La recherche des sous-marins meurtriers

Des Fairmile de la 82<sup>e</sup> flottille font relâche à Gaspé; des tempêtes d'hiver ont fait rage dans le golfe au cours de leur voyage vers Halifax. Bibliothèque et Archives Canada PA 134348

Des Fairmile de la 82e flottille font relâche à Gaspé; des tempêtes d'hiver ont fait rage dans le golfe au cours de leur voyage vers Halifax. Bibliothèque et Archives Canada PA 134348

Dès lors, le Corps d’aviation royal canadien s’employa à repérer les sous-marins meurtriers. Il dépêcha d’autres bombardiers à Mont-Joli. Sachant que la présence d’une couverture aérienne pouvait suffire à dissuader les U-boot, le commandement aérien de l’Est de l’ ARC ordonna même à des avions des unités d’entraînement opérationnel de Greenwood et de Debert (Nouvelle-Écosse) et des écoles de reconnaissance générale de Summerside et de Charlottetown (Île-du-Prince-Édouard) de survoler la zone. Même ainsi renforcée, cette couverture ne pouvait cependant rien si les conditions atmosphériques conspiraient contre les défenseurs. C’est d’ailleurs ce qui arriva au convoi QS-33. Enveloppé dans le brouillard entre Cap-Chat et Gaspé, il n’en émergea que pour être le plus durement frappé de toute la bataille du Golfe.

Paradoxalement, la forte couverture aérienne assurée ailleurs poussa les U-boot à remonter plus loin encore dans le Golfe, jusqu’à l’ouest de Pointe-des-Monts, où le Saint-Laurent n’a plus que 50 kilomètres de largeur. Ils y interceptèrent huit navires marchands, escortés par la corvette NCSM Arrowhead, le dragueur de mines NCSM Truro, le yacht armé NCSM Raccoon et deux vedettes Fairmile. Le convoi passait au large de Cap-Chat peu après 22 heures, le 6 septembre 1942, quand le U-165 coula d’une torpille le navire marchand grec Aeas, faisant deux morts. Le principal navire d’escorte, l’Arrowhead, fit marche arrière et, dans la lueur des obus éclairants, son capitaine, le commandant E.G. Skinner, vit le Raccoon partir en zigzaguant à la recherche du sous-marin. Ce fut la dernière fois que le petit navire de guerre fut aperçu. Une torpille fit exploser la chaudière du navire qui coula en quelques minutes.

Quelques jours plus tôt, près de Matane, le Raccoon avait vu deux torpilles frôler sa proue, mais il avait pu s’en tirer indemne. Cette fois, la chance avait tourné. À 1 h 12, le matin du 7 septembre, alors que le convoi passait devant Rivière-la-Madeleine, deux violentes explosions retentirent. Les navires crurent entendre le bruit de grenades sous-marines lancées par le Raccoon qui continuait à pourchasser le U-165. C’est plus tard seulement qu’on se rendit compte que le bruit était celui d’une torpille allemande fendant la coque du yacht transformé.

En un instant, le NCSM Raccoon et les 37 hommes de son équipage disparurent. Parmi les morts, il y avait l’officier d’approvisionnement adjoint John Sheflin. Pendant que son navire coulait, un train traversait à toute allure Rivière-la-Madeleine, non loin de là. Sa femme Marguerite et ses deux jeunes enfants se trouvaient à bord. Sur le coup d’une impulsion, Marguerite avait décidé de quitter Toronto pour aller vivre dans sa famille à Eureka, en Nouvelle-Écosse, afin de voir Sheflin pendant ses rares permissions à terre. Ce n’est que plusieurs années plus tard que la famille de Sheflin découvrit qu’elle avait été si proche de lui avant que la tragédie ne les sépare à tout jamais.

Le lendemain, le U-517 attaqua le convoi réduit. Devant Cap-Gaspé, Hartwig attendait patiemment sa proie qui venait lentement à lui à travers la brume et la bruine. Il ne lui fallut que quelques minutes pour envoyer trois autres navires marchands par le fond. La bataille du golfe du Saint-Laurent vit sombrer les bâtiments grecs Mount Pindus et Mount Taygetus. Deux matelots du premier et cinq du second perdirent la vie. L’Oakton, qui appartenait à la Gulf and Lake Navigation Company de Montréal, fut ensuite la cible de Hartwig. La torpille lancée par ce dernier atteignit la salle des machines de l’Oakton, tuant un graisseur et deux chauffeurs de chaudière et envoyant par le fond une cargaison de charbon destinée à Corner Brook (Terre-Neuve). Dans son Fairmile 083, le lieutenant Bill Grant sauva 17 survivants de l’Oakton, ainsi que 61 marins des deux navires grecs.

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