Un vétéran parle du processus de départ des FAC

L'adjudant-chef (retraité) Shawn Patterson, MMM, CD, a servi au sein des Forces armées canadiennes pendant 37 ans. Fervent défenseur des vétérans, Shawn donne son point de vue sur l'identité des vétérans, sur les difficultés inhérentes à la transition vers la vie civile après le service militaire ainsi que sur les aspects positifs de cette transition.

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portrait de shawn patterson

J'avais seulement 17 ans quand j'ai joint les rangs des Forces armées canadiennes en tant que chauffeur de camion. J'ai adoré être un soldat et j'y excellais. Cependant, assez tôt dans ma vie, j'ai pris conscience du fait que ma vie ne se limitait pas à une carrière militaire. Je savais que je finirais par quitter les FAC et que je deviendrais alors un vétéran.

Qu'est-ce que cela signifie? Qu'est-ce qu'un vétéran? Chaque vétéran a sa propre réponse à ces questions. En premier lieu, vous êtes différent des civils. Ils n'ont jamais été militaires et, pour cette raison, ils n'ont jamais vécu ce que vous avez vécu. En deuxième lieu, vous êtes un vétéran de l'Armée, de la Marine ou de l'Aviation. Nous avons l'habitude de nous dénigrer les uns les autres. Les aviateurs vivent dans des hôtels. Les marins vivent à bord de navires et reçoivent trois repas chauds par jour. Dans l'Armée, nous vivons à la dure. On peut ensuite établir des différences entre les divers groupes professionnels et les diverses branches. Les militaires ayant servi dans les armes de combat estiment toujours avoir vécu des expériences plus éprouvantes et intenses que ceux qui ont servi dans l'échelon arrière, comme moi. Ensuite, la question des déploiements auxquels vous avez pris part se pose. « J'ai fait la Bosnie. » « J'étais au Rwanda. » « J'ai vécu l'Afghanistan. » « Moi aussi. Dans quelle unité as-tu servi? » « Tu n'as pas vu ce que j'ai vu, donc tu ne sais pas de quoi tu parles. »

Peu importe l'unité, le bataillon, le régiment ou la branche où on sert. Le moment venu, nous formons une seule et même équipe. Nous comptons les uns sur les autres. C'est une question d'interdépendance. Les armes de combat sont impuissantes sans la contribution du service logistique, qui leur fournit le matériel dont elles ont besoin. Nous ne pouvons pas fournir de matériel si les spécialistes de la maintenance ne le réparent pas.

Voilà ce qui nous manque tous après notre départ des FAC. L'interdépendance nous manque. Peu importe ce que nous avons fait, nous étions tous liés les uns aux autres et nous comptions tous les uns sur les autres. C'est ce qui faisait de nous une force combattante.

C'est dans notre nature

Les FAC prennent des recrues brutes, les lavent de leur individualisme et en font des membres d'une équipe. Vos amis et vous. Tu peux compter sur moi, je peux compter sur toi. Aucune hésitation. Peu importe le groupe professionnel ou la branche. Voilà comment tout commence. Qu'on soit militaire pendant cinq ou 35 ans, le service devient notre normalité. C'est pourquoi les militaires éprouvent tant de difficulté à tourner la page.

J'ai entendu un homme comparer la libération des FAC à être poussé du haut d'une falaise. Le fait de quitter les FAC peut être angoissant, mais la réalité est que la plupart des militaires font la transition vers la vie civile sans difficulté.

J'ai parlé à un autre homme qui a obtenu sa libération des FAC après 21 ans de service. Il m'a demandé : « As-tu trouvé étrange de ne plus être militaire? » Je lui ai répondu : « J'ai éprouvé une drôle de sensation la première journée. J'ai eu l'impression d'avoir retiré mon armure. Je parcourais la ville et, soudainement, j'ai constaté que rien dans mon apparence ne me distinguait des autres personnes. »

Il a rétorqué qu'il n'était pas encore prêt à tourner la page et qu'il pensait devenir réserviste. Je lui ai alors répondu que c'était une excellente idée puisqu'il avait un nouvel objectif.

