Un aviateur se souvient

Jour J - Invasion de la Normandie

L'opération Overlord, la grande invasion alliée de la Forteresse de l'Europe occupée par les Allemands, commença dès les premières heures du matin le 6 juin 1944.

Le plan consistait à mener des attaques navales et aériennes massives pour faire tomber les défenses allemandes afin que les troupes alliées puissent traverser la Manche et débarquer le long des 80 kilomètres de la côte de Normandie en France.

Les troupes britanniques débarquèrent sur les plages désignées sous les noms de code Sword et Gold à l'est tandis que les Américains débarquèrent à l'ouest, à Omaha et à Utah. Les troupes canadiennes quant à elles débarquèrent entre les deux offensives britanniques sur la plage désignée sous le nom de code Juno.

Des troupes alliées sortant en grand nombre d'une péniche de débarquement le 6 juin 1944.

Environ 15 000 canadiens de la 3e Division d'infanterie canadienne, appuyée par les navires de la Marine royale du Canada et de la Marine royale britannique, attaquèrent les bastions nazis sur une distance d'environ 8 kilomètres sur la côte française désignée sous le nom de code «plage Juno». Dans le ciel, des escadrons canadiens de chasseurs Spitfire de la Deuxième force aérienne tactique assurèrent la couverture aérienne du matin jusqu'au soir.

Des parachutistes, notamment le 1er Bataillon de parachutistes canadiens, sautèrent des avions ou atterrirent en planeurs aux points de défense stratégiques des Allemands. À Merville, ils détruisirent d'importantes installations appartenant à l'ennemi ainsi que des ponts qui enjambaient la rivière Dives et s'emparèrent des ponts stratégiques sur l'Orne et le canal Caen afin d'empêcher les troupes nazies d'atteindre la zone d'invasion.

Toutefois, la plupart des positions de pièces des Allemands résistèrent aux bombardements et aux tirs continus de la Marine. Les forces nazies firent payer les attaquants alliés pour chaque pouce de territoire revendiqué par ces derniers, d'où le grand nombre de victimes.

Malgré ces pertes, les tactiques et la bravoure des troupes alliées en ce jour le plus long leur permirent de gagner, et de prendre pied en Europe. Les alliés firent traverser un très grand nombre d'hommes et de matériel par la Manche, d'abord pour protéger leur assise et ensuite, pour entreprendre la tâche ardue qui consistait à repousser les Allemands en Allemagne et, en définitive, dans l'histoire.

Le Canada subit 1 074 pertes, y compris 359 décès au cours du jour J. Malgré la lourdeur de ce bilan, le nombre de pertes fut de loin inférieur au nombre que les planificateurs craignaient.

Retour en Normandie- Juin 2004

Je fus agréablement surpris de constater que mon nom figurait sur la liste détaillée des anciens combattants invités à participer à la célébration du 60e anniversaire du jour J en France en juin 2004.

La Canadian Fighter Pilots Association ainsi que l'Association de la Force aérienne du Canada ont recommandé ma participation. Les Amputés de guerre du Canada, l'organisme coordonnateur du ministère des Anciens Combattants, m'ont intégré dans la délégation « Retour en Normandie » comme membre du contingent de l'ARC.

Bien entendu, lorsque j'ai pris conscience de l'importance de cette recommandation, soit que je serais l'un des 60 anciens combattants invités à former la délégation officielle, et que de ce nombre, seulement cinq représenteraient l'Aviation royale du Canada, j'ai été profondément fier et ému.

Mon expérience à titre de pilote de chasse d'un Spitfire au sein de la Deuxième force aérienne tactique au cours de la Seconde Guerre mondiale, pour restaurer la liberté et la justice, a eu une influence incontesdiv dans ma vie. Soixante ans après l'invasion de l'Europe nazie, ce séjour de onze jours en Normandie en juin 2004 m'a permis de raffermir cette conviction.

Vu l'absence d'installations portuaires, un quai flottant, connu sous le nom de port artificiel (Mulberry Harbour) a été érigé pour faire entrer les troupes et le matériel en France afin d'assurer la sécurité de la tête de plage.

C'est en fait l'objectif de cet ouvrage, faire le point sur un éventail d'événements qui ont eu lieu tant hier qu'aujourd'hui, et qui sont des leçons d'humilité. Je le fais dans l'espoir que cela permettra de mieux comprendre le rôle prépondérant qu'a joué notre pays dans la victoire des Alliés au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Le jour J fut la plus importante invasion maritime de l'histoire. En tant que commandant suprême des Forces alliées, le général Dwight David Eisenhower a porté sur lui ce jour-là le poids de sa responsabilité sous la forme d'une note qu'il aurait rendue publique advenant un désastre sur les côtes françaises.

Cette note se lit comme suit : « Nos opérations de débarquement ne nous ont pas permis de prendre pied de manière satisfaisante. J'ai donc ordonné un retrait de la force d'invasion. Nos troupes, la force aérienne et la marine ont fait tout ce que la bravoure et le sens du devoir peuvent permettre de réaliser. S'il y a lieu d'attribuer le blâme ou la faute à qui que ce soit, c'est moi seul qui dois en être tenu responsable ».

Le Général Eisenhower n'a pas eu besoin de ces mots, mais ils nous permettent d'apprécier à quel point il devait se sentir responsable la veille de l'invasion.

Retour en France

La logistique nécessaire lors de notre pèlerinage de juin 2004 en Normandie semblait refléter la logistique de l'invasion de 1944 désignée sous le nom de code « opération Overlord ». Le Général Eisenhower même aurait été fier de l'efficacité et de l'habileté avec lesquelles le ministère des Anciens Combattants a organisé notre séjour.

Quatre très gros autocars en provenance d'Angleterre, où ils sont utilisés quotidiennement par ceux qui traversent la Manche, ont été nécessaires au transport de 60 anciens combattants, de 30 jeunes et d'environ une dizaine d'employés du ministère des Anciens Combattants. Seize anciens combattants étaient en fauteuil roulant, y compris Ernest (Smokey) Smith, le dernier Canadien encore en vie à avoir été décoré de la Croix de Victoria. D'autres marchaient à l'aide d'une canne et d'autres encore ne se séparaient pas de leur bouteille d'oxygène portative.Chaque jour, nous avions un long trajet à faire en autocar de notre hôtel jusqu'aux divers sites où avaient lieu les cérémonies aux quatre coins de la Normandie.

Les cérémonies auxquelles notre groupe a assisté ont pour la grande part eu lieu dans la région de l'invasion de la Normandie désignée sous le nom de code « plage Juno ». Cette région couvre huit kilomètres de la région de quatre-vingts kilomètres dans laquelle débarquèrent les forces alliées le 6 juin 1944.

C'est dans ces zones précises que la 3e Division canadienne devait atteindre ses objectifs stratégiques.

Le mardi 1 juin 2004

Mon voyage en Normandie commença sous un ciel sombre et orageux à Burlington, en Ontario, ville de 150 000 habitants dans laquelle j'ai vécu pendant de nombreuses années.

J'ai fait un court trajet en voiture vers l'aéroport Mt. Hope près de Hamilton pour prendre le vol vers Ottawa dont le départ était prévu à 17 h 30. On avait demandé à tous les anciens combattants de se rendre à Ottawa en soirée pour veiller à ce que tous puissent assister à la séance d'information qui devait avoir lieu le lendemain matin, et pour que tous puissent être présents ensuite pour notre départ, à bord d'un avion de ligne, prévu le 2 juin, en fin d'après-midi.

