Appui aérien et naval

Nota : Récemment, des changements ont été apportés à l'alphabet coréen. Par exemple, Pusan s'écrit maintenant Busan et Kapyong s'écrit Gapyong. Afin de conserver la pertinence historique, les anciennes versions des noms sont utilisées dans cet article.

Bien que le récit des hostilités en Corée soit dominé par les combats des forces terrestres contre l'ennemi dans les collines, les marécages et les rizières, sous les pluies torrentielles et la neige, il faut souligner que toutes les étapes de la campagne de Corée consistaient en des opérations conjuguées au cours desquelles les forces des Nations Unies sur mer et dans les airs jouèrent un rôle vital et prépondérant. Un des principaux délégués communistes aux pouparlers d'armistice en août 1951 affirma que : « Sans l'appui . . . de vos forces aériennes et navales [ONU], vos forces terrestres auraient été chassées de la péninsule coréenne par nos forces terrestres puissantes et aguerries ». Il ne fait aucun doute que l'appui aérien et naval fut vital aux accomplissements des Nations Unies en Corée.

Canadiens de l'escadron no 416 dans le poste de pilotage d'un North Star en route pour la Corée

Dès le tout début de la guerre, les forces des Nations Unies jouissaient d'une suprématie complète des airs au-dessus du champ de bataille. Les forces aériennes nord-coréennes furent détruites au cours de l'été de 1950 et l'entrée des forces chinoises dans la guerre en novembre de la même année ne changea rien à la situation. Leurs avions à court rayon d'action, construits en Russie, exigeaient des terrains d'atterrissage en Corée et ceux-ci furent détruits avec succès par des bombardiers américains. Les bombardiers lourds des Nations Unies atteignirent des objectifs aussi loin au nord que le fleuve Yalu, frontière avec la Mandchourie, et infligèrent de lourdes pertes et des dommages énormes aux tunnels. Les chasseurs pilonnaient sans relâche les positions avancées de l'ennemi, le contraignant à déplacer hommes et matériel pendant la nuit, tandis que les reconnaissances aériennes facilitaient la tâche des troupes terrestres des Nations Unies dans leurs opérations.

La participation canadienne à l'effort aérien commença au tout début de la guerre avec le détachement du 426e escadron de transport de l'ARC auprès du Service du transport aérien militaire des États-Unis. En juin 1954, lorsque cette affectation prit fin, cette unité avait effectué 600 vols aller-retour au-dessus du Pacifique, transportant ainsi plus de 13 000 passagers et 3 000 000 kilos de marchandises et de courrier sans subir une seule perte.

Vingt-deux pilotes de combat de l'ARC et un certain nombre d'officiers techniciens ont servi dans la 5e Armée de l'air américaine. Les Canadiens portèrent à leur crédit 20 chasseurs ennemis détruits ou endommagés, ainsi que la destruction de plusieurs trains et camions ennemis.

Appui naval

La Corée étant une péninsule, elle présentait une situation assez spéciale à l'appui naval. Pour assurer cet appui, un total de huit navires de la Marine royale du Canada (MRC) se joignit à la marine des Nations Unies et à celle de la République de Corée pour exécuter une grande variété de tâches. Ils maintinrent un blocus permanent de la côte ennemie, empêchèrent l'ennemi d'effectuer des débarquements amphibies, protégèrent les porte-avions de la menace d'attaques aériennes et sous-marines et appuyèrent les forces terrestres des Nations Unies en bombardant les zones côtières occupées par l'ennemi. De plus, ils protégèrent les îles amies et apportèrent aide et soulagement aux personnes malades et dans le besoin des villages de pêcheurs isolés de la Corée du Sud.

La destruction de l'armée de l'air nord-coréenne et de sa petite flotte de canonnières au tout début de la guerre avait pratiquement éliminé le danger d'attaques ennemies contre les navires des Nations Unies. Il restait cependant le danger des mines ennemies et des tirs de canons des batteries côtières, ainsi que celui que présentaient la géographie et le climat de la région.

