Les derniers affrontements sérieux

En 1943, les U-boot allèrent semer la terreur dans d’autres eaux, mais firent néanmoins deux incursions chez nous pour aider des prisonniers de guerre allemands à s’enfuir du Canada. En septembre, le U-536 pénétra dans la baie des Chaleurs pour embarquer des fugitifs évadés d’un camp de prisonniers de guerre de Bowmanville (Ontario). Sachant ce qui se tramait, les autorités de la Marine canadienne avaient confié à un destroyer, à trois corvettes et à cinq dragueurs de mines Bangor la mission de fermer la baie et d’en chasser les sous-marins. Finalement, le seul évadé de Bowmanville fut arrêté avant d’avoir pu atteindre le lieu de rendez-vous. Bien qu’attaqué, le U-536 réussit à passer à travers les mailles du filet.

Toutefois, décidés à obtenir les mêmes succès qu’en 1942, les U-boot revinrent en 1944 dans le golfe du Saint-Laurent, qui avait été rouvert aux navires transatlantiques. À ce moment-là, la Marine royale du Canada était devenue plus habile à la guerre anti-sous-marine et avait grandement amélioré ses méthodes de protection des convois. L’aéronavale était également plus efficace. Les U-boot revenaient cependant avec un avantage qui pouvait se montrer fatal : le schnorchel, ce tube qu’on venait d’inventer et qui permettait aux sous-marins de recharger leurs batteries en plongée. Grâce à cet engin, les U-boot devaient passer moins de temps en surface et étaient du même coup moins vulnérables aux attaques.

Ainsi équipés, les U-boot organisèrent plusieurs attaques dans le golfe du Saint-Laurent en 1944, mais sans guère de succès. Le 14 octobre, à proximité du phare de Pointe-des-Monts, une torpille Gnat (un type d’armes qui se dirigeaient sur le bruit produit par un navire) du U-1223 frappa la poupe du NCSM Magog. Grâce à un excellent contrôle des avaries, l’équipage put maintenir le navire à flot en attendant de le faire remorquer jusqu’à Québec, mais il y fut néanmoins déclaré perte totale à son arrivée. Le 2 novembre, le U-1223 récidiva. Il torpilla et endommagea gravement le céréalier Fort Thompson près de Matane (Québec).

C’est en novembre, dans le détroit de Cabot, qu’eut lieu le dernier affrontement sérieux de la bataille du golfe du Saint- Laurent. Il entraîna la perte de la corvette NCSM Shawinigan, qui avait connu les combats de convoi sur le fleuve en 1942 et participé à la recherche du U-536 en 1943.

Le Shawinigan et le garde-côte américain Sassafras reçurent l’ordre d’escorter le traversier Burgeo entre Sydney et Port-aux-Basques. Depuis la perte du Caribou, ce traversier était toujours escorté. Le 24 novembre, les trois navires traversèrent sans encombre jusqu’à Port-aux-Basques, où le Shawinigan quitta le groupe pour continuer ses patrouilles anti-sous-marines dans la zone. Il avait rendez-vous avec le Burgeo, le lendemain matin, pour retourner au Cap-Breton. La corvette n’arriva jamais au rendez-vous.

Non loin de là, le U-1228, qui avait ordre de pénétrer dans le golfe du Saint-Laurent, s’attardait en essayant de réparer un schnorchel défectueux. Son commandant, Frederich-Wilhelm Marienfeld, craignait de ne pas réussir à traverser le détroit de Cabot sans l’avantage tactique que lui conférait cet engin. Le 24 novembre, à la lueur de la lune, il essaya son schnorchel, jugea ses réparations inefficaces et décida de repartir pour l’Allemagne. Au moment où il donnait les ordres qui permettraient à son commandement de regagner l’Atlantique, le Shawinigan fit son apparition. Le U-1228, qui n’avait encore jamais attaqué un bâtiment de la marine marchande, lui expédia une torpille Gnat. Quatre minutes plus tard, le NCSM Shawinigan disparaissait dans une gerbe d’eau et une pluie d’étincelles. Les 91 membres de son équipage furent tous tués. C’est lors de cette rencontre que la Marine royale du Canada subit les plus fortes pertes humaines qu’elle ait connues pendant la bataille du golfe du Saint-Laurent. Peu après la tragédie, les glaces hivernales envahirent le Golfe et les U-boot partirent, pour ne jamais revenir.

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