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Premier maître de 2e classe (à la retraite) Debbie Eisan

Lorsque Debbie Eisan prend la parole, les gens écoutent.

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Transcription : Debbie Eisan

Debbie Eisan : [00:00:00] J’ai enlevé mes bottes de mer le vendredi et chaussé mes mocassins le lundi, ici au Friendship Center (centre de l’amitié) et j’y suis depuis ce jour.

[00:00:10] Je me suis retirée des forces après 36 ans comme premier maître. J’occupais le métier de technicien d’approvisionnement. J’étais et je suis toujours technicien d’approvisionnement. [00:00:20] Mais pendant la dernière partie de ma carrière, j’ai travaillé comme conseillère autochtone à la haute direction des forces.

Lorsque j’étais dans les forces, il a été difficile [00:00:30] pour moi comme subalterne parce que je ne m’identifiais pas comme une personne autochtone. Je faisais mes petites affaires; [00:00:40] j’accomplissais les tâches qu’on me confiait et je demeurais discrète. Mais, à mesure que je gravissais les échelons, j’ai commencé à sentir un vide; je n’étais pas en parfaite harmonie avec moi-même. [00:00:50] Je sentais qu’il manquait quelque chose dans ma vie. J’en ai parlé aux Aînés dans ma communauté et j’ai découvert qu’il me manquait [00:01:00] un lien avec mes origines. Qui j’étais en tant que femme anishinaabekwe, en que femme autochtone. Lorsque j’ai recommencé à participer à la pratique de la purification, [00:01:10] à suivre cette voie et à être fière de qui j’étais, j’ai commencé à sentir que les choses se mettaient en place. Et le mieux je me sentais, [00:01:20] le mieux allait ma situation.

Chris Innes : J’ai probablement été le premier gars de cette côte à porter une tresse avec ma tenue militaire. [00:01:30] Et bien sûr, ce n’était pas toujours bien accueilli à bord des navires. J’ai déposé une plainte auprès de la Commission de droits de la personne et ma plainte a été accueillie pour motif de discrimination [00:01:40] dont j’avais été victime en respectant la Politique relative aux coiffures pour les autochtones. Ma plainte a été révélatrice aux yeux des membres de la Commission des droits de la personne de l’époque qui ont jugé, après une enquête d’envergure, [00:01:50] que j’avais raison. Une dame, dont le nom m’échappe, était accompagnée de Debbie pour établir une groupe consultatif des [00:02:00] Autochtones de la Défense, ici à Halifax.

Debbie : J’étais tellement fière de faire partie du groupe consultatif des Autochtones de la Défense qui joué un rôle pour que le changement soit apporté à la tenue vestimentaire militaire [00:02:10] afin que les membres autochtones puisse porter une tresse et faire connaître leur culture à l’interne [00:02:20] et de manière visible, et pour faire comprendre aux gens que la tresse n’est pas un aspect de notre vie culturelle, mais plutôt de notre vie spirituelle. Il est tellement important que les gens comprennent que tout le monde, peu importe la personne, [00:02:30] a le droit de pratiquer sa propre spiritualité.

Debbie : [00:02:50] Dans l’accomplissement des tâches à bord de navires, il y a des limites au nombre de fois qu’on puisse se cogner les genoux contre les cloisons en acier avant qu’ils flanchent [00:03:00] et c’est la raison pour laquelle j’ai été libérée pour raisons médicales.

Ma transition a été très harmonieuse. J’ai pu compter sur le soutien de mes supérieurs, et sur le soutien d’Anciens Combattants [00:03:10] pour faire la transition, mais aussi sur le soutien du Mi'kmaw Native Friendship Centre (centre de l’amitié mi’kmaw). Ne connaissant pas la région à mon arrivée, [00:03:20] c’est au centre de l’amitié où je suis venue pour avoir ce lien culturel et, au fil des années, j’y ai créé de nouvelles amitiés.