Cayuga

Le 5 juillet 1950, seulement 11 jours après le début des hostilités, les navires Cayuga, Athabaskan et Sioux quittaient Esquimalt sous le commandement du capitaine J.V. Brock. Le 30 juillet, date locale, les destroyers canadiens arrivaient au port de Sasebo, au Japon, prêts à entrer dans la bataille pour établir la tête de pont de Pusan en Corée. Avant la fin de la guerre en 1953, cinq autres navires canadiens devaient aussi servir dans la Division des destroyers canadiens, au cours de la campagne de Corée : les navires Nootka, Iroquois, Huron, Haida et Crusader.

Comme la force navale canadienne en Corée se composait seulement de destroyers, il fallait habituellement les utiliser séparément. Ce n'est donc que très rarement que les navires canadiens servirent côte à côte dans les eaux coréennes. Ils furent d'abord rattachés au commandement britannique pour maintenir le blocus de la côte ouest, mais ils prirent également leur tour de service dans les opérations près de la côte est.

Dès leur arrivée, les destroyers canadiens furent chargés de fonctions d'escorte et de patrouille, car le besoin immédiat le plus urgent était le transport rapide d'hommes de troupe à la tête de pont assiégée de Pusan. En août, ils se déplacèrent vers la côte ouest de la Corée où ils prirent part au bombardement des positions ennemies et aidèrent au débarquement des forces de la République de Corée dans les îles nord-coréennes. Les trois navires participèrent ensemble à des opérations pour la première fois en septembre 1950 afin d'appuyer les débarquements d'Inchon. Aidés de quelques vaisseaux légers sud-coréens, les navires canadiens avaient pour mission particulière de protéger un flanc de la force d'invasion. Ils exécutèrent cette tâche sans rencontrer d'opposition ennemie.

Après les débarquements d'Inchon et les succès remportés par les Nations Unies à l'automne de 1950, il semblait que la guerre serait bientôt finie, mais l'intervention chinoise transforma complètement la situation. En décembre, des ordres furent donnés afin d'évacuer Chinnampo, le port de Pyongyang, et de préparer le retrait d'Inchon.

Le groupement stratégique du capitaine Brock, la plus grande force navale se trouvant dans la région, se composait de six destroyers, dont trois navires canadiens, deux australiens et un américain. Cette force fut chargée de protéger la flotte de retrait. La situation militaire était grave. Il y avait danger que l'ennemi attaque le port. Par conséquent, les destroyers reçurent l'ordre d'entrer dans le port et d'être prêts à fournir un tir de canon d'appui.

Dès qu'il eut reçu un message décrivant l'urgence de la situation à Chinnampo, à la fin de la journée du 4 décembre 1950, le capitaine Brock ordonna aux six destroyers de remonter la rivière Taedong à la faveur de la nuit afin d'atteindre le port situé à environ 32 kilomètres en amont. C'était une entreprise dangereuse. Le chenal, étroit et peu profond, avait été truffé de mines par les Nord-Coréens. Deux navires s'échouèrent et durent rebrousser chemin pour être réparés. Les quatre autres destroyers, guidés par le Cayuga, continuèrent à remonter lentement et avec précaution le chenal au cours d'un voyage particulièrement harassant dans l'obscurité et à marée basse. Après avoir terminé cette opération dangereuse, la force navale monta la garde contre toute attaque ennemie qui, heureusement, ne se produisit pas.

Une fois les troupes évacuées en sécurité, les destroyers bombardèrent le port afin de détruire les voies ferrées, les installations portuaires, ainsi que d'énormes approvisionnements de matériel stratégique qu'il avait fallu abandonner. Le lendemain, 6 décembre 1950, tous les navires avaient quitté le chenal et le capitaine Brock signalait que sa mission avait été accomplie avec succès.