Lloyd Berryman et ses amis Charlie Fox et Barry Needham.

Vu les conditions orageuses, notre départ d'Hamilton a été retardé d'environ quatre heures. Après un vol de 45 minutes, je suis enfin arrivé à mon hôtel à Ottawa à 20 h 30 et je me suis rendu au bar Lord Elgin pour accueillir mon vieil ami et confrère du 412e Escadron, Barry Needham, qui arrivait de Wynyard, en Saskatchewan.

À l'insu de Barry, j'avais pris des dispositions avec le ministère des Anciens Combattants afin que nous partagions la même chambre. Ce fut une excellente initiative qui nous permit par la suite de discuter pendant des heures des nombreux événements qui ont marqué le temps que nous avons passé en Normandie ainsi que les souvenirs innombrables de tant de confrères pilotes de Spitfire du fameux Escadron canadien « Falcon » au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Les retards des anciens combattants, attribuables aux mêmes conditions météorologiques qui m'avaient retardé, ont causé d'importantes difficultés au personnel du ministère des Anciens Combattants.

Barry n'était toujours pas arrivé lorsque j'ai finalement éteint la lumière. Tout à coup, je fus réveillé par des coups frappés à la porte de ma chambre, et je me suis retrouvé face à face avec mon vieil ami Barry Needham.

Nous avions tant de choses à nous dire, si ce n'est que relater ce qui nous était arrivé à tous les deux pour nous rendre à Ottawa. J'ai enfilé quelques vêtements pour aller au bar de l 'hôtel afin de pouvoir continuer notre réunion; toutefois, le bar était fermé depuis une heure.

Nous n'allions pas nous laisser décourager si facilement, nous nous sommes risqués à nous rendre dans un piano-bar sur la rue principale à Ottawa. On s'apprêtait à fermer mais lorsque le propriétaire a eu vent que nous étions des anciens combattants en partance pour la Normandie pour célébrer le 60e anniversaire du jour J, il a décidé de repousser l'heure de fermeture et de se joindre à nous.

À ce moment-là, Barry et moi n'avions aucune idée de l'expérience qui nous attendait.

Le mercredi 2 juin 2004

Le premier jour, le réveil par téléphone eut lieu à 6 h. Peu de temps après, nous descendîmes déjeuner avec John McCallum, ministre canadien des Anciens Combattants à l'époque, ainsi que des membres du personnel du ministère des Anciens Combattants, qui devaient jouer par la suite un rôle des plus importants tout au cours de notre voyage.

Au cours de cette activité, on procéda au dévoilement du timbre commémoratif que devait émettre Postes Canada le 6 juin 2004 afin de souligner le 60e anniversaire de l'invasion de la Normandie.

Avant notre arrivée à Ottawa, certains renseignements avaient été communiqués aux anciens combattants concernant 13 étudiants de l'école secondaire qui devaient nous accompagner. Un étudiant de chaque province et de chaque territoire du Canada avait donc été choisi. Nous avons indiqué que nous étions disposés à rencontrer chaque jour ces 13 représentants d'étudiants et à répondre à leurs questions, ainsi qu'à les rencontrer en groupes sur demande.

Honneurs de guerre, Aviation royale du Canada - 412e Escadron

Au cours des dernières années, j'ai eu le plaisir de participer chaque année aux activités de la Semaine des anciens combattants. J'ai donc eu l'occasion de parler à des élèves, dans plusieurs écoles, des sacrifices incroyables des Canadiens en général, mais surtout des militaires canadiens au cours de la Seconde Guerre mondiale. Cet héritage légué aux générations suivantes par un nombre incroyable de bénévoles devrait être une source d'inspiration pour les jeunes des quatre coins de notre beau pays. Ainsi, en plus de féliciter le gouvernement pour être l'instigateur de ce projet, je me réjouissais à l'idée d'y participer.

Avant de quitter l'hôtel, j'ai pris le temps de rencontrer Jim Johnston, agent d'éducation au sein du ministère des Anciens Combattants. J'ai parlé à plusieurs des étudiants assis à sa div. Je les ai félicités et je leur ai fait part de mon désir de leur en apprendre davantage sur le rôle qu'a joué la Force aérienne canadienne dans l'invasion de la Normandie.

Le jeudi 3 juin 2004

Nous avons touché le sol à environ 8 h 30, heure locale, à la base aérienne d'Evreux en Normandie au terme d'un vol de sept heures et demie en partance d'Ottawa. Des dignitaires français nous ont personnellement accueilli l'un après l'autre dès notre descente d'avion. Quelque peu sonné par ce vol de nuit, je me rappelle qu'un homme m'a serré la main et s'est présenté comme l'ambassadeur français au Canada. Ce fut donc un accueil très chaleureux!

Nous avons pris le temps de parcourir la courte distance qui nous séparait d'un hangar d'aviation à proximité. J'ai salué d'un signe de la main un petit groupe de quatre personnes et reçu en guise de réponse un vrai garde à vous et un salut dans les règles de l'art. De toute évidence, il s'agissait là d'une marque d'appréciation qui en disait long sur l'attitude qu'allaient avoir les Français à notre égard.

L'histoire d'Evreux, à l'instar de celle d'un grand nombre de villes en Normandie, est une longue succession d'incendies et de destruction. Qu'il s'agisse du pillage d'Evreux par les Vandales au 6e siècle ou des raids aériens de la Luftwaffe lors de l'invasion de la ville par les Nazis en 1940, la ville a subi plusieurs transformations. À la suite du bombardement par la Luftwaffe, le centre de la communauté a été la proie des flammes pendant près d'une semaine.

Toutefois, en 2004, la population comptait près de 60 000 habitants et Evreux était alors la capitale religieuse et administrative de l'Eure, la plus grande province de la Normandie. La ville sert également de base militaire pour la Force aérienne française.

Environ deux heures plus tard, nous arrivâmes à l'hôtel L'Amiraute où nos bagages nous attendaient déjà dans nos chambres respectives, ce qui nous a permis de faire un brin de toilette avant de nous rendre au dîner de bienvenue.

Le vendredi 4 juin 2004

La journée commença par un autre réveil à 6 h qui annonçait une semaine de commémorations exigeantes, mais la plupart du temps fort agréables, visant à souligner l'anniversaire du jour J ainsi que la bataille de la Normandie.

La première activité au programme fut un défilé d'anciens combattants qui représentait les Forces armées canadiennes à Saint-Aubin-sur-Mer, petite communauté située à l'est de la plage Juno. Le lieu de rassemblement pour tous les participants de cette parade était situé à environ un mile à l'extérieur de la ville. À ce point de rassemblement, il y avait un grand nombre de véhicules de transport de la Seconde Guerre mondiale stationnés le long de la rue. À notre grande surprise, on nous apprit que les anciens combattants allaient défiler dans les rues de Saint-Aubin en grande pompe à bord de ces jeeps et de ces camions restaurés avec amour.

Les anciens combattants canadiens défilent en grand à bord de véhicules dépoque de la Seconde Guerre mondiale fournis par des restaurateurs amateurs néerlandais.

Je suis monté à bord en compagnie de mes deux amis, le capitaine d'aviation Charley Fox, décoré d'une DFC et d'une barrette, de London, en Ontario, et le capitaine d'aviation Barry Needham de Wynyard, en Saskatchewan, et nous avons rejoint trois anciens combattants de l'armée pour faire notre entrée dans la ville où une merveilleuse surprise nous attendait.