L'identité d'une personne n'est jamais définie par un seul aspect de sa vie. Il s'agit de la façon dont on se perçoit et des relations qu'on entretient avec les personnes qui nous aiment. Notre identité est en constante évolution. Il en sera toujours ainsi

Le pouvoir de la communauté

Le maintien de liens avec le monde militaire peut être important. Je suis très chanceux d'avoir des amis qui ont quitté les FAC trois ou quatre ans avant moi. J'ai pu apprendre de leur expérience et je recommande à tous les vétérans de conserver un réseau de ce type. Une fois encore, c'est de l'interdépendance.

Quand vous quittez les FAC, il n'y a pas de processus permettant de renverser l'endoctrinement par lequel vous êtes passé au début de votre service militaire. Personne ne vous retire l'aspect militaire de votre identité. Personne ne le peut. Une partie de moi sera toujours un soldat et j'en suis fier. Cependant, je sais qu'il est très important de tisser des liens et de créer des relations d'interdépendance à l'extérieur des FAC pendant le processus de transition. On peut le faire à la maison, au travail, dans notre quartier ou à l'échelle de notre ville. J'ai mis l'accent sur ma famille.

Pour beaucoup de militaires, les FAC sont leur principale famille. J'ai déjà expliqué à mon ex-femme que quand elle a choisi de m'épouser, elle a par le fait même choisi d'épouser les Formes armées canadiennes. Disons qu'elle ne voyait pas les choses du même œil. Et elle avait raison. La famille est une relation qu'il faut nourrir. Elle s'inscrit dans l'aspect social de votre bien-être général.

Anciens Combattants Canada parle beaucoup de bien-être. C'est parce que cette notion est au cœur de la réussite de votre transition vers la vie civile après votre carrière militaire. On pense habituellement au bien-être dans un contexte de santé physique et mentale. Pourtant, c'est bien plus que cela. Il s'agit de s'assurer de savoir qu'on a une raison d'être, ce qui peut être une deuxième carrière. Il se peut que vous deviez suivre de la formation pour adapter votre expertise et connaître du succès dans la vie après votre carrière militaire. Le bien-être est aussi associé à un logement sécuritaire et abordable. Bien sûr, il est aussi lié à la sécurité financière et au rôle important que jouent vos relations personnelles et le soutien que vous recevez de votre communauté.

Qu'est-ce qu'un vétéran?

Je sais que je n'ai pas encore vraiment répondu à cette question. Je ne me percevais pas comme un vétéran avant ma deuxième période de service en Afghanistan parce que j'avais toujours associé les vétérans à la guerre. Aujourd'hui, je crois que la meilleure façon de définir un vétéran est de dire qu'il s'agit d'un citoyen qui s'est volontairement enrôlé dans les Forces armées canadiennes, qui s'y est consacré corps et âme et qui les a quittées ou en a été libéré.

Savez-vous ce qu'un vétéran est également? C'est un époux, un parent, un grand-père, un frère ou une sœur, un enfant, un ami, un collègue, un entraîneur, un voisin, un patron, un musicien, un menuisier, un chasseur, un jardinier, un joueur de curling, etc. L'identité d'une personne n'est jamais définie par un seul aspect de sa vie. Il s'agit de la façon dont on se perçoit et des relations qu'on entretient avec les personnes qui nous aiment. Notre identité est en constante évolution. Il en sera toujours ainsi.

Peut-être décrocherez-vous un nouvel emploi après votre libération. Peut-être choisirez-vous de passer davantage de temps avec votre famille. Peut-être retournerez-vous aux études. Peut-être que vous vous occuperez de votre santé. Petit à petit, toutes ces choses façonneront l'identité qui sera la vôtre après votre carrière militaire.

Vous souhaitez vivre une transition réussie et bâtir une identité qui vous correspond après votre service militaire?

