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Sommaire de la recherche / septembre 2020

Étude qualitative longitudinale sur la santé et le bien-être des vétérans pendant la transition de la vie militaire à la vie civile

Réalisée en sous-traitance par l’intermédiaire de l’Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des vétérans

La transition de la vie militaire à la vie civile est un événement important. Comprendre les expériences des vétérans et ce qui favorise une transition saine permet d’orienter les programmes et les mesures de soutien destinés à ceux et celles qui quittent le service.

Sur quoi porte cette recherche?

Cette étude examine le bien-être des membres des Forces armées canadiennes (FAC) et des vétérans pendant la transition de la vie militaire à la vie civile et les mesures de soutien qui leur sont offertes pendant cette période.

Comment les chercheurs ont-ils procédé?

Les membres des FAC qui étaient sur le point d’être libérés ont été recrutés pour l’étude. Ils ont été interrogés à deux moments différents : de zéro à six mois avant la libération, puis de six à douze mois après la libération. Les recherches antérieures sur la transition de la vie militaire à la vie civile ont principalement utilisé des méthodes quantitatives, ce qui permet de généraliser les résultats à l’ensemble de la population. Cependant, cette étude a utilisé des méthodes de recherche qualitatives qui, bien qu’elles ne soient pas généralisables à l’ensemble des membres des FAC et des vétérans, permettent une exploration approfondie des expériences.

Aperçu des constatations

Entretiens avant la libération : de zéro à six mois avant la libération (80 participants)

  • 91 % ont servi dans la Force régulière et 9 %, dans la Force de réserve.
  • Revenu du ménage au cours de la dernière année : 59 999 $ ou moins (9 %), de 60 000 $ à 99 999 $ (46 %), 100 000 $ ou plus (44 %).
  • 55 % ont été libérés pour des raisons médicales (tous ont indiqué que ce n’était pas la voie qu’ils avaient espéré suivre au début de leur carrière, en parlant de déception, de sentiments mitigés et de l’impression d’être traités « comme une marchandise »).
  • 44 % ont été libérés pour cause de retraite ou volontairement pour des raisons familiales ou autres, comme des problèmes sur le lieu de travail.
  • 53 % recevaient déjà des services d’Anciens Combattants Canada (ACC) avant leur libération.
  • La plupart d’entre eux ont fait part d’émotions fortes concernant leur libération à venir, qu’elles soient positives, négatives ou mitigées. Ceux et celles qui ont choisi une libération volontaire ont eu le sentiment de maîtriser leur processus et étaient plus susceptibles d’éprouver des sentiments positifs.
  • L’élaboration et la mise en œuvre de plans après la libération ont aidé de nombreux membres à envisager une transition en douceur et à réduire l’anxiété associée, tout comme la planification financière. De nombreux participants ont indiqué que les compétences organisationnelles acquises dans les forces armées les ont aidés à bien planifier leur libération.
  • Les préoccupations concernant la pension, la stabilité financière et le maintien des niveaux actuels de qualité de vie ont souvent été signalées comme étant « probablement le plus grand facteur de stress ».
  • Beaucoup ont dit que l’emploi constituait une partie cruciale de leur avenir, en soulignant le sentiment d’utilité qu’il procure (certains avaient déjà planifié leur prochaine carrière).
  • Certains s’inquiètent de la possibilité d’établir de nouvelles relations sociales après leur libération ou d’essayer de maintenir des liens étroits avec leurs contacts militaires.
  • Les problèmes de santé étaient une préoccupation pour beaucoup d’entre eux et influençaient le moment et le type de libération. Il arrivait souvent aux militaires de signaler divers problèmes de santé mentale et physique. Certains pensaient que la libération des forces armées les soulagerait d’un grand stress physique et mental, mais l’accès aux services de santé – en particulier à un médecin de famille – dans le système civil était une préoccupation majeure.
  • Les frustrations liées à la bureaucratie et à la paperasserie ont souvent été citées (par exemple, la pension, les services de déménagement, les avantages d’ACC).
  • La plupart avaient accès à un soutien par l’entremise de canaux officiels et officieux (p. ex. ACC, Centres de ressources pour les familles des militaires, soutien par les pairs, groupes Facebook).
  • La satisfaction générale à l’égard des soutiens disponibles était élevée, mais les participants ont recommandé des améliorations, notamment une meilleure communication et coordination de la part d’ACC et des FAC, ainsi qu’une aide pour naviguer dans le « système » et pour accomplir les tâches liées à la transition, comme la réinstallation et l’accès aux soins de santé civils.

Entretiens après la libération : de six à douze mois après la libération des forces armées (72 participants)