Plus nous approchions des abords de St-Aubin, plus il devenait clair que la ville en entier avait à cœur de nous souhaiter la bienvenue. Les citoyens, enjoués et enthousiastes, nous saluaient par des acclamations et étaient exaltés et amicaux. Pratiquement chaque maison devant laquelle nous passions arborait un drapeau canadien et chaque jeune à St-Aubin brandissait une feuille d'érable, de toute évidence heureux d'avoir l'occasion de faire savoir aux Canadiens à quel point ils sont appréciés.

L'expérience a dépassé de loin nos attentes, et il y avait plus à venir. Lorsque nous sommes arrivés à la plage, un groupe imposant attendait notre arrivée, dont le maire et des représentants de la ville. Un autre groupe de jeunes étaient impatients de nous montrer leur talent vocal en chantant une sélection de chansons qu'ils avaient de toute évidence pratiquées pendant quelque temps.

La promenade dans les rues bondées de St-Aubindans les véhicules armés restaurés et l'accueil coloré des enfants ont été rien de moins que magiques.

La Gouverneure générale du Canada, Adrienne Clarkson, est arrivée et a exprimé, d'une manière très éloquente, l'appréciation de tous les anciens combattants envers la ville et ses habitants.

Afin de commémorer l'occasion, le maire a tenu à rencontrer chaque Canadien présent et à lui offrir une médaille d'une signification toute particulière. Pour ma part, je n'arrivais pas à croire tout ce que je voyais, et j'attendais avec impatience l'occasion de serrer la main au plus grand nombre de jeunes possible et de donner à chacun une petite épinglette du drapeau canadien en souvenir de nous.

Nos autocars sont par la suite arrivés pour nous ramener à Deauville, et il est devenu manifeste que les citoyens étaient au fait de notre horaire car ils étaient très nombreux à nous faire leurs adieux pendant que nous traversions St-Aubin.

Le samedi 5 juin 2004

Notre première halte de la journée était une cérémonie commémorative à Courseulles-sur-Mer, un des trois sites d'atterrissage des Forces canadiennes le jour J. Des représentants de la Gendarmerie royale du Canada, dans leurs uniformes éclatants et si distinctifs, nous accompagnaient, eux-mêmes accompagnés pour l'occasion des membres d'un contingent officiel français coiffés de leur chapeau tout aussi caractéristique. Pour ma part, une représentation donnée par le Teen Tour Band, une troupe connue de Burlington, en Ontario, a été la cerise sur le gâteau.

Un dîner de groupe a suivi, organisé dans les moindres détails par le personnel du ministère des Anciens Combattants, qui était toujours présent à distribuer de l'eau froide et à s'assurer que tout le monde se trouvait à bord des autocars avant le départ.

La Dernière Sonnerie est jouée à la cérémonie tenue au Cimetière militaire canadien de Bény-sur-Mer, près de Reviers, en France, le 5 juin 2004.

Courseulles-sur-Mer est l'endroit où se trouve le Centre Juno Beach, un musée hors du commun qui met en valeur la contribution des soldats canadiens dans la Seconde Guerre mondiale. Ce musée se trouve à courte distance de Bény-sur-Mer, un lieu d'une signification particulière pour moi. En effet, c'est là que la 126e Escadre, composée de trois escadrons Spitfire canadiens, a été stationnée en Normandie le 19 juin 1944, soit à peine deux semaines après le jour J. Notre piste d'atterrissage, du nom de code B-4, nous a servi de base pendant 51 jours alors que la bataille de Caen faisait rage à moins de six kilomètres de là.

Nous devions prendre part à une cérémonie commémorative au Cimetière militaire canadien de Bény-sur-Mer. Peu d'anciens combattants, s'il y en avait, étaient conscients de la signification spéciale que ce lieu représentait pour deux pilotes, dont moi-même.

En juin 1944, on comptait 14 bases aériennes en Normandie qui représentaient la majeure partie de la capacité d'offensive totale de la Deuxième force aérienne tactique qui comprenait Spitfires, Mustangs et Typhoons, un chasseur bombardier.

Entre le 6 et le 18 juin 1944, la 126e Escadre était à Tangmere (près de Southampton), qui abrite incidemment la principale usine de fabrication de Spitfires.

Nous volions au-dessus de la Manche trois fois par jour, de l'aube jusqu'au crépuscule, afin de couvrir la plage Juno pour la 3e Division canadienne et la 2e Armée britannique. Ces opérations étaient interrompues au crépuscule car les Spitfires étaient des chasseurs de jour qui n'étaient pas faits pour les combats de nuit.

Le 19 juin, la 126e Escadre a quitté Tangmere et est arrivée à notre première base en Normandie, du nom de code B-4, située près de Bény-sur-Mer, à quelque six kilomètres de la pointe de la plage Juno.

À notre arrivée à notre nouvelle base, nous nous sommes installés dans des tentes numérotées et bordées de tranchées de tir, qui servaient fréquemment, peu importe qui bombardait.

Tout s'effectuait sous le couvert de toiles, même les tâches d'entretien habituelles sur nos appareils. En tout, nous devions être un millier d'officiers et d'hommes sur ce terrain d'aviation, plus grand, soit dit en passant, que nombre de collectivités en Normandie. Notre piste d'atterrissage était en treillis métallique, d'une largeur d'environ 55 mètres et d'une longueur dépassant à peine un kilomètre. De cet endroit, 36 Spitfires et trois escadrons comptant 12 avions chacun prenaient régulièrement leur envol et atterrissaient plusieurs fois par jour.

Lorsque la 1re Armée canadienne s'est déplacée sur le flanc ouest par la France et vers les Pays-Bas, les escadrons de Spitfire, composés des 126e et 127e Escadres, lui ont emboîté le pas, ayant reçu comme mandat de lui offrir une couverture aérienne. Il convient de noter que nos troupes n'ont été attaquées par la Luftwaffe en aucun temps, ce dont le Wehrmact ne peut se vanter.

À la mi-septembre, nous sommes arrivés au terrain d'aviation d'Evere, près de Bruxelles, où nous sommes restés une courte période de temps, après quoi nous sommes allés en Hollande, où nous avons passé l'hiver sous les tentes.

Qu'est-ce qu'un chasseur de jour?

Il convient de m'attarder maintenant sur les différences entre les chasseurs de « jour » et d'autres commandements dans la force aérienne, particulièrement après l'invasion de la France. Les pilotes de chasseurs monomoteurs étaient complètement responsables du décollage et de l'atterrissage. Il était donc essentiel d'être un navigateur compétent puisque les pannes radio étaient fréquentes, faisant en sorte que vous ne bénéficiiez d'aucune aide de la base pour atterrir.

La lecture des cartes était donc essentielle pour atteindre la cible et pour voler en basse altitude afin d'éviter les emplacements de tir de canons antiaériens. Ces tirs nous ont d'ailleurs coûté plusieurs Spitfires, et par le fait même, plusieurs pilotes. Le combat en vol requiert une dextérité acquise principalement à force de manœuvrer un appareil avec succès ainsi qu'une efficacité dans le tir aérien, que nous pratiquions le plus possible. Et la chance aide aussi!

En tant que chasseurs de jour, nous étions également une source de données utiles pour les renseignements militaires. Après chaque vol, nous étions tenus de signaler à notre officier de renseignement quoique ce soit d'important que nous avions vu, des renseignements qui allaient nourrir la quantité d'information de valeur accumulée.

