Des héros se racontent - Vidéo du jour J

Cette vidéo veut rendre hommage aux anciens combattants en leur donnant la parole et en leur permettant de raconter les événements du jour J d'un point de vue personnel plutôt qu'historique.

Transcription - Des héros se racontent - vidéo du jour J

En 44, vers la fin de mai 44, on s’est aperçu qui se brassait quelque chose parce que nos avions volaient beaucoup.

Il y en a beaucoup qui revenaient avec des... des dommages sur les avions ou d’autres qui revenaient pas du tout.

Tous les jours... des kilomètres, des kilomètres de long, des convois, des tanks, ça s’en allait sur les bords à Glasgow, à South Hampton, partout, pour embarquer sur des bateaux pour aller à l’invasion.

Environ une semaine ou dix jours avant, on nous a mis dans des camps qui étaient scellés. Y’a pas de lettres qui sortaient, il n’y en a pas qui rentraient, y’a personne qui rentrait, personne qui sortait, pas d’téléphone, rien, pour pas que les espions savent ça.

Pis effectivement le 6 de juin au matin, on savait pas du tout que le débarquement avait lieu, mais le 6 au matin, juin 44, D-Day était commencé.

Puis... on était peut-être trois, quatre milles sur le quai.

Y’avait un prêtre catholique. Il nous donnait les... les derniers sacrements. Il nous les donnait pareil comme si on était mort. Y’avait aucun sourire. Y’a pas un soldat que... c’était triste, très triste.

Le bateau s’est arrêté dans’nuit, je sais pas à quel moment là.

On était rendu à... à six miles, six miles je pense, de la plage là.

Eux autres ils sont arrêtés là. C’est de là que, le matin, on a embarqué dans des LCA qui appellent là, c’est des bateaux qui embarquent un peloton, 30 hommes là.

Là on voyait rien, parce que... y’avait de la brume. On est parti dans ces embarcations-là, la mer étaith ouleuse, tous tassés un sur l’autre, hein. Là le bateau ça monte là pis ça descend ça, hein, ça monte pis ça descend.

Nous autres on a été appelé à aller faire ouvrir le chemin pour les... les soldats. On est allé...bombarder les... les bases d’avions, ça c’était important, essayer de se débarrasser de ça.

Pis ensuite, quelques Allemands si y’en avait dans le bout, t’sais. Nous autres on a dû partir à peu près vers une heure du matin je pense, parce que eux autres, l’armée a envahi à peu près vers trois heures, quatre heures je pense, ben c’est de bonne heure ça le matin.

Mais c’était pas beau, c’était pas beau à voir.

Ah là c’était comme un feu d’artifice continuel qui tirait, pis là c’était comme dans le jour, le ciel était...complètement c’était...

Tout ce qu’on entendait c’était un bruit infernal, tout ce qui se passait, des avions au-dessus, les bateaux qui tiraient au-dessus, pis des Allemands qui... la riposte.

Ça a été l’enfer. On avait deux gros croiseurs en arrière de nous qui étaient ancrés dans la Manche qui tiraient des obus à l’intérieur des terres, pis les Allemands qui répétaient.

Quelques obus se perdaient pis, pis une barge qui était échouée pas loin de nous autres a été visée pis ils sont tous morts, tout a été détruit. Alors nous on se demandait quand est-ce que notre tour viendrait, hein.

Euh.. faut l’avoir vécu pour savoir que c’est presque... c’est presque pas pensable tout ce que c’est que ça prend de nerfs pour passer à travers ça là.

Je vous parle de ça là, pis j’ai... j’ai la frousse.

On a passé au travers du brouillard pis là on a aperçu le village là, pis... là ça commençait à tirer pis y’avait des maisons qui brûlaient. Y’avait des canons sur les hauteurs là, pis... ils tiraient sur les embarcations. Heureusement ils nous ont pas touchés.

La dernière heure c’était l’enfer. Ça débarquait les troupes pis... c’était cours, cours toi pour te mettre à l’abri qu’on appelle.

