La fermeture du golfe du Saint-Laurent

La corvette <abbr title='Navire canadien de Sa Majesté'>NCSM</abbr> <em>Shawinigan</em>, un vétéran des batailles de convoi du Saint-Laurent. Ministère de la Défense nationale WO-30-126

La corvette NCSM Shawinigan, un vétéran des batailles de convoi du Saint-Laurent. Ministère de la Défense nationale WO-30-126

Devant les pertes de plus en plus grandes en vies humaines et en navires marchands, le gouvernement du Canada ferma le fleuve Saint-Laurent à tous les bâtiments transatlantiques, le 9 septembre 1942, et limita à l’essentiel les convois côtiers. Il n’en laissait pas moins beaucoup de travail aux défenseurs, car 40 p. 100 des transports qui empruntaient le couloir Sydney–Québec soutenaient un commerce côtier vital. La décision fort controversée prise par la Marine d’affecter 17 des rares corvettes à l’invasion imminente en Afrique du Nord (Opération Torch) ne fit que rendre leur tâche plus difficile encore.

Le Commandement aérien de l’Est s’efforça de mieux défendre les convois restants en détachant à Chatham (Nouveau-Brunswick) une partie du 113e Escadron, à titre de
« détachement spécial de chasse aux sous-marins ». Ce détachement lança sa première attaque contre les U-boot le 9 septembre : le sous-lieutenant d’aviation R.S. Keetley piqua sur le U-165 à 32 kilomètres au sud de l’île d’Anticosti. Il ne fit pas grand mal au sous-marin, mais les interventions navales et aériennes ultérieures dans la région empêchèrent le U-boot d’attaquer d’autres convois.

Les pertes continuaient quand même à se multiplier. Le NCSM Charlottetown, qui avait réussi à escorter onze convois entre Québec et Sydney, fut victime du U-517 le 11 septembre. L’attaque, qui eut lieu en plein jour, horrifia les observateurs, qui assistèrent à la débâcle de la rive. Le navire sombra en quatre minutes. Un seul marin fut tué comme conséquence de l’explosion des torpilles, mais neuf autres matelots allaient succomber aux blessures subies dans l’eau lorsque les grenades sous-marines et les munitions explosèrent pendant que le navire coulait par le fond. Parmi ceux qui furent tués, on comptait le capitaine, le capitaine de corvette John Bonner. Tommy MacDonald, membre de l’équipage, fut blessé dans les explosions, mais il tenta de récupérer un flotteur pour ses camarades. Ses actions aggravèrent l’état de ses blessures, et il mourut plus tard à Gaspé. Au nombre des pertes de vie figurait aussi John « Judy » Garland. S’étant assuré que la plupart des membres d’équipage portaient leur gilet de sauvetage, Garland descendit sauver la mascotte du navire, Screech, un chien qu’il aimait beaucoup. Cette tentative devait lui coûter la vie. Le plus ironique est que le chien était déjà dans l’eau et n’avait nul besoin d’aide. Les survivants remirent Screech à la mère de Garland quelques semaines plus tard.

Le sous-marin de Hartwig cessa de faire régner la terreur sur le Saint-Laurent après avoir attaqué le 15 septembre un convoi de 21 navires, le SQ-36, et avoir ajouté à ses macabres trophées le Saturnus et l’Inger Elisabeth. Malgré les contre-attaques lancées par une puissante escorte qui comprenait le destroyer NSM Salisbury de la Royal Navy et cinq autres navires de guerre ainsi qu’une bonne couverture aérienne, le U-517 ne subit que de légers dommages. Avant que le convoi n’atteigne sa destination, le U-165 d’Hoffman envoya le navire marchand Joannis par le fond lui aussi.

