Les Forces armées canadiennes en Égypte

Introduction

Un membre des Forces armées canadiennes en Égypte lors des récents efforts de soutien de la paix avec la Force multinationale et Observateurs.

Cette publication est disponible dans d’autres formats sur demande.
Version PDF

Une des premières choses qui vient à l'esprit de la plupart des Canadiens lorsqu'ils pensent à l'Égypte est sans doute la beauté du Nil ou des grandes pyramides. Cependant, pour les milliers de membres des Forces armées canadiennes qui ont servi dans cette région du monde au cours des 50 dernières années, l'Égypte risque d'évoquer une image tout à fait différente – la vision d'un conflit entre deux pays qui s'affrontent et que rien ne semble parvenir à séparer, si ce n'est les efforts déployés par le Canada et d'autres pays concernés pour y instaurer la paix.

Les membres des Forces armées canadiennes ont participé aux missions de l'ONU pour le maintien de la paix dans la bande de Gaza et dans la péninsule du Sinaï en Égypte entre 1956 et 1967, puis ont participé à d'autres missions de paix entre 1973 et 1979. Depuis 1986, les Canadiens ont participé à la Force multinationale et Observateurs (FMO), une autre mission pour le maintien de la paix en Égypte.

Ces diverses missions ont touché la vie de nombreuses familles et collectivités canadiennes, du fait que les dizaines de milliers de Canadiens dépêchés en Égypte au fil des années en sont revenus avec un sentiment renouvelé à l'égard des conflits militaires et une meilleure compréhension de la complexité du processus visant à instaurer la paix dans cette région du monde.

Égypte

L'Égypte, un pays formé en grande partie de régions désertiques, occupe une position stratégique au Moyen-Orient et relie deux immenses continents, soit l'Afrique et l'Asie. C'est en Égypte que se trouve le Canal de Suez, une importante voie maritime où les navires circulent entre la mer Méditerranée et la mer Rouge.

L'Égypte a accédé à l'indépendance complète au cours des années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, mais le canal de Suez est demeuré sous le contrôle des intérêts français et britanniques. En 1956, après des années de tensions croissantes entre l'Égypte et ces deux puissances européennes, les forces égyptiennes parviennent à reprendre le contrôle du canal de Suez. Israël, le Royaume Uni et la France sont consternés par la nouvelle et décident d'unir leurs forces pour reprendre la situation en main, faisant usage de la force. Plus tard au cours de la même année, Israël envahit l'Égypte et les troupes israéliennes marchent en direction du canal de Suez. Des troupes françaises et britanniques sont alors dépêchées dans la zone du canal de Suez afin d'« assurer la sécurité » du canal.

Intervention du Canada et de la communauté internationale

Pour essayer de mettre un terme à cette situation compliquée et pour mettre fin à l'instabilité qui règne dans la région, les membres de l'Assemblée des Nations Unies se réunissent sans tarder pour trouver une solution à ce conflit et présentent une résolution prévoyant la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu immédiat et le retrait de toutes les troupes étrangères stationnées en Égypte. Grâce à ses talents d'orateur, Lester B. Pearson, alors ministre des Affaires extérieures du Canada, réussit à convaincre les pays belligérants de soutenir une résolution canadienne qui propose de créer une force d'intervention des Nations Unies, laquelle pourrait se rendre en Égypte pour rétablir la paix dans cette partie du monde et pour prévenir une importante confrontation internationale. Les pays membres des Nations Unies approuvent ce plan de paix, dont la gestion et la mise en oeuvre devaient être assurées par une force des Nations Unies et dont le commandement est confié à un autre Canadien, le lieutenant-général E.L.M. (Tommy) Burns. Les pays impliqués dans le conflit acceptent les modalités de l'accord et le concept moderne d'une intervention internationale pour « favoriser le maintien de la paix » voit le jour. Le rôle joué par Lester B. Pearson (qui deviendra plus tard premier ministre du Canada) dans l'établissement de la première importante mission de paix des Nations Unies lui a valu le Prix Nobel de la paix en 1957, un exploit qui est une source de fierté pour les Canadiens.

Le Canada a participé à ce premier déploiement de maintien de la paix de l'ONU. Au fil des dizaines de missions qui ont suivi au cours des années, le concept du maintien de la paix a évolué pour devenir une force de soutien de la paix dont le mandat consiste à tenter de désamorcer les situations de conflit armé ou de troubles civils, en s'engageant dans un processus délicat, complexe et souvent dangereux.

Pour s'assurer de l'efficacité de ses interventions, le Canada doit d'abord résoudre certaines modalités pratiques liées à l'établissement d'une telle force. Il faut trouver un moyen pour les distinguer des Britanniques qui ont pris part aux combats et dont les uniformes et les armes ressemblaient énormément à ceux que les Canadiens utilisaient. Il a été convenu que les troupes de l'ONU porteraient des équipements de tête bleus, afin d'être facilement reconnaissables et pour indiquer qu'ils étaient là à des fins pacifiques et non à titre de combattants. Les bérets et les casques bleus portés par les soldats de la paix de l'ONU sont devenus des symboles universellement reconnus du mouvement international pour le maintien de la paix.

L'initiative de l'ONU a été un succès, car la France et la Grande-Bretagne ont consenti à retirer leurs troupes avant la fin de l'année et les troupes israéliennes ont fait de même en mars 1957. Des observateurs de l'ONU ont alors été déployés le long de la frontière qui sépare Israël de l'Égypte pour superviser la situation. Ils sont demeurés sur place jusqu'à ce que les tensions ayant mené à la guerre de six jours culminent en 1967 et que les Égyptiens exigent le départ des soldats du maintien de la paix stationnés sur leur territoire.

