La troisième bataille d'Ypres et de Passchendaele

Plus au sud, l'offensive française sur le Chemin des Dames déclenchée par le général Nivelle est un véritable désastre - bien que les troupes gagnent du terrain, les résultats sont de loin aussi concluants que ce qu'avait promis Nivelle. Perdant quelque 200 000 hommes, l'armée française connaît toute une série de mutineries qui la paralysent pendant quelques mois et la confinent aux opérations défensives.

En juillet, Sir Douglas Haig, commandant des forces britanniques, déclenche dans les Flandres son offensive controversée; son plan est de prendre contrôle de têtes de lignes stratégiques et de s'emparer des bases sous-marines aménagées par l'ennemi sur la côte belge. Le succès remporté à Messines (où les compagnies canadiennes expertes dans le creusement de tunnels ont joué un rôle important) en juin avait pourtant bien laissé augurer de la chose; malheureusement, des retards de plusieurs semaines attribuables aux exigences logistiques et à l'indécision politique annulent l'avantage conféré.

La deuxième et véritable offensive débute à la fin de juillet par un bombardement d'artillerie d'une rare violence, qui non seulement alerte l'ennemi, mais en plus laboure le sol; il n'y a plus que nids-de-poule et poussière. Inhabituelles en cette période de l'année, de fortes pluies tombées la nuit même de l'offensive transforment vite le terrain en un bourbier impraticable. Les gains impressionnants du premier jour sont perdus. Montant péniblement à l'assaut, les troupes britanniques se voient infliger des pertes effroyables par les mitrailleuses allemandes enfouies dans des casemates de béton. Mais en septembre, le soleil réapparaît et de nouvelles tactiques sont employées - une série d'opérations consistant à faire de petites avancées et à tenir les positions acquises - que les Allemands ne savent pas vraiment contrer et qui leur infligent d'énormes pertes.

Au début d'octobre, bien qu'aucun des objectifs stratégiques ne soit tombé (malgré la capture d'une portion importante des hauteurs depuis lesquelles les Allemands dominaient Ypres depuis des années) et que les troupes britanniques soient au bord de l'épuisement, Haig décide de tenter une nouvelle attaque. Le Corps d'armée canadien reçoit l'ordre de prendre la relève des forces décimées d'Anzac dans le secteur d'Ypres et de se préparer à prendre d'assaut Passchendaele.

Après avoir inspecté le terrain transformé en bourbier, le lieutenant-général Currie proteste auprès d'Haig, estimant que c'était envoyer les hommes à la boucherie et refuse de se battre sous le commandement de la Cinquième Armée. Ses objections ne changent rien (si ce n'est qu'il s'est battu sous le commandement de la Deuxième Armée) et l'attaque est préparée avec le plus grand soin. Au cours d'une série d'assauts déclenchée le 26 octobre, 20 000 soldats pris sous un feu nourri progressent pouce par pouce, cratère par cratère. Puis, le 30 octobre, les Canadiens attaquent Passchendaele proprement dit avec l'aide de deux divisions britanniques. Ils atteignent les abords dévastés du village par un violent orage et, cinq jours durant, tiennent pied, souvent empêtrés dans la boue jusqu'à la taille, sous une pluie d'éclats d'obus allemands. Le 11 novembre, le nombre d'assaillants tués totalise 4 028. En prévoyant 16 000 pertes, Currie avait hélas vu juste; en fait, 15 654 hommes ont laissé leur vie dans le saillant. Les Canadiens avaient trouvé leur Golgotha à Passchendaele.

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