Du 20 novembre 1950 au début de janvier 1951, pendant que les forces terrestres des Nations Unies subissaient de lourds échecs, les navires canadiens demeurèrent presque continuellement de service le long de la côte ouest. En plus de leur fonction de protection des porte-avions, ils escortèrent les navires marchands, effectuèrent des patrouilles de blocus et assurèrent une protection antiaérienne et un appui général aux forces évacuant Inchon. Le 22 décembre, l'Athabaskan fut retiré du service afin de subir des réparations et des travaux géneraux d'entretien. Le Sioux retourna à Sasebo le 2 janvier afin de se préparer à son retour au Canada, et fut remplacé par le Nootka. Le Cayuga, après avoir établi un record pour le Commonwealth avec 50 jours de patrouille, rejoignit les autres vaisseaux à Sasebo le 8 janvier.

À la mi-janvier 1951, les destroyers canadiens essuyèrent le feu ennemi pour la première fois au cours du Conflit coréen lorsqu'ils se joignirent aux forces des Nations Unies pour bombarder le port d'Inchon, alors aux mains de l'ennemi. Pendant que les navires Cayuga et Nootka quittaient le port d'Inchon le 25 janvier, l'ennemi ouvrit le feu. Heureusement, les canons ennemis étaient imprécis. Les navires firent machine arrière, et avec leurs canons de quatre pouces, firent taire les batteries côtières. Le Cayuga fut à nouveau attaqué par des tirs ennemis lors de son retour à Inchon deux jours plus tard, mais encore une fois, s'en tira indemne tout en poursuivant le bombardement.

À l'exception de ces combats, les premiers mois de 1951 furent assez calmes pour les navires canadiens. Ils consacraient la majeure partie de leur temps à la protection des porte-avions. C'était une tâche difficile, mais généralement sans imprévu. Les destroyers avaient mission de les protéger contre les attaques aériennes et sous-marines et les équipages devaient être toujours vigilants.

Un certain nombre de changements à l'égard des navires canadiens furent apportés au cours du printemps et de l'été de 1951. En mars, le Cayuga rentra au Canada et fut remplacé par le Huron. En mai, le Sioux retourna sur le théâtre de guerre afin de prendre la relève de l'Athabaskan. En juillet et en août, le Nootka et le Huron quittèrent la Corée à destination du Canada tandis que le Cayuga et l'Athabaskan retournèrent pour une deuxième période de service.

La période des offensives et des contre-offensives terrestres qui s'étendit d'avril à juin 1951 fut également une époque fort occupée pour les navires canadiens car ils commencèrent à mener des opérations beaucoup plus fréquentes sur la côte est et à effectuer de plus nombreuses patrouilles de blocus. Une patrouille régulière comprenait habituellement le bombardement des voies ferrées, des routes, des installations d'artillerie et de nombreux autres objectifs.

Sur la côte ouest, la protection des îles ayant une valeur stratégique devint une part importante des opérations des navires de ces unités spéciales. Sur la côte est, le port de Wonsan devint le point central des opérations navales.

Au cours des derniers mois de 1951, pendant que les négociations de trêve se poursuivaient sporadiquement, les forces aériennes et navales assistèrent à un accroissement des combats en raison d'attaques ennemies contre les îles. La chute de Taehwa illustre bien la difficulté de défendre ces îles. Cette île, située à l'intérieur du golfe Yalu à moins de deux kilomètres de deux petites îles aux mains des communistes, était défendue par deux officiers de l'armée américaine et un petit groupe de guérilleros coréens. Pendant plusieurs mois, les destroyers canadiens avaient participé à l'approvisionnement et à la défense de l'île. Puis, dans la nuit du 30 novembre 1951, une flottille de petites jonques en bois et d'embarcations pneumatiques franchit le bras de mer à la dérive pour atteindre les plages du nord. Les destroyers canadiens, munis d'installations de radar modernes, n'étaient pas de service dans le secteur cette nuit-là et, lorsque les embarcations furent détectées, il était déjà trop tard. Les troupes communistes bien armées envahirent rapidement les défenses des guérilleros.