Chris : Debbie, après la Marine, [00:03:30] porte beaucoup de chapeaux. Elle apporte à la communauté tout ce dont elle a besoin : une confidente, une Aînée, une conseillère; [00:03:40] elle est la personne, vous savez, qui prépare des repas. À l’instant même, Debbie est en train de peler des pommes de terre et de désosser des dindes pour un souper [00:03:50] qui aura lieu demain au Friendship Centre (centre de l’amitié). Ce repas est offert à tous ceux et celles qui se présentent au centre. Pas seulement des Autochtones, mais des personnes non autochtones également.

Debbie : J’adore être ici. C’est pour moi [00:04:00] une deuxième famille. En ma capacité d’Aînée ici, je peux encore aller donner des conseils à l’arsenal et je peux aussi conseiller les [00:04:10] étudiants autochtones aux universités Dalhousie et Saint Mary's. En fait, je suis l’une de ces personnes chanceuses qui ont le meilleur des deux mondes. [00:04:20] Même si je suis retirée des forces, j’ai toujours ce lien. La seule chose qui est triste, c’est de voir un navire quitter le port; j’aimerais tellement [00:04:30] m’y trouver à bord. Ce sentiment s’éveille en moi car j’aimais naviguer et le travail que je faisais lorsque j’étais dans la Marine.

Mon nom est Debbie Eisan. [00:04:40] Je suis Anishinaabekwe, originaire de la Première Nation Batchewana de Sault Ste. Marie, en Ontario. [00:04:50]

[00:04:52] [FIN DE L’AUDIO]

Trouver sa place

Debbie a passé une grande partie de ses 36 ans de carrière dans les Forces armées canadiennes (FAC) en tant que premier maître et technicienne en approvisionnement. Les services qu’elle a rendus lui procurent une grande source de fierté. En raison des rigueurs de la vie à bord d’un navire, elle a dû abandonner la vie militaire pour raisons médicales. « Il y a une limite au nombre de fois où l’on peut se cogner le genou contre des cloisons en acier avant d’éprouver une vive douleur », dit Debbie.

Mais elle n’était pas une simple leader dans sa carrière régulière. Même après avoir quitté le service militaire, Debbie a façonné l’expérience militaire de tous les Autochtones du Canada.

Dans les petits pots, les meilleurs onguents

Vous pourriez ne pas saisir sur-le-champ la force de la nature de Debbie, même si vous la rencontriez. Elle est de petite taille, son doux timbre de voix est trompeur et elle ne tarde pas à faire l’accolade à tous ceux qu’elle rencontre.

Pour beaucoup de ceux qui la connaissent, Debbie joue le rôle vital de « grand-mère » – un titre qui a une profonde connotation dans les cultures autochtones. Ce titre honorifique traduit également l’influence que Debbie a exercée sur l’ensemble des membres des FAC.

Depuis plus de deux décennies, Debbie a contribué à influencer l’armée canadienne sur les questions relatives aux Autochtones et aux droits de la personne. Elle siège à des conseils consultatifs qui conseillent les ministres et les chefs militaires.

Pour elle, cela est tout naturel, mais ce n’est pas la voie qui lui était destinée plus tôt dans sa vie ou sa carrière.

Debbie Eisan

Œuvrer à améliorer la vie d’autrui

Au début de son service dans la marine, Debbie a exploré son héritage et sa spiritualité pour chercher à combler le vide dans sa vie. Mais la marine n’a pas toujours su répondre à sa quête à bras ouverts.

Souvent, je me retrouvais face à un supérieur qui me disait : « Une bonne femme indienne ne devrait-elle pas être à la maison pour s’occuper de son mari? », de déclarer Debbie. « Une de ces fois, je suis rentrée chez moi en larmes. »

Debbie affirme que sa famille a été une source de motivation qui lui a permis de persévérer. « Mon mari est mon pilier. » Il me demandait : « Pourquoi laisses-tu cette personne t’atteindre? Tu sais que tu vaux mieux que ça », dit-elle. « C’est lui qui me permet de m’ancrer et il me soutient, et il n’est pas Autochtone. À partir de ce moment-là, j’ai décidé que plus personne ne me renverrait chez moi les larmes aux yeux. Je suis devenue plus forte et je me suis portée à la défense des intérêts des membres autochtones dans les FAC. Pour les personnes qui n’avaient personne pour les guider et les encadrer et être là pour elles quand elles en avaient besoin. »

Les droits de la personne, l’œuvre de sa vie

Lorsqu’elle a découvert cette nouvelle voie en tant que mentor et porte-parole des Autochtones dans l’armée, Debbie a acquis une nouvelle énergie et un nouveau sens dans sa vie.

