Les Forces armées canadiennes à Chypre

Les Forces armées canadiennes à Chypre

Des gardiens de la paix se rencontrent à un point d'observation des Nations Unies à Chypre

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L'opération à Chypre, qui a débuté en 1964, est l'un des plus longs engagements militaires du Canada, et l'un des mieux connus. Un grand contingent de soldats canadiens a servi à Chypre de 1964 à 1993. Un petit nombre de soldats des Forces armées canadiennes y sont encore dans le cadre des efforts de paix des Nations Unies (ONU) qui se poursuivent.

En tout, plus de 25 000 membres des Forces armées canadiennes ont servi à Chypre pendant les dernières décennies, et bon nombre plus d'une fois.

Bien des Canadiens se souviennent de cette mission en raison de sa longueur et du nombre imposant de Canadiens envoyés à Chypre par le pays. À l'instar des vétérans de la Première et de la Seconde Guerres mondiales, et de la guerre de Corée, des hommes et des femmes ont volontairement quitté leur patrie pour se rendre au loin, à Chypre, lieu de tension et de violence. Ces Canadiens ont réalisé de grands sacrifices pour sauvegarder la paix et la liberté.

Chypre

Chypre est une petite île de la Méditerranée d'un peu plus de 9 000 kilomètres carrés de superficie. Elle est donc plus petite que l'île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Sa population atteint près de 800 000 habitants. L'histoire de Chypre n'est pas de tout repos; durant la période menant aux années 1960 et plus tard, lorsque l'île obtint son indépendance. Les tensions ethniques marquent le tumulte de cette région.

Depuis 3 000 ans, la culture, la langue et la population de Chypre sont majoritairement d'origine grecque et, d'ailleurs, bon nombre de Chypriotes grecs favorisent un rapprochement avec la Grèce sur le plan politique depuis longtemps. Toutefois, cette perspective ne plaît pas aux Turcs, qui composent un groupe minoritaire non négligeable. La Turquie aussi s'inquiète de la situation à Chypre en raison de sa proximité avec l'île. Pendant la période entourant l'indépendance de Chypre, on assista à une escalade de frictions qui, en 1963, donnèrent lieu à une série de conflits et d'actes de violence dans toutes les régions de l'île.

Intervention de la communauté internationale

En 1964, en raison des agitations qui secouaient la région, Chypre demanda aux Nations Unies d'établir un contingent de maintien de la paix. Une fois sur place, les troupes de l'ONU virent une situation comme jamais elles n'en avaient connue auparavant. Les deux communautés belligérantes vivaient mêlées les unes aux autres, ce qui compliquait la tâche des soldats de l'ONU. Ainsi, de petits groupes de Turcs vivaient au milieu de la grande collectivité grecque. Les soldats canadiens durent utiliser des techniques militaires traditionnelles et gérer des conflits entre civils. Il n'est pas étonnant qu'on ait observé que le maintien de la paix n'est pas un travail de militaire, mais que seuls des militaires peuvent le faire.

Chypre réussit à maintenir un équilibre précaire jusqu'en 1974 alors qu'éclata un coup d'état mené par les Grecs qui souhaitaient voir l'île annexée à la Grèce. De leur côté, les Turcs répondirent par l'invasion de l'île et prirent le contrôle de la région du nord. Les Canadiens et d'autres soldats de l'ONU se retrouvèrent soudain au beau milieu d'une zone de guerre marquée par l'instabilité et la violence.

Un cessez-le-feu fut négocié après plusieurs semaines de combats soutenus, au cours desquels trois soldats canadiens périrent et dix-sept autres furent blessés. Les troupes de l'ONU établirent la célèbre ligne verte, une ligne de démarcation de cessez-le feu et une zone tampon qui s'étend d'un bout à l'autre de l'île et qui sépare les régions contrôlées par les Grecs et les Turcs.

