La guerre d'Afrique du Sud

Au fil des ans, de nombreux Canadiens ont risqué leur vie lors de guerres et d'opérations de maintien de la paix. À bien des égards, l'origine de la tradition du service militaire international et du sacrifice de notre pays remonte à la guerre d'Afrique du Sud, qui a eu lieu de 1899 à 1902. Ce conflit, se déroulant dans une contrée lointaine si différente de la nôtre, a été le premier déploiement d'un grand nombre de soldats canadiens à l'étranger.

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Contexte

À la fin du XIXe siècle, l'Empire britannique était au sommet de sa puissance. Avec ses colonies, ses dominions et ses territoires un peu partout dans le monde, on disait que le soleil ne se couchait jamais sur l'Empire britannique. L'un des endroits où l'Empire exerçait son influence était l'Afrique australe.

Les Britanniques ont d'abord gagné le contrôle du territoire de la région aux mains des Néerlandais au début des années 1800. Les descendants des premiers colonisateurs néerlandais (surnommés les « Boers ») ont résisté au joug britannique, mais se sont éloignés des centres de contrôle britannique le long des côtes pour former deux républiques, l'État libre d'Orange et le Transvaal, vers le milieu du XIXe siècle.

Les tensions en Afrique australe se sont amplifiées avec les années, en particulier après la découverte de gisements diamantifères et aurifères au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. La présence de ces ressources naturelles et l'afflux des nouveaux colons a poussé les Britanniques à s'intéresser davantage aux territoires des Boers, et des combats ont éclaté en 1880. Une paix précaire a rapidement été rétablie, mais la situation est demeurée tendue jusqu'à ce que les hostilités reprennent le 11 octobre 1899, avec le déclenchement de la guerre d'Afrique du Sud.

La réponse du Canada

Au cours des décennies qui ont suivi la Confédération de 1867, la Grande-Bretagne a maintenu une grande influence dans les affaires du Canada. Lorsque la guerre d'Afrique du Sud a débuté, les Britanniques ont rapidement sollicité l'aide militaire des pays membres du Commonwealth. Les Canadiens étaient divisés au sujet de ce que certains (en particulier les Canadiens-français) considéraient comme une « guerre britannique » à laquelle notre pays ne devrait pas participer, alors que d'autres (en particulier les Canadiens-anglais) trouvaient séduisante l'idée de défendre l'Empire britannique. Finalement, le premier ministre Wilfrid Laurier a trouvé un compromis en offrant d'appuyer les Britanniques en expédiant des volontaires et de l'équipement militaire en Afrique du Sud. La Grande-Bretagne devait pour sa part rémunérer les troupes et les renvoyer à ses frais au Canada à la fin de leur période de service. Mille hommes ont alors été recrutés rapidement pour former le premier contingent qui a quitté Québec le 30 octobre 1899.

Les Boers étaient des combattants résolus, connaissaient bien le territoire africain où ils habitaient et excellaient au tir d'élite. Les Britanniques ont connu de graves difficultés lors des premières batailles et ont demandé au Canada de fournir de toute urgence davantage de troupes montées. En réponse, un deuxième contingent a rapidement été formé, composé de deux régiments et de trois batteries d'artillerie. Les trains transportant les volontaires et les chevaux furent accueillis par des ovations dans les gares, partout au Canada, durant le trajet vers Halifax où les troupes devaient s'embarquer pour l'Afrique du Sud. D'autres unités du Canada ont suivi au fur et à mesure que la guerre progressait, notamment un hôpital de campagne. En tout, plus de 7 000 Canadiens allaient se porter volontaire au cours de ce conflit.

Le vent tourne

Après leurs défaites initiales, les Britanniques se sont regroupés et ont lancé des contre-offensives au début de 1900. Les Canadiens ont eu leur baptême du feu lors de la bataille de Paardeberg en février 1900, où ils se sont distingués lors de la première victoire britannique importante du conflit – un triomphe accueilli avec beaucoup d'excitation au Canada. Le prix à payer a cependant été élevé, puisque 18 Canadiens ont été tués et que 68 ont été blessés dès le premier jour de la bataille, qui a d'ailleurs été le plus sanglant de cette guerre pour notre pays.

