La base de Gaspé

L’intervention menée par ces chasseurs Curtiss Kittyhawk à Mont-Joli (Québec) en réponse au torpillage d’un navire aboutit à la perte d’un appareil et de son pilote, le commandant d’aviation J.A.J. Chevrier. Ministère de la Défense nationale PMR 75-622

L’intervention menée par ces chasseurs Curtiss Kittyhawk à Mont-Joli (Québec) en réponse au torpillage d’un navire aboutit à la perte d’un appareil et de son pilote, le commandant d’aviation J.A.J. Chevrier. Ministère de la Défense nationale PMR 75-622

On avait envisagé la possibilité que l’ennemi s’attaque aux navires marchands dans le golfe du Saint-Laurent. Au début de 1940, les stratèges de la Marine avaient réfléchi sérieusement au problème. Au début, ils avaient surtout projeté d’établir une modeste base navale à Gaspé, au Québec. À leur avis, une station équipée de quatre ou cinq yachts armés suffirait pour les besoins d’escorte locaux.

Ils devaient toutefois remanier complètement leurs plans au cours de l’été 1940. En effet, l’une après l’autre, les puissances européennes avaient succombé devant l’irrésistible poussée nazie. On craignait vraiment une invasion de l’Angleterre. Les chefs militaires entreprirent alors de trouver des endroits appropriés sur la côte Est du Canada pour y mettre la Royal Navy à l’abri, au cas où elle devrait quitter ses bases du Royaume-Uni. Avec son vaste port bien abrité, Gaspé vint en tête des possibilités. Quelques semaines plus tard, Gaspé comptait parmi les trois principaux ports maritimes de la côte Est, avec les deux ports déjà établis à Sydney et à Halifax, en Nouvelle-Écosse.

Les craintes d’invasion de l’Angleterre se dissipèrent en 1941, sans que l’on ne néglige pour autant la préparation bien nécessaire des défenses anti-sous-marines dans le golfe du Saint-Laurent, et les travaux se poursuivirent à la base de Gaspé. En mars 1942, dans un discours prononcé à la Chambre des communes, le premier ministre William Lyon Mackenzie King exposa ses craintes d’une offensive imminente des U-boot dans le Golfe :

Au dire de certains officiers de la Marine de guerre canadienne, on peut s’attendre d’ici quelques mois à trouver des sous-marins dans le Golfe et même dans le fleuve Saint-Laurent. On sait, en effet, qu’un sous-marin ennemi peut traverser l’océan, marauder quelques jours et même quelques semaines le long de nos côtes et regagner sa base en Europe sans avoir à se ravitailler en combustible. Si ces prévisions sont exactes, il en résultera une nouvelle tâche pour la marine canadienne. En plus de collaborer à l’escorte des convois dans l’Atlantique, elle devra dorénavant protéger les convois dans le Golfe et le fleuve Saint-Laurent de même que le long de nos côtesNote de bas de page1.

Le 1er mai 1942, on inaugura officiellement la nouvelle base navale de Gaspé, le NCSM Fort Ramsay. On y trouvait des défenses maritimes, des soutes à mazout, des jetées, des soutes à munitions, des ateliers d’entretien, un ber roulant, des installations de communication, ainsi qu’un hangar avec contre-étrave pour les hydravions. Toutefois, le spacieux port de Gaspé ne comptait qu’un seul navire, l’arraisonneur Venning de 18 mètres de long. Quelques jours plus tard, la nécessité de ces installations et d’une présence infiniment plus marquée dans le golfe des navires de guerre devint évidente.

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