De retour de St-Aubin, nous sommes arrivés en plein milieu d'un événement ayant lieu à Bernières-sur-Mer et auquel participait le Teen Tour Band, de Burlington. Le maire de Burlington, Rob MacIsaac, m'a accueilli chaleureusement.

Les équipages des bombardiers voyaient rarement la Manche ou les zones attaquées.Même chose pour les intrus ou les chasseurs de nuit et le commandement de l'aviation côtière.

De plus, notre maison à la fin de la journée était le pays où nous étions stationnés. Nous connaissions les plages de Normandie parce que nous les survolions chaque jour, à plusieurs reprises même.

Par conséquent, nous étions très conscients de la tragédie qui touchait les gens et nous tentions de toutes les façons d'être prévenants et de ne pas oublier les traumatismes vécus sous le joug nazi.

Je tiens à faire connaître la signification spéciale que revêt Bény-sur-Mer pour moi et Barry Needham.

À un ou deux jours de notre arrivée après le jour J, un cimetière temporaire était établi à notre base. En fait, il était si près que nous voyions régulièrement arriver les camions de l'armée emportant des membres des troupes canadiennes à leur lieu d'inhumation en Normandie. Nous n'en avons jamais parlé, mais cela nous rappelait sans cesse la gravité de notre tâche et notre position fragile en Normandie.

Aujourd'hui, 60 ans plus tard, je suis à quelques minutes de visiter le site qui a été au centre de mon expérience dans la force aérienne pour tant de raisons, y compris les deux mois passés à observer la boucherie et le carnage... la réalité de la guerre en somme.

La cérémonie tenue conjointement par le Canada et la France au Cimetière militaire canadien de Bény-sur-Mer, où reposent 1 050 Canadiens, était des plus impressionnantes, notamment en raison des discours éloquents de notre Gouverneure générale et du président français, qui ont loué nos camarades tombés au combat et l'armée canadienne.

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Il commençait à faire très chaud, particulièrement dans nos uniformes. Nous avons dû quitter le cimetière à la marche et nous rendre jusqu'à une vieille ferme, une distance relativement longue, mais le maire nous a accueillis d'une manière des plus cordiales et nous a offert rafraîchissements divers. C'était typique de ce que nous vivions en France depuis notre arrivée, et cela arrivait à point.

La journée était avancée, et nous étions contents de voir nos autocars arriver, car le lendemain était le jour de l'anniversaire.

Le dimanche 6 juin 2004

Au moment de l'invasion, je doute fortement que les participants à l'initiative réalisaient la portée historique de leur contribution à ces événements. Le temps s'est toutefois chargé de souligner l 'importance de notre dévouement à nos responsabilités et, en ce sens, le rôle central de chaque ancien combattant du monde entier dans un effort suprême, dans l'histoire si vous voulez, a été reconnu à sa juste valeur.

Après avoir reçu le réveil à 5 h 30 et tout en m'apprêtant en vue de cette occasion officielle, je ne pouvais m'empêcher de me rappeler qu'à ce même moment 60 ans plus tôt, j'étais dans l'un des 36 Spitfires survolant la plage Juno.

Deux cérémonies d'envergure étaient prévues ce jour-là. La première était une cérémonie du Commonwealth à Courselles, et la deuxième était une cérémonie internationale des Alliés à Arromanches.

Quelques heures après notre réveil, nous sommes arrivés à Courselles. J'étais en train de monter les marches des grandes tribunes extérieures pour attendre l'arrivée des dignitaires, la Reine Elizabeth II, le Prince Phillip, la Gouverneure générale, Adrienne Clarkson, et le premier ministre du Canada, Paul Martin, pour ne nommer que ceux-là.

La Reine Elizabeth II prononce un discours au service commémoratif du 60e anniversaire, le 6 juin 2004, au Centre Juno Beach de Courseulles-sur-Mer. Je suis derrière elle, à droite.

Au moment où j'atteignais mon point d'observation, j'ai entendu quelqu'un m'appeler et j'ai reconnu, après m'être retourné, Muriel Williams, d'Anciens Combattants, qui me demandait de venir la rejoindre. Je suis donc revenu sur mes pas, craignant de perdre ma place dans les tribunes, mais Muriel m'a demandé de lire « L'Acte du souvenir » pendant la cérémonie.

Je lui ai répondu :« Muriel, merci, mais je ne le connais pas par cœur ».

« Ne vous en faites pas, me dit-elle, vous n'avez qu'à aller au podium et vous y trouverez une copie ».

C'est ainsi que je me suis retrouvé assis avec les dignitaires, juste derrière la Reine Elizabeth II. Après avoir été présenté par le ministre des Anciens Combattants, John McCallum, j'ai eu l'honneur de lire cette partie émouvante et solennelle de la cérémonie à tous les anciens combattants canadiens et aux milliers de personnes présentes. Ma femme, qui était restée à Burlington et regardait un peu par hasard la télévision, était stupéfaite, tout comme son mari d'ailleurs, mais tout s'est très bien déroulé.

Le service a été marqué par les allocutions de la Reine, de la Gouverneure générale et du premier ministre, qui ont tous procédé au dépôt de couronnes. La cérémonie a pris fin avec le survol d'un bombardier Lancaster et de deux Spitfires de la Seconde Guerre mondiale, vif rappel du rôle crucial joué par la Force aérienne tout au long de la guerre, et plus particulièrement dans l'invasion de la France.

Avant le jour J, le Roi George VI avait fait l'observation suivante: « L'invasion de la France sera faite par la force aérienne, appuyée par l'armée ».

Cette prédiction s'est révélée plus proche de la réalité que ce que la plupart croyait à l'époque. Malgré les avantages incontesdivs que les Alliés possédaient, il ne fait aucun doute que l'invasion de la Normandie n'aurait pas réussi sans notre suprématie aérienne, une conclusion à laquelle tout historien de la Seconde Guerre mondiale ne peut manquer d'arriver.

Après la cérémonie, pratiquement tous les anciens combattants se sont rendus seuls sur la tête de plage qu'ils avaient visitée pour la dernière fois 60 ans auparavant, afin de se remémorer, à leur façon, leurs souvenirs personnels de cette dramatique et émouvante expérience.

Les anciens combattants canadiens passent un peu de temps sur la plage Juno après la cérémonie commémorant le débarquement en France au jour J, le 6 juin 1944. Remarquez les photographes en arrière-plan à qui on a demandé de demeurer à une distance respectueuse.

Durant la bataille, les pilotes de la 126e Escadre, ainsi que toutes les unités de la Deuxième force aérienne tactique, ont vu la région d'un poste d'observation d'environ 5 000 pieds au-dessus de la tête de plage dans l'attente de l'arrivée de la Luftwaffe. Nous avons été témoins de tout : de l'armada des navires de la flotte canadienne, des bateaux et des troupes alliés et des bombardements deux semaines avant l'envahissement de Bény-sur-Mer en Normandie.

Le gouvernement canadien a remis la Médaille de Normandie aux 60 anciens combattants présents, médaille que nous devons tous chérir. Nous sommes ensuite partis pour une autre visite à quelques kilomètres de là, à Arromanches, pour la cérémonie internationale présentée par le gouvernement français.

La cérémonie rassemblait plusieurs chefs d'État des pays alliés : Royaume-Uni, France, États-Unis, Canada, Russie, Australie et Nouvelle-Zélande. De plus, Gerhard Schröder, chancelier de la République fédérale d'Allemagne, était également présent.

Quelques apparats à la cérémonie internationale à Arromanches en France.