  • De nombreux participants n’ont pas été libérés comme prévu : certains ont vu leur type de libération ou leur date de libération modifiés, tandis que d’autres ont été retenus ou transférés dans la Réserve de manière inattendue.
  • 37 % participaient à une forme d’activité bénévole.
  • 72 % d’entre eux avaient recours à l’aide d’ACC.
  • 18 % ont déclaré avoir reçu un nouveau diagnostic de santé mentale depuis leur libération.
  • Les sentiments négatifs concernant les libérations pour raisons médicales non désirées persistaient : le fait de n’avoir « aucun choix » était un thème central.
  • La transition était considérée comme un événement important de la vie, et la plupart des participants ont ressenti de fortes émotions, tant positives que négatives.
  • Beaucoup ont fait état d’« émotions mitigées » avec « des hauts et des bas », mais le sentiment général était positif (à environ 75 %).
  • Les émotions négatives étaient liées à leur nostalgie de la vie dans les forces armées, à l’insatisfaction liée au nouvel emploi, aux problèmes personnels, à la tentative de gérer les événements survenus au cours de leur carrière, aux problèmes de santé et aux difficultés liées à la continuité des soins.
  • Les émotions positives étaient liées à la fin du stress professionnel, à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, et à la possibilité de se consacrer à des loisirs ou à de nouvelles activités.
  • Les stratégies notées pour une transition réussie comprennent la planification/la proactivité, un état d’esprit adéquat, un soutien social fort, le maintien d’une certaine forme de routine, l’utilisation des ressources disponibles et les soins personnels. Ceux qui ont planifié leur transition bien à l’avance estiment que leurs efforts ont porté des fruits. Certains ont indiqué qu’ils n’avaient pas eu le temps de se préparer avant la libération pour des raisons personnelles et professionnelles et qu’ils travaillaient encore sur des plans de transition après leur libération.
  • Les questions administratives ont souvent été citées comme un défi majeur, notamment le fait de savoir où trouver des renseignements et qui fournit quel service, les délais de traitement et les lacunes dans les services de soins de santé.
  • Alors que certains trouvaient un sens à leur vie et appréciaient un changement de rythme dans leur nouvelle carrière, d’autres ont cité des difficultés à « se faire embaucher comme prévu » ou des problèmes tels que les barrières linguistiques, les possibilités d’emploi limitées, les compétences militaires qui ne se transposent pas sur le marché du travail civil et la concurrence avec des adultes plus jeunes pour les emplois.
  • Certains ont déclaré que leurs problèmes de santé interféraient avec leur vision de l’avenir et se répercutaient sur d’autres domaines de leur vie, notamment les relations familiales, l’emploi et les interactions sociales. D’autres ont déclaré que leur santé s’était améliorée depuis leur libération, car ils avaient moins de stress au travail et avaient plus de temps à consacrer à leur traitement, aux activités physiques, à leur alimentation, à la méditation, etc.
  • Nombre d’entre eux ont décrit une situation financière favorable, particulièrement ceux qui ont été libérés au moment de leur choix, tandis que ceux qui ont eu une libération anticipée inattendue pour raisons médicales ont fait état de répercussions négatives sur leur pension prévue et de coûts médicaux imprévus. Les situations varient également en fonction de la taille et de la composition de la famille.
  • Beaucoup ont décrit une perte d’identité après avoir quitté le service et ont dû faire face aux conséquences de « retirer l’uniforme » et de remettre leur carte d’identité militaire. Certains ne pouvaient pas se considérer comme des « vétérans » ni comme des « civils ».

En résumé, cette étude a permis de constater ce qui suit :

  • La transition de la vie militaire à la vie civile est vécue comme un événement majeur de la vie, caractérisé par une gamme d’émotions, y compris des sentiments mitigés et ambigus qui n’étaient pas nécessairement liés aux raisons administratives de la libération.
  • Il n’y a pas de facteur unique touchant le bien-être des participants pendant la transition de la vie militaire à la vie civile. Au contraire, de multiples facteurs tels que les finances, la santé, la famille, le logement, l’accès aux soins de santé et la participation à des activités utiles étaient fortement interdépendants et couvraient un large éventail de possibilités.
  • Les membres des FAC et les vétérans qui ont une vision plus positive sont ceux qui ont le temps et le soutien nécessaires pour être proactifs dans leur préparation à la transition de la vie militaire à la vie civile. Ils voient un avantage à étendre la période de transition de la vie militaire à la vie civile.
  • Les phases de transition se chevauchent et sont multidimensionnelles. Les participants ont demandé que les transitions entre les phases de la transition de la vie militaire à la vie civile soient plus fluides.
  • La libération des forces armées a des conséquences complexes sur le sentiment d’identité et les liens sociaux.
  • Les considérations familiales jouent un rôle clé dans le déroulement de la transition de la vie militaire à la vie civile des membres des FAC et des vétérans.
  • Les membres des FAC et les vétérans renégocient leurs relations sociales dans le cadre de la transition de la vie militaire à la vie civile.
  • Un large éventail de services est accessible. La plupart ont déclaré qu’il y avait suffisamment de mesures de soutien en place, mais qu’ils avaient besoin d’aide pour s’orienter ou personnaliser ces mesures de soutien.

L’apport de l’ACS

Vingt-huit pour cent (28 %) des participants à cette étude étaient des femmes. Environ la moitié de ces femmes ont été libérées pour raisons médicales, soit une proportion similaire à celle des hommes, mais elles sont moins nombreuses à avoir accédé aux services d’ACC. Les participantes étaient plus susceptibles que les participants de déclarer être célibataires et moins susceptibles d’être mariées. Cette tendance a des conséquences pour les femmes militaires, car elles sont moins susceptibles de bénéficier du soutien financier et affectif d’un conjoint ou d’un partenaire pendant leur transition vers la vie civile. Certaines participantes à l’étude soutenaient elles-mêmes un conjoint militaire ou en transition.

Les femmes ont donné la priorité à leur santé, tant physique que mentale, pendant la transition de la vie militaire à la vie civile. Certaines ont fait état d’une amélioration de leur santé après avoir quitté ce qu’elles qualifiaient d’environnement de travail toxique. D’autres ont rencontré de nouveaux problèmes de santé après leur libération.

Les participantes à l’étude étaient moins susceptibles d’avoir un revenu familial élevé et plus susceptibles d’avoir un revenu familial faible, ce qui est lié à la proportion considérablement plus élevée de femmes qui ont déclaré être célibataires.

Source

Financé par : Anciens Combattants Canada
Rapport préparé par : Maya Eichler, Heidi Cramm, Linna Tam-Seto, Kimberley Smith-Evans et Kimberly Ritchie
Contributeurs : Deborah Norris, Ashley Williams, Shannon Hill, Alyson Mahar, Megan Edgelow, Dave Blackburn et Fanny Robichaud

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