Au début de 1952, la situation en Corée était sombre car les pourparlers de trêve étaient dans une impasse. Les opérations navales cependant se poursuivirent comme à l'habitude pendant toute l'année. Les destroyers canadiens s'occupèrent principalement d'activités de défense des îles, de protection des porte-avions et de patrouilles côtières. Sur la côte ouest, le secteur de Haeju, en particulier, devint le théâtre d'une activité navale canadienne intense. Ce secteur, qui s'étend de l'extrémité est de la baie de Haeju-man jusqu'à l'île de Kirin, se compose d'une agglomération hétéroclite d'îles et de péninsules fortement découpées. Pour le Nootka (revenu sur le théâtre des combats pour prendre la relève du Sioux en février), ce secteur devait être la scène d'une période fort occupée. Pendant qu'il opérait dans le voisinage de Haeju, au cours de la seconde moitié de juillet et des premiers jours d'août, il débarqua quotidiennement des équipes du service des renseignements militaires et à sept reprises se trouva sous le feu de l'ennemi. Heureusement, il n'y eut aucune perte.

C'est en octobre 1952 que la Marine royale du Canada devait déplorer ses premières et seules pertes dans la guerre. Au cours d'une patrouille le long de la côte est, l'Iroquois fut atteint d'un coup direct par une batterie côtière. Trois hommes furent tués et dix autres blessés.

En novembre 1952, le Nootka et l'Iroquois repartirent pour le Canada; l'Athabaskan retourna sur le théâtre de guerre pour y accomplir une troisième période de service, et le Haida s'y rendit pour la première fois. Le Haida était le huitième destroyer canadien à être en service dans les eaux coréennes.

Sur la côte est où le terrain accidenté obligeait les voies ferrées à longer le littoral à maints endroits, les trains ennemis devinrent des cibles de prédilection pour les canons de la marine. Lorsqu'un club de « Trainbusters » (destruction de trains) fut constitué vers le milieu de 1952, les navires canadiens y participèrent volontiers. Le Crusader se distingua avec une fiche de quatre trains à son crédit. Ensemble, les navires canadiens inscrivirent huit des 28 trains détruits, soit un record hors de proportion du nombre des navires canadiens et de la durée de leur service dans le secteur.

Sioux patrouillant dans les champs de glace au large de la côte corérenne, février 1952

C'est à Noël 1952 que l'on vit pour la première fois depuis le début des hostilités les trois navires canadiens au port. Malheureusement, avant la fin de l'année, ils reprirent une fois de plus les patrouilles pour affronter les dangers des batteries côtières ennemies, les risques de la navigation près du littoral et les caprices désagréables de l'hiver sur la mer Jaune.

Au cours des six derniers mois de la guerre, ce fut le retour aux activités régulières pour les destroyers canadiens. Ils s'adonnèrent à la protection coutumière des porte-avions et aux patrouilles le long de la côte ouest, ainsi qu'à des missions plus dangereuses et exaltantes sur la côte est.

Après la signatue de l'armistice le 27 juillet 1953, la force navale des nations Unies demeura sur place afin d'évacuer les îles qui devaient être remises à la Corée du Nord et d'effectuer des patrouilles opérationnelles de routine. Le dernier destroyer canadien quitta la Corée en septembre 1955.

La contribution de la Marine royale du Canada aux efforts de guerre des Nations Unies en Corée fut importante. Avec seulement neuf destroyers, la MRC a maintenu une force de trois destroyers sur le théâtre des combats pendant toute la campagne. Au moment où l'armistice fut signé, 3 621 officiers et marins de la Marine royale du Canada avaient servi en Corée.

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