Nous avons assisté au discours inspirant du Président de la République française, M. Jacques Chirac, ainsi qu'à une présentation de deux heures, comprenant un défilé des anciens combattants, un défilé aérien et une présentation navale sur la Manche.

Nous sous sommes remémorés les mélodies qui ont marqué le temps que nous avons passé à la guerre en regardant un panorama de danseurs qui, sur un accompagnement musical, retraçaient l'histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Dans le mot de la fin, M. Chirac a déclaré : « Vous, anciens combattants, devez savoir que dans ce pays, il y aura toujours quelqu'un pour se souvenir de vous ». C'était une reconnaissance touchante, grandement appréciée de tous.

Peut-être toutes les guerres partagent-elles la constante suivante : les problèmes propres au maintien d'axes de ravitaillement adéquats. C'est peut-être la bataille de l'Atlantique qui symbolise le mieux la réalité de cet enjeu, en termes de vie ou de mort. C'était le cas en Méditerranée où, durant de nombreuses années, deux mois de voyage en mer ont été nécessaires, soit 12 000 miles, pour approvisionner l'Armée britannique en Égypte. Les Nazis n'ont jamais pu surmonter leurs problèmes de ravitaillement en Afrique du Nord ou en France, où environ 80 p. 100 du réseau ferroviaire avaient été détruits par les forces aériennes alliées.

À mesure que les Canadiens gagnaient du terrain par les Pays-Bas, il devenait impératif de libérer un grand port pour permettre le ravitaillement à l'intérieur du continent. Les Canadiens ont joué un rôle décisif dans la libération d'Anvers en Belgique.

Avant cette libération, les Alliés utilisaient deux ports artificiels, connus sous le nom de « Mulberry », un dans le secteur américain et l'autre, pour les Britanniques et les Canadiens à Arromanches.

Le Mulberry du secteur américain a été détruit durant une tempête, peu de temps après le jour J. En revanche, celui d'Arromanches a approvisionné les Alliés pendant dix mois jusqu'à ce qu'Anvers soit libéré.

Deux millions et demi d'hommes, un demi-million de véhicules et des tonnes de provisions ont débarqué en Normandie par le port artificiel d'Arromanches. Les vestiges de la structure sont encore visibles aujourd'hui.

Ces deux jours de commémoration ont été à la fois fatigants et forts en émotions.

Plage Juno - 6 juin 1944

Entre les plages britanniques Gold et Sword, on trouvait dans le secteur de la plage Juno de petits villages côtiers, qui, à la fin du XIXe siècle, étaient devenus de jolies stations balnéaires.

La mission consistant à s'emparer de la plage Juno revint à la 3e Division d'infanterie canadienne du Major-général Keller, appuyée par les chars de la 2e Brigade blindée canadienne et renforcée à sa gauche par le 48e Commando du Régiment royal des Fusiliers marins.

Malgré les mines, les obstacles se dressant sur la plage, le mauvais temps et les dangereux récifs, les Canadiens ont débarqué à environ 8 h. Le retard des chars a contraint les troupes d'infanterie à braver les tirs ennemis seules.

Les Canadiens ont réussi à traverser le premier mur défensif allemand et à s'éloigner de la plage. L'étroitesse des rues compliquait les tâches de dégagement, mais à la fin de la journée, les Canadiens s'étaient emparés de Saint-Croix, Reviers, Tailleville, Basly, Pierrepont et Fontaine-Henry, en plus de contrôler une tête de plage de 12 km de profondeur.

Plus de 21 000 Canadiens ont débarqué et rejoint les Britanniques, débarqués à la plage Gold, sur leur flanc droit.

Le lundi 7 juin 2004

Il était normal qu'on passe une journée complète dans la région de Caen puisque la libération de cette ville avait été essentielle à la défaite des Nazis. Il s'agissait pour eux d'un axe clé de communication et de ravitaillement en Normandie.

Il faudrait au moins deux jours pour apprécier pleinement le Mémorial de Caen, sans compter la visite du Jardin du souvenir aménagé par la Fondation canadienne des champs de bataille et la Place d'Ardenne où se déroulaient les cérémonies.

Comptant maintenant 200 000 habitants, Caen est une ville vivante avec une identité propre en plus d'être la capitale culturelle de la Basse-Normandie. La violence des bombardements qui y ont eu lieu en 1944 aurait pu la laisser dépourvue de toute vie, car il restait bien peu de choses après la bataille. Pourtant, les résidents ont tiré des forces de leur histoire pour reconstruire leur ville.

La bataille de Caen a duré deux douloureux mois. Le 6 juin 1944, un violent raid de bombardement a eu lieu, déclenchant un incendie qui a ravagé la ville pendant onze jours. Le centre de la ville ayant brûlé, les habitants ont trouvé refuge dans l'église St-Étienne. Durant la bataille, plus de 1 500 réfugiés ont campé à l'intérieur de l'abbaye. Une salle d'opération a été aménagée dans les bâtiments du monastère et les morts étaient brûlés dans la cour. Quatre autres mille personnes se sont installées à proximité, à l'hospice Bon-Sauveur.

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Au moment où les Alliés sont passés à l'offensive, le préfet et la résistance les ont avertis de la présence de tous ces civils, et ces bâtiments ont pu être épargnés. Les carrières de Fleury-sur-Orne, 1,5 km au sud de Caen, ont accueilli le plus grand nombre de réfugiés. Malgré le froid et l'humidité, des familles complètes ont vécu comme des hommes de cavernes jusqu'à la fin de juillet. Nous logions alors sous des tentes, tout juste à côté d'une tranchée de tir.

Le Mémorial de Caen

Les Normands, grâce à leur sang-froid et leur mépris du danger, ont enduré, sans plainte ni amertume, des souffrances tout aussi énormes que celles vécues par ceux qui sont venus les délivrer. Depuis 1945, un lien indéfectible unit ceux qui ont donné leur vie pour la liberté et il reste le souvenir bien vivant de ceux, beaucoup trop nombreux, et souvent trop jeunes, qui sont venus mourir sur ces rives.

Le Mémorial de Caen, érigé par la ville, prend la forme d'un musée pour la paix. Il s'agit principalement d'un lieu de commémoration et de médiation permanente sur les liens qui unissent les droits humains et le maintien de la paix.

La façade du bâtiment de Caen, faisant face à l'Esplanade Dwight Eisenhower, est marquée d'une fissure qui évoque la destruction de la ville et la percée des Alliés qui mena à la libération de la France et de l'Europe du joug nazi. Il s'élève à l'endroit où se trouvait le bunker de W. Richter, le général allemand qui a dû faire face aux Canadiens le 6 juin.

Au centre du vaste hall d'entrée, les visiteurs s'embarquent pour un voyage inhabituel de cinq étapes, à travers la mémoire collective des événements qui se sont déroulés depuis 1928. Les principaux événements de la Seconde Guerre mondiale, leurs causes et leurs enjeux sont présentés à la lumière des dernières analyses historiques. Une installation plutôt créative, dans une pièce circulaire, pré sente des thèmes tels que l'entre-deux-guerres et la montée du fascisme. On peut visionner des documents d'archives, avec par exemple la projection panoramique d'un documentaire sur le jour J, qui présente simultanément les points de vue des Alliés et des Allemands.

Après avoir passé en revue la profondeur du conflit qui, jusqu'au lancement des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, a mobilisé énormément de potentiel humain, le film Hope (espoir) retrace, sur une trame sonore touchante, les déclenchements alternatifs de guerre et de paix qui se sont succédé.

Le Mémorial de Caen donne un aperçu fascinant de l'histoire contemporaine tant pour les jeunes et que pour les moins jeunes.

