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Torpillé (deuxième partie)

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Détails

Torpillé (deuxième partie)

Le navire endommagé doit revenir sur la terre ferme. Cette opération prend plusieurs jours. Il y a des morts qu’il faut aller enterrer en Écosse. Ils sont suivis par des sous-marins ennemis. M. Jobin nous raconte aussi un principe de guerre, tout ce qui flotte en mer est un danger.

Transcript

Guy Jobin

Le père de M. Jobin était chimiste dans un moulin à Chandler, en Gaspésie. Lors de la crise économique, il part travailler à Masson, en Outaouais, et la famille le rejoint 18 mois plus tard. Installé à Buckingham, la guerre est déclarée et, étant attiré par les bateaux, le jeune Guy Jobin veut s’engager dans la marine. Il fait son entraînement de base à Québec et va ensuite à Halifax pour devenir canonnier, avant de se retrouver en Colombie-Britanique. Son groupe de Canadiens part sur le porte-avion britannique HMS Nabob. Pour diverses raisons, ils descendent la côte du Pacifique, traverse le Panama, puis s’arrêtent en Virginie avant d’arriver en à Liverpool (Angleterre) où ils constatent les dégâts d’une ville bombardée pendant neuf jours par les Allemands. Ils feront ainsi plusieurs missions en eaux britanniques. Lors d’une mission en direction du Scapa Flow au nord de l’Écosse, le bateau est touché par une torpille. M. Jobin est hospitalisé quelque temps à son retour au Canada.

Transcription

Torpillé (2ième partie)

Là, on avait abandonné l’bateau, excepté quatre-vingt-dix hommes dont j’étais un, pis on est resté à bord en espérant qu’on parte les moteurs. Pis on a-t-y pas réussi à dix heures le soir à partir les moteurs à cinq nœuds, six nœuds à l’heure. Là, on a fait un voyage de cinq jours et six nuits, dans une mer déchaînée là… Trois tempêtes. On a été poursuivi par un sous-marin la première nuit et on l’tenait en arrière de nous autres. J’sais pas si y essayait d’nous prendre de côté. On tournait l’derrière à lui, tu comprends tu l’idée ? Parc’que torpiller un bateau en avant, en arrière ça s’fait pas. Faut que tu l’pognes de côté, t’sais, c’est ben clair, à moins d’un lucky shot. Mais ça s’fait pas parc’que c’est pas assez large là, t’es à peu près à deux miles de distance, t’sais, pour faire un lucky shot… Fait qu’là, ce sous-marin là, deux fois, y a l’vé en arrière de nous autres, pis on l’a t’nu là parc’qu’on laissait une trace d’huile, t’sais. Y avait défoncé là… On laissait une trace d’huile en arrière, pis lui y suivait ça, c’est ben sûr. Pis aussi, quand qu’t’es torpillé, ben t’avais des… comme on appelle pour déjeuner là, des oranges ou n’importe quoi, ça flotte, ça, un bout sur l’océan. Quand tu vois un orange ou un pamplemousse, tu t’dis « Ah ! [inaudible], y’a que’que chose autour qui s’passe… », ou des morceaux qui flottent quelconque. Parc’que n’importe quoi qui flotte dans la marine, c’est un danger. Un bout d’bois, n’importe quoi, c’est quoi ? Faut qu’tu l’tires, faut qu’tu l’coules c’t’affaire-là, parc’que ça peut être un danger possible. Un sous-marin qui fait juste r’garder, t’sais. Fait qu’tout c’qui flotte est un danger. Pis même un pilote qui est descendu dans son avion, pis qui flotte dans sa ceinture de sauvetage, rien qu’un squelette là, c’t un danger. Y l’tirent, y l’coulent, t’sais. Y permettent pas d’objets d’ce genre-là. En tout cas, on a parti, pis on a fait cinq jours et six nuits, pis rien à manger, y’avaient tué tous les cuisiniers. On a perdu une quarantaine d’hommes là. Pis le bateau a… ils l’ont traîné un mois après, pis les corps étaient encore à bord, tous nos morts étaient encore à bord... Pas tous, on a réussi à en sortir que’ques-uns. Y ont descendu Firth of Forth, pis y ont été à... une grosse base navale anglaise là. Y l’ont mis dans les cales sèches, y l’ont vidé, pis y ont sorti les corps, pis ça sentait pas bon, tu peux être sûr, ça faisait un mois, un mois et d’mi, peut-être plus, qu’y étaient d’dans. Pis y les ont enterrés à Dunfermline, en Écosse. J’ai des photos de d’ça... T’sais, une série de monuments là... Pis c’est ça qui est arrivé.
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