entraînés qui arrivent du front de Russie, qui savent faire la guerre dans les pires des conditions. Alors, leur opération est racée, est racée, intelligente, cultivée, professionnelle. Le colonel Bisaillon me fait venir pour me dire : « la compagnie attaque sur le flanc droit, en direction de (inaudible)-sur-Ornes et il y a deux postes de mitrailleuses dans le champ lorsque la compagnie sort du bois. Ils ont essayé, hier, de traverser. Ça a pas marché. Ils se sont fait mitrailler par les deux postes de mitrailleuses. La compagnie va réattaquer à midi. À onze heures, tu vas capturer les deux postes de mitrailleuses qu’il y a sur le flanc gauche pour leur permettre d’attaquer (inaudible)-sur-Ornes ». Compris! Je prépare mes hommes. Quand on est installés puis on est prêts, je dis à mes hommes : « êtes-vous prêts? » Il y a personne il y a personne qui jubile là-dedans. Ça parle pas. Ils sont très, très traumatisés par la (inaudible) qui est arrivée au boulevard (inaudible). C’est évident. Je suis pas un médecin, moi. Je suis pas là pour faire de la médecine. Je suis pas un psychologue non plus. Moi, j’attaque à matin. Je regarde, mon machine gunner, mon brand gunner à l’autre bout, il lève la main, mon brand gunner à gauche, je te lâche un cri : « fire! ». Puis là, on part. Je cours à peu près cinq, on a cent vingt-cinq à cent cinquante mètres à faire pour arriver sur les deux postes de mitrailleuses. Puis, je les vois, ce sont des buissons. J’ai vu une tête sortir. Alors, ils sont là, pas d’erreur. Je me revire de bord, j’ai pas un chat en arrière de moi. Je me jette à genoux. Il y a des Allemands dans la position d’en face qui a un MG-42 en face. La terre lève chaque côté de moi. Je me met à hurler : « laissez-moi pas! Abandonnez-moi pas, suivez-moi! Venez m’aider! » Je vois pas personne, il y a pas un gars qui a sorti du bois. Il sort un brave d’un trou d’obus. J’oublierai jamais son nom : soldat Cayer, C-A-Y-E-R. Il dit : « venez-vous en, lieutenant! ». On est partis tous les deux à la course, et on est arrivés. Il avait une carabine, moi j’avais une carabine. On a détruit le premier poste, l’autre poste de mitrailleuses, il y avait plus personne dedans. Il restait un Allemand dans le trou, il a été tué in situ. J’ai pris mon pistolet, puis j’ai envoyé un signal de succès, pour avertir le capitaine Angers que les mitrailleuses étaient détruites. Là, j’ai rien que deux carabines. J’oublie mes hommes complètement, je veux plus les voir, hein? Je veux plus les voir. Je prend la MG-42, puis je vois la ceinture de balles qui passe dedans. Je prends ça, puis je revire ça sur les Allemands après mon signal de succès. Pendant ce temps-là, le capitaine Angers attaque sur le flanc droit. Moi je me mets à tirer sur les Allemands, en avant de la compagnie. La compagnie ah… du, du, Alex Angers ils se sont dit « le poste de mitrailleuses a pas été détruit », ils tirent sur nous autres. Ils ont tout lâché, puis ça a été le bordel. Fait que, je suis revenu complètement débiné, complètement massacré, moralement, mentalement. Là, j’ai dit : « moi, qu’est-ce que je fais ici? La guerre vient de finir, je gagnerai rien tout seul! »
Description

Le colonel Forbes et ses hommes sont en direction de Falaise et sont en charge d’une mission qui a ratée hier et qu’on lui demande de réussir. La tension est palpable dans ce récit.

Jean Charles Bertrand Forbes

Né d'une famille d'industrialiste à Matane en mars 1921, Charles Forbes fait ses études chez les frères du Sacré-Cœur à Victoriaville. Il se découvre une vocation de soldat grâce au prêtre du village. Après un an au Collège Militaire Royal de Kingston en Ontario, il s'engage pour service actif en novembre 1941 et complète sa formation d'officier. Après divers stages comme instructeur, il s'embarque pour l'Angleterre en décembre 1942. Il est assignéé au Régiment de Maisonneuve qui débarque en Normandie le 6 juillet 1944. Il participe à plusieurs campagnes à la tête de son peloton jusqu'à son rapatriement vers l'Angleterre en décembre 1944 à la suite d’une blessure subie à Groesbeek, en Hollande près de la frontière allemande. À la suite d'un acte de bravoure exceptionnel lors de la capture du barrage reliant le Beveland du Sud à l'île de Walcheren en Hollande il est sacré Chevalier Militaire de l'Ordre de Guillaume par la reine Wilhelmine de la Hollande. C'est la plus haute décoration de bravoure accordée par les Pays-Bas. De retour au Canada au printemps de 1945, il est démobilisé en novembre 1945, mais se réengage pour participer à la guerre de Corée avec le 2e bataillon du Royal 22e Régiment. Il quittera définitivement l’armée en 1965.

Catégories
Médium :
Vidéo
Propriétaire :
Anciens Combattants Canada et Témoignages d'honneur
Durée :
4:08
Personne interviewée :
Jean Charles Bertrand Forbes
Guerre ou mission :
Seconde Guerre mondiale
Emplacement géographique :
France
Campagne :
Normandie
Branche :
Armée
Unité ou navire :
Régiment de Maisonneuve
Grade militaire :
Lieutenant
Occupation :
Commandant de peloton

Droit d’auteur ou de reproduction

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