(Extrait de la brochure du Mémorial de Caen [Traduction])

Le temps passé à ce Mémorial était malheureusement compté. Il nous en aurait fallu beaucoup plus, mais nous devions rapidement aller à une autre cérémonie au Jardin du Souvenir, avant de nous rendre à la Place de l'ancienne boucherie et à la tristement célèbre Abbaye d'Ardenne, où vingt prisonniers de guerre canadiens ont été exécutés sur l'ordre du colonel SS Kurt Meyer.

Le mardi 8 juin 2004

R.D. Davidson, sous-lieutenant d'aviation 401e Escadron - 126e Escadre

Le 27 juin 1944, la 126e Escadre de la Deuxième force aérienne tactique se trouvait à Bény-sur-Mer, où nous avions débarqué une semaine auparavant. Bény-sur-Mer était la base de trois escadrilles de Spitfire en Normandie.

Ce jour-là, j'ai appris que Bob Davidson, un ami de ma ville natale Hamilton, avait été affecté au 401e Escadron sur notre terrain d'aviation. Bob n'était pas un ami proche,car nous avions grandi dans des quartiers opposés de Hamilton; j'avais tout de même fait un peu sa connaissance après notre déménagement dans l'est de la ville. Bob était le genre de personne qu'on aimait instinctivement. Je me suis donc empressé d'aller au 401e Escadron pour le saluer. Je me souviens d'avoir passé un moment agréable à discuter avec lui de notre ville natale. Je suis parti avec l'assurance que nous allions nous revoir très vite.

Bob Davidson

Ce ne fut pas le cas... Le lendemain, l'avion de Bob Davidson a été abattu dans la région d'Argentan en Normandie, pas très loin de notre base principale. Ce fut un grand choc pour moi, et pourtant de par la nature des raisons qui nous rassemblaient tous ici, c'était fréquent.

En 1994, cinquante ans plus tard, Norbert Hureau d'Argentan en Normandie, a publié dans le bulletin des pilotes de chasse canadiens, un avis de recherche de quiconque connaissait Bob Davidson. Il était prévu que les anciens combattants canadiens aillent visiter cette région en 1994 pour le 50e anniversaire des débarquements et M. Hureau possédait une bague ayant appartenu à Bob Davidson qu'il voulait rendre à sa famille.

J'ai immédiatement communiqué avec lui et j'ai découvert qu'il n'était pas seulement historien, mais qu'il avait fait partie de la résistance française durant la Seconde Guerre mondiale. C'est lui qui avait découvert le corps de Bob Davidson et qui lui avait donné une sépulture convenable durant la guerre.

Lorsque j'ai su que je participerais aux cérémonies du 60e anniversaire en 2004, j'ai contacté M. Hureau pour l'aviser de mon arrivée imminente en Normandie. À ma grande surprise, j'ai reçu un appel plusieurs semaines plus tard et, grâce à un interprète, nous avons discuté de la possibilité de nous rencontrer à l'occasion de notre visite prévue du Cimetière canadien de Bretteville en Normandie le 8 juin 2004. J'aurais alors l'occasion de rendre hommage à mon ami disparu du 401e Escadron. Cet engagement s'est avéré des plus fatigant.

Ce mémorial en l'honneur du pilote canadien Bob Davidson est situé à l'endroit exact où il s'est écrasé en juin 1944.

Comme prévu, M. Hureau attendait mon arrivée au Cimetière de Cintheaux et après les cérémonies d'ouverture, nous sommes partis pour Bretteville. Malheureusement, sans interprète, le voyage dans les environs d'Argentan pour visiter les zones reculées, où la résistance avait mené des activités, est devenu ardu.

Nous sommes allés deux fois à la maison de M. Hureau afin d'examiner une énorme quantité de données historiques avant de nous rendre à une école où nous avons rencontré plusieurs personnes. Finalement, nous sommes arrivés à l'endroit exact où l'avion de Bob Davidson avait été abattu, dans un hameau appelé Courteres. Après une courte cérémonie, nous nous sommes dirigés vers sa tombe au cimetière d'une petite église à Lignou. Ce fut un moment à la fois très fort et très difficile pour moi.

Il restait cependant une dernière obligation qui m'était encore inconnue. Nous sommes retournés à l'école par où nous étions passés. Une classe de jeunes enfants attendait depuis deux heures de rencontrer l'ami du pilote canadien enterré dans leur cimetière.

Quelle journée ce fut malgré mon retour à Deauville à 20 h! Je peux dire que ce fut vraiment touchant pour moi de saluer mon collègue et ami Bob Davidson et de lui dire au revoir.

Le mercredi 9 juin 2004

Nous sommes partis avant 8 h pour une autre visite au cimetière de Bény-sur-mer. La visite m'a donné l'occasion de me recueillir sur les tombes de mes camarades tombés au combat. La beauté de cet endroit immense inspirerait sans aucun doute un poète et l'inciterait à formuler les émotions qui ont traversé tant d'anciens combattants ce jour-là. L'inscription sur chacune des pierres tombales témoigne du fardeau ressenti par chaque famille au Canada.

Depuis plusieurs dizaines d'années, je suis certain qu'un nombre incalculable de parents ont visité les cimetières canadiens en Europe. Ils sont sans doute repartis satisfaits et fiers de savoir que le gouvernement du Canada honorait ainsi la dernière demeure de nos camarades de la Seconde Guerre mondiale. Il faut dire que Bény-sur-Mer en Normandie fait rejaillir l'émotion de juin 1944, 60 ans plus tard.

Comme prévu, nous sommes retournés au Centre Juno Beach et à son musée qui égrène les réalisations des Forces canadiennes durant la Seconde Guerre mondiale. Ensuite, nous nous sommes rendu compte que nous n'avions pas eu l'occasion de magasiner avant de partir de Normandie. Les quatre autocars se sont alors dirigés vers des magasins.

La dernière demeure de Bob Davidson au cimetière de la petite église de Lignou. Ce fut très émouvant de voir la tombe de mon ami et compatriote aviateur de Hamilton (Ontario).

De retour à Deauville, après le souper, j'ai eu le plaisir de rencontrer des étudiants de partout au Canada qui avaient été sélectionnés pour participer au pèlerinage en Normandie.

Je n'avais pas préparé de remarques particulières, je voulais leur donner un bref aperçu de la vie d'un pilote de chasse de la force aérienne tactique. J'ai parlé de nos tâches avant et après le jour J, de mon séjour au Queen Victoria Hospital et de mon retour au 412e Escadron. Je leur ai parlé de plusieurs membres de l'Escadron « Falcon ». J'ai parlé de John Gillespie Magee, un New Yorkais, qui était venu s'enrôler dans la Force aérienne canadienne et qui, plus tard, a écrit « High Flight » adapté sous le titre Haute voltige, qui est maintenant affiché dans le mess des officiers de toutes les bases aériennes canadiennes.

J'ai évoqué les exploits et le mérite de George Beurling, décoré de l'OEM, de la DFC, de la DFM, qui s'est révélé être le meilleur pilote canadien de la Seconde Guerre mondiale. Il avait effectué sa première série de vols opérationnels à Malte, avant de voler avec le 412e Escadron. Il a exercé une grande influence sur ma vie et ma carrière. J'ai raconté comment il m'avait mis dans une ambulance sur le terrain d'aviation de Biggin Hill à cet instant fatidique où j'étais revenu d'une opération d'escorte de bombardiers américains partis à l'attaque d'un terrain d'aviation allemand en France et comme j'ai été triste d'apprendre son départ à mon retour à l'Escadron « Falcon ». J'ai fait part de l'honneur suprême que j'ai eu de pouvoir prendre les commandes du VZ-B, l'aéronef de George Beurling.