Voici mes conseils :

  1. Traitez la transition comme une nouvelle mission
    Je comprends parfaitement ce que c'est que de pouvoir compter sur le soutien indéfectible de l'équipe des FAC, mais tout le monde sait que cela prend fin un jour. Vous êtes maintenant le commandant. C'est à vous de prendre les mesures nécessaires pour obtenir ce dont vous avez besoin. À l'instar du service militaire, la transition demande du travail. Vous devez élaborer un plan. Des organisations comme Anciens Combattants Canada travailleront avec vous pour échafauder ce plan.
  2. Participez à un séminaire du SPSC
    C'est une des meilleures façons de vous renseigner sur le processus de transition avant la fin de votre carrière militaire. Ces séminaires vous donnent accès à beaucoup d'information. Ne supposez pas que vous êtes un expert. Écoutez. Conservez les documents pour les relire ultérieurement.
  3. Assurez-vous que vous dossiers médicaux sont à jour
    Documentez vos blessures et vos maladies, surtout si elles sont liées à votre service militaire. Ainsi, les professionnels de la santé qui s'occuperont de vous après votre libération disposeront de renseignements précis. Je me suis blessé à l'épaule pendant mon service militaire, mais j'ai veillé à ce que mes dossiers soient en ordre, ce qui a facilité le processus d'indemnisation.
  4. Inscrivez-vous à Mon dossier ACC
    Mon dossier ACC est la meilleure façon de traiter avec Anciens Combattants Canada. Le fait de créer votre compte vous permet de demander des prestations et services en ligne, de suivre vos demandes et de communiquer avec le personnel d'ACC à l'aide d'un service de messagerie sécurisée. Créez votre compte avant votre libération. Pour ce faire, votre numéro matricule suffit.
  5. Prenez rendez-vous pour une entrevue de transition
    Abordez le sujet le plus tôt possible. Cela fait partie du processus de transition par lequel vous devez passer. L'entrevue est pour vous une occasion de travailler avec Anciens Combattants Canada pour déterminer les prestations et les services auxquels vous pourriez être admissible. Il est judicieux d'être accompagné d'un membre de sa famille lors de cette entrevue. En effet, le membre de votre famille qui vous y accompagne peut vous aider à présenter votre histoire et le fait d'être deux personnes pour recevoir l'information ne peut qu'être bénéfique.
  6. Acceptez le soutien qu'on vous offre
    Les militaires ne sont pas toujours enclins à accepter de l'aide. Nous pensons être capables de tout faire. C'est faux. Acceptez l'aide qu'on vous offre quand vous en avez besoin, surtout si vous êtes malade ou blessé.
  7. N'oubliez pas
    Notre identité ne se résume pas à notre vécu. Le processus de transition vers la vie après le service militaire est l'occasion de découvrir une nouvelle facette de notre identité.

Date de publication : 2018-10-10

Sources: Shawn Patterson - MMM, CD


Shawn L. Patterson, MMM, CD

Shawn s’est joint aux Forces armées canadiennes à titre de conducteur de soutien mobile en 1980.

Shawn Patterson affectations
Affectations
BFC Gagetown 1981-1987
BFC Lahr, Allemagne 1987-1991 (4e Bataillon des services)
BFC Gagetown 1991-1995
Rwanda 1995–96
BFC Halifax 1996–2001
BFC Edmonton 2001–2004 (1er Bataillon des services)
BFC Kingston 2004–2007 : Muté en Afghanistan en tant que sergent-major de régiment en 2005, et au Liban (Opération Lion) à titre de sergent-major d’escadron en 2006
BFC Petawawa 2007–2009 (2e Bataillon des services de transport à titre de sergent-major de compagnie)
Afghanistan 2009–2010 (Élément de soutien national à titre de sergent-major de régiment)
BFC Petawawa 2011–2014 (Adjudant-chef du juge-avocat général de la région)
BFC Détachement Charlottetown 2014–2017 (Adjudant-chef à Anciens Combattants Canada)
Anciens Combattants Canada, Charlottetown 2017–2019 (Superviseur des arbitres infirmiers)
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