Les combats oubliés : la bataille de l’enclave de Medak

Parfois, on ne peut maintenir la paix qu’en se battant. La bataille de l’enclave de Medak en est la preuve.

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Les combats oubliés : la bataille de l’enclave de Medak

Ortona. La crête de Vimy. Juno Beach. Queenston Heights. Ces quatre lieux ont un écho dans toute l’histoire militaire canadienne et résonnent dans l’esprit de nombreux Canadiens. D’autres noms importants résonnent nettement moins fortement dans la mémoire populaire. Nous aimerions que cela change. Cette série d’articles est axée sur les engagements militaires les moins connus de notre pays au cours des guerres auxquelles il a pris part, dans le cadre des missions de maintien de la paix des Nations Unies auxquelles il a participé (FORPRONU) et de l’exécution de ses engagements envers ses alliés de l’OTAN. Nous commençons par la bataille de l’enclave de Medak.

Une région en guerre

En 1991, la guerre a éclaté en ex-Yougoslavie, eu Europe du Sud-Est. Des forces de nombreux côtés – Croates, Serbes et Bosniaques, chrétiens et musulmans – se sont battues pour garantir et élargir leurs revendications territoriales. Les combats ont été particulièrement violents dans la zone frontalière entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine. Des mois d’affrontements ont provoqué la mort de centaines de civils. Les soldats en ont chassé des milliers d’autres de leurs habitations. La communauté internationale s’était mobilisée pour faire cesser les combats, et les membres des Forces armées canadiennes ont pris part à la mission de la Force de protection des Nations Unies (FORPRONU) dans la région pour aider à rétablir la paix.

Une paix fragile

Les deux parties ont échoué à maintenir la paix. Elles ont tiré des coups de feu et des obus, et ont mené des attaques de petite envergure. La plus grande partie des tirs d’artillerie effectués par les forces serbes de Krajina contre l’armée croate provenait d’un terrain surélevé à proximité de Medak en Croatie. Le 9 septembre 1993, les Croates ont lancé une offensive dans le but de s’emparer de cette position. Après plusieurs jours de combats intenses, un autre accord de cessez-le-feu a été signé. L’accord exigeait des forces croates et des forces serbes de Krajina qu’elles se retirent de l’enclave à travers laquelle l’armée croate avait coupé au cours de son offensive.

Une paix maintenue par la force

Le 15 septembre 1993, la FORPRONU a envoyé des centaines de soldats du groupe tactique du 2e bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, appuyés par des troupes françaises, pour surveiller le retrait. Les Croates avaient d’autres plans. Pour tenter d’obliger les Canadiens à abandonner leurs positions dans l’enclave de Medak, les Croates ont fait pleuvoir des grenades propulsées par fusée et des tirs d’artillerie sur nos troupes. Les Canadiens ont résisté. Ils ont construit une position fortifiée pour résister au bombardement, riposter et repousser les attaques nocturnes de l’infanterie croate. Le jour suivant, lors d’une conférence de presse impromptue donnée par un commandant canadien, le lieutenant-colonel James Calvin, on a fait pression sur les Croates pour qu’ils cessent leur résistance, et les Canadiens sont enfin entrés dans l’enclave de Medak. Malheureusement, ils ont trouvé des preuves de nettoyage ethnique des résidents serbes par les forces croates, mais leur arrivée avait empêché d’autres décès.

Un devoir de mémoire

Quatre soldats canadiens ont été blessés dans ce que l’on considère comme un chapitre oublié de l’histoire militaire de notre pays. Malgré le manque de connaissances de la population, nombre d’observateurs considèrent la bataille de l’enclave de Medak comme le combat le plus dur qu’aient mené les Forces armées canadiennes entre les conflits de Corée et d’Afghanistan. En 2002, le brouillard qui enveloppait la bataille a commencé à se dissiper lorsque la gouverneure générale Adrienne Clarkson a remis la Mention élogieuse du commandant en chef à l’intention des unités du 2e bataillon Princess Patricia’s Canadian Light Infantry. « Votre action n’a été rien moins qu’héroïque, et pourtant, à l’époque, votre pays ne l’a pas reconnu », leur a-t-elle dit. « J’espère maintenant que le peuple canadien vous rendra hommage pour ce que vous avez accompli, pour ce que vous représentez, pour la façon dont vous avez contribué à notre fierté d’être Canadiens. »

Date de publication : 2020-02-10

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