J'ai apporté une cassette du documentaire sur la vie de Beurling qui a été diffusé sur le canal History et que j'ai prêtée à de nombreuses personnes au Canada, et ailleurs, jusqu'en Californie. Lorsque j'ai rencontré Jim Johnston, l'agent d'Anciens Combattants qui accompagnait ces jeunes chaque jour, il prit la décision, sans tarder, d'en faire des copies pour chaque membre du groupe. Le fait de me retrouver face à des jeunes découvrant l'histoire de George Beurling, et de recueillir des réactions si positives à ma présentation a été de loin l'un des moments forts de mon voyage en Normandie.

Le jeudi 10 juin 2004

Comme de juste, notre ultime sortie en Normandie s'est révélée être la plus agréable, voire la plus enthousiasmante de toutes celles qui ont eu lieu là-bas. Quatre autocars nous attendaient devant l'hôtel, et il fut convenu que nous revisiterions le Mémorial de Caen afin de ne rien rater de tout ce qu'il avait à offrir.

Notre retour à une heure raisonnable à l'hôtel de Deauville nous a permis de préparer nos bagages en vue de notre retour le lendemain vers le meilleur pays du monde. Restait le repas d'adieu à notre hôtel, un magnifique aperçu de cuisine française accompagné d'un choix de vins exceptionnels.

À l'issue, la Gouverneure générale s'est surpassée en prononçant un discours chaleureux, louant les vertus de l'armée canadienne d'alors et soulignant le fait que nous étions tous des volontaires décidés à apporter notre contribution.

Après le souper, nous sommes restés échanger quelques mots sur nos expériences respectives si diverses et profiter du choix de vins mis à notre disposition. À un moment donné, la personne qui était assise à mes côtés décida de nous quitter pour terminer la préparation de ses bagages. Distraitement, je sentais néanmoins la présence d'une personne qui avait pris sa place. Mais voilà, ce n'était pas n'importe qui, il s'agissait de la Gouverneure générale Adrienne Clarkson.

Les étudiants issus de toutes les provinces et de tous les territoires, qui accompagnaient les anciens combattants à l'occasion du déplacement « Retour en Normandie », en l'honneur du 60e anniversaire du débarquement du jour J.

Ses premiers mots ont été : « Et bien, parlez-moi du 412e Escadron ».

Je lui répondis : « Votre excellence, nous formions un groupe de pilotes remarquables, et l'un d'entre nous en particulier se distinguait des autres par le fait qu'il était l'un des pilotes canadiens présentant les meilleurs états de service de la Seconde Guerre mondiale. Sauriez-vous de qui il s'agit? ».

« Et bien, elle réfléchit une bonne minute avant de me répondre, s'agirait-il de George Beurling? ».

Sa réponse m'émerveilla, ainsi que tous ceux qui l'avaient entendue! Elle ajouta : «Voyez, j'ai grandi à Montréal, et c'est là que George Beurling vivait».

Ceci achève mon travail de mémoire et mon « retour en Normandie ». C'est certain, je n'aurais jamais cru, même dans mes rêves les plus fous, pouvoir vivre une expérience aussi fascinante à tous les points de vue.

Dans mes souvenirs de 1944, je n'aurais jamais pu imaginer que la Normandie était une région aussi belle et aussi passionnante. En réalité, le seul point négatif de ce voyage fut le manque de temps pour apprécier à sa juste valeur la richesse de tous ces lieux attrayants à portée de main. Par exemple, j'ai appris par la suite que l'agglomération côtière d'Honfleur, située à plus ou moins 6 kilomètres de Deauville, était la ville de naissance de l'explorateur Samuel de Champlain qui partit en bateau pour le Canada en 1608.

On ne peut conclure le récit de notre expérience sur place, sans souligner la compétence, la courtoisie et le respect dont les membres de l'équipe d'Anciens Combattants Canada ont fait preuve. Ils se sont véridivment surpassés.

Le cimetière canadien de Cintheaux abrite les corps de 2 959 soldats canadiens qui ont contribué à la libération de la France des forces d'occupation nazies.

L'équipe du ministère des Anciens Combattants qui s'est donné tant de mal pour faire de ce voyage une réussite.

Haute Voltige

Oui : j'ai scindé mes liens avec le sol Et valsé dans les cieux avec les fées; J'ai fait des soubresauts lorsqu'en plein vol J'ai taquiné les nues rose-argentées. Sous le soleil j'ai vu la voûte immense, Senti le vent effleurer mes sourcils, Quand tout-à- coup j'entendis le silence: J'avais vaincu ma peur du grand défi Toujours plus haut, dans le ciel azuré, Là où les aigles ne sauraient planer, Moi, j'ai pourtant voulu outrepasser Les bornes du bonheur. Et tendrement J'osai, au tout sommet du firmament Toucher le front du Dieu omnipuissant. J'ai quitté les entraves terrestres et dansé dans le ciel sur mes ailes argent ées. Je suis monté et ai rejoint un joyeux chaos de nuages découpés par des rais de lumière, Et j'ai vu des centaines de choses merveilleuses dont vous n'avez même jamais rêvé. J'ai glissé, plané, me suis balancé là haut dans le silence éblouissant de la lumière, Suspendu dans le ciel, j'ai poursuivi les vents hurlants, Et lancé ma piaffante monture dans des espaces insondables. Haut, toujours plus haut, dans un délire bleu et brûlant, J'ai survolé des sommets balayés par les tempêtes, Là où nulle alouette, nul aigle même, n'ont jamais volé, Et alors qu'en silence, mon âme s'élevait vers le sanctuaire céleste, J'ai tendu la main et j'ai touché le visage de Dieu.

John Gillespie Magee Jr.
sous-lieutenant d'aviation 412e Escadron, ARC
Abattu le 11 décembre 1941

Une livraison peu vraisemblable

Le 13 juin 1944 (jour J +7), le 412e Escadron « Falcon », et d'autres formant la 126e Escadre, se réunirent autour du Lieutenant-colonel Keith Hodson pour faire le point, à la base de Tangmere.

Il s'agissait de préciser les détails concernant nos activités, désormais habituelles, de patrouille sur la plage. Mais cette fois-là allait s'avérer différente des autres.

Le commandant d'escadre me prit à part pour organiser la livraison d'une cargaison assez importante de bière à destination de notre nouvelle piste d'atterrissage en voie d'achèvement à Bény-sur-mer.

La teneur générale des instructions qu'il me transmettait était la suivante : « Choisissez deux autres pilotes et arrangez-vous avec le mess des officiers pour vider les réservoirs et les remplir de bière. Quand nous atteindrons la tête de la plage, vous quitterez votre formation et atterrirez sur la piste. On nous a dit que les nazis ont rendu l'eau non potable, donc je pense que cela sera apprécié. »

« Vous n'aurez pas de mal à trouver la piste, le navire de guerre Rodney est actuellement en train de tirer des salves sur Caen, elle se trouve juste en dessous. Nous volerons à plus de 13 000 pieds, je pense donc que la bière sera suffisamment fraîche quand vous arriverez. »

Je me souviens d'avoir appelé Murray Haver de Hamilton et un troisième pilote (dont le nom m'échappe aujourd'hui) pour mener à bien le coup.