De chasseur, Hartwig devint pourchassé. Il fut en butte aux attaques répétées de navires de guerre et de pilotes du 113e Escadron, qui recouraient désormais à une nouvelle tactique anti-sous-marine plus efficace. Le 16 septembre, le sous-lieutenant d’aviation Keetley encadra le U-517 de quatre grenades sous-marines, sans réussir à le couler. À un moment donné, une grenade fut découverte sur le pont du U-517. On la détacha et la lança par-dessus bord. Si le U-boot avait plongé à une profondeur suffisante, la grenade l’aurait détruit. Le NCSM Georgian vit le sous-marin se disposer à attaquer le convoi SQ-38 au large de Gaspé le 21 septembre et pourchassa inlassablement pendant deux heures le maraudeur, auquel il lança des grenades sous-marines. Enfin, l’équipage du Georgian vit le U-boot faire surface, rouler sur lui-même et s’enfoncer de nouveau. On crut que Hartwig avait finalement trouvé la mort, mais en fait, il survécut et resta submergé pendant deux jours pour réparer les dommages subis par son sous-marin. Ce fut ensuite au tour des Forces aériennes de se mettre à la poursuite du magicien des mers.

En l’espace de 24 heures, les 24 et 25 septembre, les équipages du 113e Escadron aperçurent le U-517 à sept reprises et l’attaquèrent trois fois. Le talentueux lieutenant d’aviation M.J. Bélanger, natif de Québec et âgé de 23 ans seulement, qui avait joint l’escadron après avoir servi comme instructeur de vol, dirigea deux des attaques, dont aucune ne coula le U-boot. Les avions continuèrent à harceler le sous-marin qui croisait dans le Golfe. C’est encore Bélanger qui attaqua le U-517 le 29 septembre. Ses grenades sous-marines eurent beau exploser tout autour de la coque du sous-marin, ce dernier s’en sortit une fois de plus. Il avait néanmoins été durement touché. Plus tard, le jeune aviateur serait décoré de la Croix du service distingué dans l’Aviation, en grande partie pour la détermination qu’il avait mise à poursuivre le sous-marin de Hartwig.

Quand le U-517 et le U-165 quittèrent le golfe du Saint-Laurent, l’amiral Dönitz envoya cinq autres sous-marins prendre leur place. Ces derniers se retrouvèrent devant de redoutables défenses aériennes et des convois beaucoup mieux préparés. Néanmoins, le U-69 réussit à remonter le Saint-Laurent jusqu’à 300 kilomètres de Québec. Embusqué au large de Métis-sur-Mer, il coula le vraquier canadien Carolus, faisant onze morts. Une des victimes était un garçon de cuisine de 16 ans, John Milmine de Verdun (Québec), qui faisait son premier voyage. M. Robert Dowson (RVMRC), également de Verdun, fut plus chanceux et compta parmi les 19 membres d’équipage qui furent rescapés. Il était le doyen des trois canoniers du Carolus, et fut l’un des quelque 1 600 membres de la Marine royale du Canada qui—comme les membres du Royal Artillery Marine Regiment—se portèrent volontaires pour servir à bord de navires de commerce équipés pour leur défense (DEMS) pendant la guerre.

Le U-106 se glissa dans le détroit de Cabot et signala lui aussi des conditions peu favorables. Quand le convoi BS-31 en provenance de Corner Brook (Terre-Neuve) croisa sa route, il envoya par le fond le transporteur de pâte à papier Waterton de Bowood, qui fut l’un des cinq navires de cette papetiere Terre-neuvienne à être coulé par l’ennemi pendant la guerre. Par bonheur, tous les membres de l’équipage du Waterton survécurent à cette épreuve. Les contre-attaques lancées par le yacht armé NCSM Vison et les appareils du 117e Escadron (bombardement et reconnaissance) contraignirent le sous-marin à rester immergé dans les profondeurs pendant huit heures. Son commandant, le sous-marinier chevronné Herman Rasch, déclara que les conditions étaient « exactement comme celles qui régnaient dans le golfe de
Gascogne » (au large de la France), où les Alliés avaient lancé une offensive générale contre les sous-marins allemands. Rasch quitta le Golfe trois semaines plus tard sans avoir pu remporter d’autres victoires.

Date de modification :