Les forces du maintien de la paix de l'ONU eurent la rude tâche de patrouiller cette zone dangereuse qui, à certains endroits, ne faisait que quelques mètres de large. Se trouver en ces lieux était périlleux car un incident pouvait vite être déclenché. Les soldats canadiens durent se faire à l'idée d'être au milieu de groupes très agités et de tenter d'apaiser les tensions. Les Canadiens furent donc appelés à maîtriser et à disperser les foules et à calmer les esprits des rebelles qui s'enflammaient pour une question d'effraction, réelle ou imaginaire.

Statistiques

  • Le contingent des Forces armées canadiennes déployé à Chypre comptait parfois moins de 500 effectifs et pouvait, suivant la situation, en comprendre plus de 1 100. Depuis quelques années, un officier canadien fait partie de la force de maintien de la paix internationale à Chypre.
  • Plus de 160 membres du personnel de l'ONU provenant de divers pays ont perdu la vie au cours des opérations de maintien de la paix à Chypre.
  • La ligne verte de 180 kilomètres qui traverse Chypre varie de vingt mètres à sept kilomètres de largeur.

Héroïsme et bravoure

Au fil des ans, l'héroïsme et la bravoure dictèrent jusqu'à un certain point les efforts des Canadiens qui servirent à Chypre. L'invasion de 1974 fut le théâtre d'âpres combats; des milliers de soldats turcs débarquèrent à Chypre au tout premier jour du conflit. Les Canadiens ont à maintes reprises fait preuve de courage au cours de cette période et ont dû, pour l'une des rares fois durant une mission de paix, avoir recours à la force directe pour se protéger.

Pendant l'invasion, les Turcs avaient pour principale cible l'aéroport de Nicosie, la capitale de Chypre. Le commandant des forces de l'ONU réussit à négocier un cessez-le-feu et le retrait des troupes grecques et turques du secteur de l'aéroport, alors occupé par les Canadiens. Toutefois, les Turcs maintinrent leurs menaces d'attaquer l'aéroport. Les Canadiens n'avaient pour se défendre que quelques armes antichars et mitrailleuses de gros calibre. Malgré tout, ils adoptèrent comme stratégie de se déplacer autour de l'aéroport, ce qui, en pleine nuit, créait une impression de mouvement laissant croire que l'aéroport était solidement défendu. Cette ruse valut aux Canadiens d'exercer le contrôle des lieux.

Durant la période de rudes combats qui marqua le conflit de 1974, un bon nombre de médailles de bravoure furent décernées aux soldats canadiens. Une fois, un groupe de soldats fut pris au coeur des tirs des groupes qui s'affrontaient. Plusieurs furent blessés, y compris l'officier qui dirigeait la patrouille. Le soldat Joseph Plouffe se précipita pour secourir l'officier, mais il fut blessé à son tour. Les deux soldats canadiens se sont trouvés en position très vulnérable, menacés par le feu nourri des mitrailleuses. Le caporal Joseph Whelan et les soldats Joseph Belley et Joseph Pelletier bravèrent les tirs pour sauver leurs compagnons d'armes.

Sacrifice

Des gardiens de la paix canadiens dans un véhicule blindé lors d'une patrouille à Chypre.

Les Canadiens peuvent à juste titre s'enorgueillir de la renommée internationale dont ils jouissent en matière de maintien de la paix. Toutefois, le prix d'une telle réputation est très élevé car environ 130 membres du personnel militaire canadien ont donné leur vie pour les opérations de maintien de la paix.

À Chypre, 28 soldats canadiens du maintien de la paix ont péri, faisant l'ultime sacrifice en venant en aide au peuple de cette nation. La perte de Canadiens illustre sans contredit le dévouement des militaires à l'égard de leur mission et de leur pays.

Plusieurs anciens combattants des opérations internationales de maintien de la paix seront marqués à jamais par les blessures et les rudes épreuves qu'ils ont subies.

Programme Le Canada se souvient

Le programme Le Canada se souvient, d'Anciens Combattants Canada, vise à encourager les Canadiens à se renseigner sur les sacrifices et les réalisations de ceux qui sont servi et qui continuent de servir leur pays en temps de guerre et en temps de paix. Il invite aussi les citoyens à prendre part aux activités commémoratives qui contribueront à préserver l'héritage des anciens combattants pour les générations futures.

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