En y réfléchissant aujourd'hui, cette intervention aérienne serait particulièrement appréciée par les bidasses (hommes de l'infanterie).

Au moment où j'atteignais les 5 000 pieds, la présence imposante du Rodney ne m'invitait pas particulièrement à la descente, mais il était certain que c'était là que je trouverai la piste.

Le train sortit, et on y était, avec trois Spits contenant des réservoirs de 350 litres remplis de bière fraîche.

En roulant jusqu 'au bout de la piste d'atterrissage, j'avais du mal à y voir clair… Il n'y avait absolument personne en vue. Qu'est-ce qu'on fait maintenant, me suis-je demandé, nous n'allons quand même pas nous asseoir ici et attendre que quelqu'un arrive. Qu'en est-il des moyens de communication?

Finalement, je remarquai quelqu'un qui nous observait de derrière un arbre et, comme un fou, je me suis mis à lui faire des signes des bras, l'invitant ainsi à nous rejoindre auprès de l'avion. Qu'il en fût autorisé ou non, il monta sur l'aile et nous accueillit par un « Mais qu'est-ce que vous foutez là? » et je le lui dis en quelques mots éloquents.

« Écoutez! » dit-il, « Vous voyez le clocher de l'église au bout de la piste? Et bien, il est rempli de tireurs d'élite allemands, et nous avons passé la journée à tenter de nous en débarrasser, donc vous feriez mieux de déposer votre cargaison et de ficher le camp avant qu'il ne soit trop tard. »

En quelques instants, nous avions déguerpi le plancher, et c'est ainsi que le premier Spitfire a été accueilli sur notre piste B4 en Normandie.

Cette histoire eut une suite à peine croyable au début des années 1950, alors que j'étais employé par Ford Motor à Windsor. Une personne vint me voir pour me parler de quelque chose et me demanda si j'avais appartenu aux forces aériennes. « Oui, en effet », lui répondis-je.

« Est-ce que par hasard, vous auriez atterri à Bény-sur-mer en Normandie accompagné de deux autres Spitfires dont les réservoirs étaient remplis de bière? » me demanda-t-il.

« Oui, tout à fait », lui répondis-je, « Mais comment êtes-vous au courant de cette histoire? »

« Et bien, je vais vous le dire, » dit-il, « je suis l'homme qui est monté sur l'aile de votre avion et qui vous a dit de ficher le camp. »

Nous avons passé le reste de l'après-midi au milieu des souvenirs.

Erreur sur la personne

Le capitaine d'aviation George Beurling, décoré de l'OEM, de la DFC, de la DFM et d'une barrette, était le meilleur pilote de chasse canadien de la Seconde Guerre mondiale, avec 32,5 avions ennemis abattus à son actif.

Surnommé Buzz Beurling par la presse, il est encore célèbre aujourd'hui grâce à ses exploits au-dessus de Malte dans le secteur méditerranéen. Par la suite, il a volé à Biggin Hill au sein du 412e Escadron « Falcon ».

Beurling, comme de nombreux autres pilotes de chasse, inscrivait ses victoires sur le fuselage de son avion, sous la forme de svastikas qui représentaient chacune un homme abattu. Le matricule de son Spitfire était VZ-B. Dans le cas de Beurling, le nombre de svastikas inscrits sur le fuselage de son avion devint rapidement une référence, tant à terre que dans les airs.

Notamment, le 21 février 1944, nous nous étions réunis à l'occasion d'un briefing à l'unité de renseignements pour obtenir des précisions au sujet d'un raid de bombardement dans le nord de la Hollande, qui s'avérait être une mission d'escorte visant à couvrir les Marauders américains.

George Beurling, décoré de l'OEM, de la DFC, de la DFM et d'une barrette

Beurling, cela n'étonnait personne, considérait les missions d'escorte comme improductives face à une force aérienne ennemie à la hauteur. Par conséquent, il procéda à l'effacement de son propre nom sur le tableau détaillant l'affectation des pilotes à leurs avions et mit le mien à la place, chose qui lui était permise du fait de son grade de commandant d'escadrille.

Bien sûr, c'était un honneur de pouvoir voler dans l'avion de George, mais je n'imaginais pas un seul instant ce qui allait se passer sur le terrain d 'aviation de Manston sur la côte est de l'Angleterre, où nous devions faire plein de carburant avant de repartir traverser la Manche.

Au moment où le membre de l'équipe au sol qui me guidait sur la piste remarqua les 32 svastikas inscrits sur l'avion, il se précipita pour appeler autant de monde qu'il pouvait. Bougeant les bras dans tous les sens, comme un fou, il courut vers l'avion pour venir serrer les mains du pilote volant dans l'appareil aux 32 svastikas. Il était persuadé que Manston recevait la visite d'une personne de haute distinction, ce jour-là.

Plus que légèrement embarrassé par la confusion de cette rencontre, j'avais déjà hâte à mon retour à Biggin Hill pour confier à George Beurling l'excitation qu'il avait manquée en effaçant son nom du tableau.

Accident - le 3 mars 1944

À peine deux semaines après l'épisode de l'erreur sur la personne, on demanda à nouveau à l'Escadron « Falcon » d'escorter des Marauders américains, mais cette fois-ci dans le but de bombarder un terrain d'aviation allemand en France.

Il s'agissait d'un trajet de deux jours et demi, avec à nouveau une escale au terrain d'aviation de Manston pour refaire le plein de carburant.

Cependant, le carburant n'était pas la première chose dont nous avions besoin, à proprement parler, étant donné que le terrain d'aviation était protégé par des tirs anti-aériens efficaces.

Les Spitfires atterrissent de manière assez particulière, avec le nez de l'avion relevé , ce qui limite la visibilité de la piste.

Le VZ-B était l'avion de George Beurling au sein du 412e Escadron. Après mon accident et la réaffectation de George au Canada, il m'a été attribué.

Lors de mon retour à Biggin Hill, notre base en Angleterre, je n'ai eu qu'une seconde pour réaliser qu'un autre pilote de l'escadron venait d'atterrir, et qu'après avoir tourné son avion de 180 degrés, il en était sorti et l'avait laissé sur la piste.

Au moment précis du choc du train d'atterrissage, mon avion a pris feu, et aussi vite que je pus, j'en sortis, et trébuchai sur la piste.

Ma première pensée, lorsque je vis les membres de l'équipe au sol venir à mon aide, fut qu'ils n'arriveraient jamais à temps.

En réalité, j'eus de la chance. Notre médecin put me transporter immédiatement à East Grinstead, après avoir retiré autant de vêtements brûlés que possible. George Beurling lui-même m'a aidé à monter dans l'ambulance.

Je n'allais plus jamais le revoir.

À mon retour au 412e Escadron, il était rentré au Canada… Mais ses derniers mots, je m'en rappelle comme si c'était hier, étaient : « Ne t'inquiète pas Lloyd, ça va aller ».

Quatre opérations ont été nécessaires. Les deux premières, à l'hôpital Queen Victoria, n'y ont rien fait, à la suite de quoi, je suis retourné à l'escadron à Tangmere.

Au total, j'ai effectué plus de 200 sorties dans le cadre des opérations du 412e Escadron.

J'ai subi deux autres opérations lors de mon retour au Canada, ironiquement au même endroit où j'étais devenu pilote deux ans plus tôt, à la 14e École de pilotage militaire d'Aylmer, Ontario, qui avait été reconvertie en hôpital des Anciens Combattants.

Quatre opérations furent nécessaires, mais George avait néanmoins raison.

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