Grâce à une meilleure connaissance de son héritage, elle s’est rendu compte de l’importance du rôle que l’ignorance a joué dans le racisme institutionnel auquel elle a été confrontée pendant ses années de service.

« La discrimination et le racisme ne sont pas innés. Ce sont des éléments acquis, explique Debbie. Je me suis donné pour mission d’aider les gens à comprendre la culture autochtone – nos cérémonies, nos moyens de communication, nos modes de vie. »

Elle n’a pas tardé à trouver d’autres personnes qui partageaient ce point de vue, certaines occupant des postes très élevés. « Le sénateur Murray Sinclair vient en tête de liste. Il a été l’un des commissaires de la Commission de vérité et réconciliation », se souvient Debbie. Il a affirmé : « C’est l’éducation qui nous a mis dans ce pétrin et c’est elle qui nous permettra d’en sortir ».

Apprendre aux autres à accepter la diversité

Depuis des années, Debbie contribue à l’éducation des gens à tous les niveaux de l’armée canadienne. Elle fait partie du Groupe consultatif des Autochtones de la Défense, qui éclaire les commandants sur les questions touchant la vie des Autochtones travaillant au ministère de la Défense nationale et servant dans les FAC. Son travail a été indispensable pour de nombreux membres de sa communauté.

Chris Innes, autre membre autochtone de l’armée, a rencontré Debbie grâce à son travail consultatif. Il a récemment eu gain de cause à la suite d’une plainte sur les droits de la personne et il a obtenu le droit de porter une tresse traditionnelle autochtone lorsqu’il porte l’uniforme.

Chris déclare : « Je ne peux pas la décrire en un seul mot. Si vous pouvez penser à tout ce dont une communauté a besoin chez un confident, un aîné, une personne qui prépare les repas, c’est bien Debbie. C’est une camarade d’armes de longue date et c’est aussi une bonne Autochtone ».

Debbie Eisan

Construire une communauté plus forte

Depuis son départ des FAC, Debbie est devenue une figure incontournable du centre d’amitié mi’kmaq d’Halifax, où elle était en poste. Elle continue d’exercer une grande influence sur les personnes de son entourage là-bas.

« Debbie déborde d’énergie », souligne Dave Ladouceur, monteur de charpentes métalliques sur les chantiers navals d’Halifax, qui vient d’être élu membre du conseil du centre d’amitié. « Elle est le maillon qui maintient le centre d’amitié en place. Si elle me demandait de déplacer des montagnes, je n’hésiterais pas à le faire. Elle est une grande source d’inspiration pour moi. Elle m’a aidé à atteindre mes objectifs et à devenir une meilleure personne ».

Debbie s’inspire du travail qu’elle a accompli dans son enseignement sur le patrimoine et la culture autochtones pour l’appliquer dans la vie après le service militaire, mais ce sont dans les FAC que sa contribution a été la plus marquante.

Et à ses yeux, les choses s’améliorent.

« Au début de ma carrière, c’était difficile, dit Debbie. Dans les dernières années de ma carrière, l’armée a accepté les peuples et la culture autochtones. Et si mes efforts pour aider les gens à comprendre qui nous sommes ont permis d’enrayer ce niveau de discrimination et d’ignorance – si je suis là pour pouvoir aider et transmettre ma culture aux gens et les éduquer – alors peut-être que je peux contribuer à faciliter la vie aux jeunes Autochtones qui s’enrôlent maintenant dans l’armée ».

Date de publication : 2021-03-01

Date de modification :