Les plages étaient minées. Y’avaient tous mis des croisées en acier là, avec des...des fils pis des bombes attachés après ça là. Fait que là, tu voyais... tu voyais un gars qui explodait... donc le tien tu le sais pas là jusqu’à temps... jusqu’à temps qu’il arrête. Ça fait que là ben quand qu’il arrête... tu te dis ben... on est correct. On sautait à l’eau et puis là...

Là, enjamber puis passer par-dessus les cadavres qui étaient devant nous autres...

Le Régiment de la Chaudière, l’eau était rouge de sang, la mer... Y’en avait des blessés là. Les lamentations...

Ils ont tous la même... ils ont tous la même parole avant de mourir, hein, ils disent tous « maman, maman » !

Mais on pensait pas à ça. Tout ce qu’on pensait c’était de traverser le... le sable, de se rendre... à travers les maisons, se cacher à l’abri.

Fallait que tu suives ! T’es... t’es engagé pour avancer, t’es pas engagé pour reculer, hein !?

Ça fait qu’on avançait. C’était pas toujours de coeur, mais en tout cas, fallait que t’avances pareil, hein. On avait tous peur mais qu’est-ce tu veux ?

Mais celui qu’était blessé pis qu’était pas mort là pis, les deux jambes qui pouvaient pas marcher... les... les tanks les voyaient pas, ça... fallait qu’ils... fallait continuer.

C’était un espèce de désarroi complet quand même.

On suivait un à un, mais on... la nervosité pis toute... , quand même qu’on aurait voulu y’avait pas personne qui parlait, ça crie, ça hurle là...

Y’avait aucun contrôle.

Moi j’ai sauté à deux heures du matin, pis j’ai atterri dans un poulailler ! (rires)

C’est une course effrénée. Y’en a qui se trompait de chemin.

Quand qu’on arrive à quelque part pis qu’on connaît pas la place, c’est pas facile. On débarque sur une falaise ! Y‘en a qui sont restés cachés, avec raison, cherchant les leurs parce que tu peux pas t’avancer quand qu’on sait que les Allemands étaient partout.

Eux autres y’étaient cachés dans la bordure de la plage.

Une plage c’est de même, t’as un mur pis y’a des maisons.

Eux autres ils nous attendaient là. Ah y’en avait. On a pogné des prisonniers direct là. Oui, oui, oui.

Moi même j’ai pogné des prisonniers là, pis des jeunes enfants, hein, des p’tits gars d’quinze ans, seize ans.

J’ai... rejoins mon bataillon...l’autre côté... après avoir monté la palissade comme d’autres, pour se regrouper.

On a passé la journée à combattre là dans les petits villages et puis, le soir, vers huit, neuf heures, les Allemands nous ont donné une contre-attaque. Ils nous ont reculés à la plage.

On a été chanceux là. Parce que c’est ça qu’ils voulaient faire eux autres là. Nous envoyer à la plage pis nous noyer là, j’sais pas trop quoi. En tout cas y’ont fait une Moses de belle attaque ! Et puis là, nos avions ont arrivé puis ils nous ont aidés.

Y’ont commencé à bombarder pis à mitrailler, puis après ça on a continué. Mais ça a pris quelques heures avant qu’on soit réunis un peu,

puis là, on voyait qu’il y en avait quelques-uns des gars y étaient pas.

On vient qu’on se questionne. Un tel y est pas, l’autre y est, on l’a pas vu… C’est le premier gros coup, ça, qu’on appelle.

La première journée ça tombait comme des mouches. Hein.

Mon régiment, La Chaudière, la première heure, deux heures de, ou peut-être trois, quatre heures en tout et pour tout, on a perdu cent treize hommes la première journée.

La moitié morts, les autres à moitié blessés.

Ça c’était une des grosses pertes, malgré qu’on dit, suivant les experts, que en fait de pertes, parce que deux mille Canadiens, nous autres, sur, sur le groupe qu’on était, on dit que c’était minime à comparer à ce qu’ils pensait que c’était pour arriver.

Mais tout de même, cette journée-là, on en a perdu cent treize, disons que il y en a eu quelques-uns qui ont été blessés plus de moins ou d’autres qui sont revenus au combat.

Mais… la première journée, il en a cinquante-huit morts, ça c’est officiel.

Date de modification :