Après l'attaque-surprise de l'Égypte et de la Syrie contre Israël en 1973, le jour du Yom Kippour, on a de nouveau fait appel aux forces des Nations Unies pour assurer le maintien de la paix dans la région, ce qu'elles ont fait jusqu'à la signature des accords de Camp David. Ces accords ont permis d'établir le cadre d'un accord de paix durable entre l'Égypte et Israël et la mission de paix des Nations Unies a pris fin en 1979.

En 1986, les Forces armées canadiennes devaient retourner en Égypte dans le cadre d'une mission de maintien de la paix ne relevant pas des Nations Unies, en participant à la FMO, laquelle a été mise en place en 1982 dans le but de surveiller le respect des modalités de ce traité de paix.

Statistiques

  • La principale contribution du Canada dans les missions de paix auxquelles il a participé en Égypte était axée sur le soutien logistique et consistait à fournir aux forces des Nations Unies des services liés au transport, aux communications, à l'approvisionnement et au soutien en matière de santé.
  • Par moments, les Nations Unies et l'Égypte ont engagé jusqu'à 7 000 troupes en provenance de 20 pays différents. Plus de 150 troupes ont perdu la vie pour appuyer les efforts de paix des Nations Unies en Égypte, dont plus de 50 Canadiens. Ce fut le plus grand nombre de pertes humaines enregistré au Canada au cours d'une mission de maintien de la paix.

Héroïsme et bravoure

Les membres des Forces armées canadiennes savent que les efforts déployés pour instaurer la paix exigent davantage que les techniques traditionnelles acquises au cours de leur carrière militaire. Par exemple, une fois que les combats ont pris fin en Égypte, les soldats de la paix ont été déployés dans la région. Les Israéliens et les Égyptiens devaient apprendre à coexister et respecter les termes du cessez-le-feu. Pour les commandants locaux (comme les officiers canadiens Bill Porter et Ken Nette) qui ont participé à la mission de maintien de la paix des Nations Unies à la fin de la guerre du Yom Kippour, en 1973, le gros du travail était de nature diplomatique. Ils devaient constamment jouer les intermédiaires en participant à des négociations qui sans être de la plus haute importance n'en étaient pas moins fort délicates, puisqu'elles portaient sur des questions comme les échanges de prisonniers et la récupération des corps de soldats tués en service.

Des héros qui ont su se démarquer en raison de leur bravoure et de leur habilité au cours de missions de maintien de la paix comme celles-ci, il s'en trouve dans toutes les collectivités du Canada. Toutefois, lorsque ces héros reviennent au sein de leur collectivité respective après avoir participé à une mission, les expériences qu'ils ont vécues ne sont pas toujours bien comprises. Ce phénomène est dû au fait que bon nombre des membres des Forces armées canadiennes éprouvent de la difficulté à parler des conflits et des querelles, tant militaires que civiles, auxquels ils ont survécu ou hésitent à admettre à quel point il est difficile de laisser derrière eux des êtres chers pendant des périodes de plusieurs mois.

Les missions de maintien de la paix peuvent néanmoins avoir des répercussions positives sur ceux qui y participent. Par exemple, les Canadiens qui s'engagent dans nombre de ces missions ont l'occasion de rencontrer des gens de cultures diverses, notamment les membres de la population de l'endroit où ils sont affectés, ainsi que des camarades soldats venant de toutes les régions du globe. Les Canadiens qui participent à la FMO profitent de l'occasion qui leur est offerte d'en apprendre davantage sur l'histoire du Moyen-Orient et sur l'identité culturelle des peuples qui l'habitent, ce qui ne peut que les aider à mieux comprendre la diversité de leur propre pays, le Canada, sur le plan culturel.

Sacrifices

Un gardien de la paix canadien descendant d’un camion durant de précédents efforts de la Force d’urgence des Nations Unies.

Aux abords de la ville de Gaza se trouve un cimetière bien entretenu comptant les tombes des nombreuses troupes alliées qui sont morts en Moyen-Orient, en servant leur pays, au cours de la Première Guerre mondiale. Un petit coin du cimetière, auquel on peut accéder en traversant des portes ornées de feuilles d'érable dorées, est réservé aux tombes des 22 Canadiens qui ont participé aux efforts de paix en Égypte au cours des années 1950 et 1960.

Les Canadiens inhumés dans ce cimetière sont morts en affrontant des dangers qui se sont manifestés sous forme d'embuscades, d'explosions de mines antipersonnelles ou d'accidents de véhicules à moteur. Cela fait partie des nombreux dangers auxquels sont exposés les militaires qui participent à une mission de paix. La guerre en Égypte continue de faire des victimes, en raison des mines antipersonnelles qui représentent un danger constant pour les citoyens égyptiens, comme pour les troupes canadiennes qui se dévouent à la cause de la paix.

Il est important que les Canadiens de partout dans le monde se souviennent des sacrifices consentis par les membres des Forces armées canadiennes inhumés près de ceux qui ont servi leur pays et le reste du monde lors de la Première Guerre mondiale, et qu'ils sont tous égaux dans la mort. Au fil des ans, environ 130 Canadiens ont perdu la vie au cours d’opérations de soutien de la paix à l’étranger, faisant le sacrifice ultime pour venir en aide aux habitants dans ces régions déchirées par des conflits. Plusieurs autres ont été blessés lors de ses efforts.

Programme Le Canada se souvient

L'équipe du programme Le Canada se souvient, d'Anciens Combattants Canada, encourage tous les Canadiens à se renseigner au sujet des réalisations des Canadiens et des sacrifices qu'ils ont consentis en temps de guerre, de conflits armés et de paix, tout en les incitant à participer aux activités du Souvenir afin d'assurer que soit légué un patrimoine commémoratif aux générations à venir.

Date de modification :