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Préparation de l'attaque de Vimy

Aucune opération alliée sur le front occidental ne fut planifiée avec autant de minutie que cette attaque frontale résolue contre des positions qui semblaient inexpugnables. La crête de Vimy avait été si bien fortifiée que toutes les tentatives antérieures pour la prendre avaient échoué. Toutefois, les commandants canadiens avaient très bien appris les leçons amères que leur avaient enseignées les assauts frontaux coûteux lancés jusque-là par une infanterie vulnérable. Cette fois-ci, l'attaque fut longuement préparée. Comme l'a dit le major-général canadien Arthur Currie : « Prenez le temps de les entraîner », ce qui fut fait jusqu'à la plus petite unité et jusqu'au dernier simple soldat du Corps d'armée canadien.

À la fin de l'automne de 1916, les Canadiens se dirigèrent vers le nord après leur rude épreuve sur la Somme pour relever les troupes britanniques établies de l'autre côté sur les pentes occidentales de la crête de Vimy. Ils passèrent l'hiver le plus rigoureux de la guerre à renforcer leurs positions défensives, à pousser des raids plus fréquents sur les tranchées ennemies, et à réunir des renseignements pour préparer l'offensive du printemps. Ces raids continus amorcés à la mi-mars firent subir 1 400 pertes aux Canadiens. Toutefois, cette expérience leur permit de prendre leurs objectifs à Vimy avec beaucoup moins de pertes.

Derrière les lignes canadiennes, on construisit une réplique complète de la zone de combat avec des rames de rubans et de drapeaux de couleur. Les unités canadiennes répétèrent sans relâche les exercices et ce qu'elles auraient exactement à faire le jour de l'attaque. Des cartes furent remises aux plus petites unités afin de les guider. Les troupes connaissaient très bien leurs objectifs et les routes à suivre.

La pose de mines avait depuis longtemps constitué une caractéristique de la guerre à la crête de Vimy. Des ingénieurs allemands, français et britanniques avaient fait creuser nombre de longs tunnels sous le No Man's Land. Ils les avaient remplis de charges explosives pour faire sauter les tranchées ennemies, laissant d'immenses cratères qui changeaient le paysage. Durant la nuit, des compagnies de sapeurs utilisaient les tunnels existants afin d'aménager un nouveau réseau souterrain en vue de l'attaque de la crête de Vimy. En outre, ils creusèrent 12 passages profonds, d'une longueur totale de cinq kilomètres, qui assuraient une voie d'accès aux troupes montant à l'assaut. Ces tunnels les protégeaient contre les bombardements et permettaient de ramener les blessés du champ de bataille. Certains passages étaient assez courts, alors que l'un d'eux, le passage Goodman, situé de l'autre côté de la ferme de la Folie, avait 1,2 kilomètres de longueur. La plupart de ces passages étaient éclairés à l'électricité provenant de génératrices et tous étaient pourvus de conduites d'eau. Les souterrains abritaient également des lignes téléphoniques.

Dans les murs de ces passages, on avait creusé des pièces qui abritaient des quartiers généraux de brigade et de bataillon, ainsi que des dépôts de munitions, des centres de communication et des postes de secours. La plus grande de ces nombreuses cavernes profondes, la caverne Zivy, pouvait loger un bataillon entier.

De plus petits tunnels reliant les passages à la ligne de front (on les appelait des « saps », d'où l'expression sapeur désignant un ingénieur militaire ou un soldat du Génie) étaient scellés jusqu'à l'heure H, puis on les faisait sauter. Les Canadiens en émergeaient alors pour donner l'attaque directement sur le champ de bataille.

Les dédales de tunnels et de cavernes ont constitué l'une des plus remarquables réalisations d'ingénierie de la guerre. Le vaste réseau souterrain devait permettre de réduire les pertes parmi les troupes d'infanterie en marche et les blessés que l'on ramenait, et d'assurer le ravitaillement dans des conditions moins dangereuses.

En plus de construire ce réseau, les sapeurs anglais et canadiens réparèrent 40 kilomètres de route dans la zone avancée du Corps d'armée et aménagèrent une nouvelle route de 4,8 kilomètres en planches. Ils remirent également en état 32 kilomètres de rails sur lesquels des wagons légers, mus par des moteurs à essence, ou tirés par des mules, transportaient de l'approvisionnement et des munitions.

L'assaut de l'infanterie fut précédé par un barrage massif de l'artillerie qui commença le 20 mars. Celui-ci comprenait 245 canons et obusiers lourds, et plus de 600 pièces d'artillerie de campagne. Les Canadiens purent également compter sur le soutien de l'artillerie britannique, ce qui ajoutait 132 autres canons lourds et 102 canons de campagne. Toute cette puissance de feu assurait un canon lourd à tous les 20 mètres de front et un canon de campagne à tous les 10 mètres.

Le 2 avril, le bombardement s'intensifia. Au moment où l'infanterie se mit en marche, un million d'obus d'artillerie s'étaient abattus sur les Allemands. Un Canadien raconta que les obus passaient au-dessus de sa tête et tombaient sur les positions allemandes telle l'eau « jaillissant d'un boyau d'arrosage ». Grâce à la reconnaissance aérienne et aux autres méthodes de détection perfectionnées par les Canadiens, plus de 80 p. 100 des canons allemands purent être repérés. Peu en sortirent intacts. Les Allemands qualifièrent cette période de « semaine de souffrance ». Des tranchées furent pulvérisées et les nouveaux obus pourvus d'une fusée permirent de réduire en pièces de nombreux enchevêtrements de barbelés et d'ouvrir ainsi aux Canadiens la dangereuse route vers le combat.

La guerre aérienne eut un impact important à Vimy. Alors que la reconnaissance aérienne permettait de recueillir des renseignements d'une valeur inestimable sur les positions ennemies et les postes d'artillerie, les avions de combat empêchaient l'ennemi de savoir exactement quelles étaient les intentions des Alliés. Les avions et les ballons d'observation allemands étaient attaqués et abattus. Il s'agissait là d'une tâche importante et dangereuse, les ballons étant défendus par des avions de chasse et des canons antiaériens. Billy Bishop, le pilote de chasse canadien qui allait bientôt être célèbre, gagna la Croix militaire le 7 avril, pour avoir abattu un ballon près de Vimy. Il venait de commencer sa remarquable carrière au mois de mars.

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