Les Boers n'ont pas tardé à adopter des tactiques de guérilla contre les forces Britanniques, plus puissantes. Les Canadiens ont pris part à de nombreux combats de moindre envergure dans la dernière portion de la guerre, comme la bataille de Leliefontein en novembre 1900. Pendant cette étape des hostilités, les Canadiens ont effectué d'épuisantes patrouilles d'éclaireurs à cheval sur les terres sauvages, bravant les tirs des Boers et les risques d'embuscade. Les cowboys et les membres de la Police à cheval du Nord-Ouest de l'Ouest canadien qui s'étaient portés volontaires pour combattre en Afrique du Sud brillaient particulièrement dans ce rôle.

La guerre s'est finalement terminée avec la signature du Traité de Vereeniging, le 31 mai 1902. Les Boers ont renoncé à leur indépendance en échange d'une aide pour les victimes du conflit et d'une éventuelle autonomie gouvernementale, entre autres choses. Les soldats canadiens ont finalement pu rentrer chez eux, même si certains ont choisi de rester sur place et de devenir membres de la South African Constabulary.

Héroïsme

Les Canadiens ont fait preuve d'un grand courage pendant toute la guerre d'Afrique du Sud, et cinq d'entre eux se sont vu décerner la Croix de Victoria, la décoration la plus prestigieuse pour bravoure militaire : le Sergent Arthur Richardson, le Lieutenant Hampden Cockburn, le Lieutenant Richard Turner, le Sergent Edward Holland et le Lieutenant William Nickerson. Un autre Canadien, le Soldat Richard Thompson, fut nommé deux fois pour la Croix de Victoria pour sa bravoure, sans jamais l'obtenir. Ayant appris la chose, la reine Victoria lui tricota (ainsi qu'à d'autres personnes dont la bravoure n'avait pas été soulignée) une écharpe en laine spéciale.

Sacrifice

La participation du Canada à la guerre d'Afrique du Sud fut coûteuse en vies humaines. Environ 280 Canadiens ont perdu la vie (la plupart en raison de blessures ou de maladies dues aux conditions difficiles) et plus de 250 ont été blessés. Les noms des disparus figurent dans le Livre du Souvenir de la guerre d'Afrique du Sud et de l'Expédition sur le Nil, qui est exposé dans la Chapelle du Souvenir de la tour de la Paix au Parlement.

L'héritage

L'expérience vécue par les soldats canadiens lors de la guerre d'Afrique du Sud s'est avérée la première de ce qui deviendrait une tradition impressionnante de service militaire international. L'habileté, le courage et le sacrifice dont ont fait preuve ces Canadiens il y a si longtemps ont de nouveau été constatés au cours des années qui ont suivi, soit lors des Première et Seconde Guerres mondiales, de la guerre de Corée, ou des nombreuses opérations de maintien de la paix dans le monde entier.

C'est également lors de cette guerre que des femmes canadiennes ont participé pour la première fois à des opérations militaires à l'étranger, soit 12 infirmières militaires qui sont venues en aide aux blessés et aux malades. En fait, Georgina Pope, de l'Île-du-Prince-Édouard, qui dirigeait le groupe d'infirmières en Afrique du Sud, a reçu la médaille de la Croix-Rouge royale pour son service exceptionnel dans des conditions difficiles. Elle fut la première citoyenne canadienne à recevoir cette distinction.

Véritables pionnières, ces infirmières ont contribué à établir une tradition de service militaire chez les femmes canadiennes, qui occupent aujourd'hui des postes dans l'ensemble des Forces canadiennes, aussi bien à bord des sous-marins que dans les combats actifs.

Programme Le Canada se souvient

Le programme Le Canada se souvient d'Anciens Combattants Canada incite tous les Canadiens et les Canadiennes à se renseigner sur les sacrifices et les réalisations de tous ceux et celles qui ont servi et qui continuent de servir leur pays en temps de guerre et en temps de paix. Il invite aussi les citoyens à prendre part aux activités commémoratives qui aident à préserver l'héritage qu'ils nous ont légué et à le transmettre aux générations à venir.

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