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Adjudant-Chef (Ret.) Bill « Mother » Irving

« Lorsqu'on quitte l'armée, c'est comme si on laissait tout derrière soi »

Winnipeg, Manitoba

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Afghanistan Balkans

S'est enrôlé

S'est joint à la Force régulière
en 1989

Affectations

  • Calgary (Alberta) : de 1990 à 1995
  • Edmonton (Alberta) : de 1995 à 2006
  • Wainwright (Alberta) : de 2006 à 2009
    (restriction imposée [RI] – sa famille est demeurée à Edmonton)
  • Kingston (Ontario) : de 2009 à 2012
  • Edmonton (Alberta) : de 2012 à 2013 (RI)

Expérience opérationnelle

  • Bosnie : 1994 et 1997
  • Kosovo : 1999
  • Afghanistan : 2002 et 2006
  • Haïti : 2010 (EICC – Équipe d'intervention en cas de catastrophe)
  • Malte (NEO – Opération d'évacuation de non combattants)
  • Philippines (EICC)
HTML5 Transcription

[Bill Irving, Vétéran] Vous savez, on pouvait voir...

le carnage...

J'étais dans tous mes états.

[Mike Rose, voisin] Je crois que la première fois que j'ai vu Bill,

il arrivait en moto.

J'ai alors pensé

« Oh, oh, quel genre de voisin vais-je avoir? »

[Bill] Généralement, je donne une assez

mauvaise première impression.

Je donne l'impression de ne pas être très bavard et de ne pas vouloir vous parler.

Je suis chauve et couvert de tatouages,

et il y a des motos partout.

[Mike] La première fois, il portait... ses vêtements militaires.

Je lui ai serré la main.

Toute une différence entre une tenue de motocycliste

et un uniforme militaire.

C'est la première fois que j'ai rencontré Bill.

[Bill] J'ai vécu huit déploiements, et c'était différent pour chacun d'eux.

Je crois que le point commun serait simplement le fait d'être loin.

Je crois que nous n'étions pas tout à fait préparés

à ce qui se passait dans l'espace de combat là-bas.

Lorsque le véhicule a été touché,

c'est moi qui dirigeais.

J'ai entendu et ressenti l'explosion, j'ai fait le tour,

et il n'y avait pas de véhicule.

Ce moment m'a semblé durer plusieurs minutes,

mais ce ne fut pas le cas.

Puis, le véhicule s'est immobilisé.

On ne peut pas se préparer à perdre des hommes.

On ne peut pas se préparer

aux images et aux bruits auxquels

on est exposés à ce moment-là.

Vous connaissez le cliché... En fait,

ce n'est même pas un terme cliché,

mais je parle de la culpabilité du survivant.

Pourquoi eux?

Ça aurait dû être moi. C'est moi qui dirigeais.

[Laurie Barnes, propriétaire d'entreprise locale] C'est difficile pour nous, les civils,

de saisir ce que ces militaires ont vécu,

ce qu'ils ont vu ou ce qu'ils ont fait.

[Bill] J'ai publié une annonce sur Kijiji

qui indiquait qu'un groupe de

soutien aux vétérans était à la recherche d'un local.

Notre annonce était sur le point d'arriver

lorsque René et Laurie ont répondu à l'annonce.

[René Barnes, propriétaire d'entreprise locale] Il est entré et n'était pas lui-même.

[Bill] Nous venons ici pour nous réunir.

Les gens qui viennent ici ne sont pas tous

des motocyclistes.

Nous avons des amis qui font partie du club,

il s'agit presque tous de vétérans.

Notre concept est

« Sortez de chez vous. Sortez de votre cachette.

Venez passer du temps avec nous. »

[René] Nous avons rencontré cinq d'entre eux.

Je crois que c'était lors de la première réunion.

Ils se demandaient pourquoi nous faisions ça.

« Vous avez servi les Canadiens, maintenant

c'est à notre tour de vous servir.

Cet endroit vous appartient.

Utilisez-le comme bon vous semble. »

[Bill] Ce qui me fait avancer,

c'est ce qui est derrière moi et ce qui est devant moi.

Ce sont mes amis et ma famille,

sans qui

je ne sais pas où je serais aujourd'hui.

[René] Nous avons tous un passé.

Nous avons tous vécu de mauvaises choses dans notre vie.

Beaucoup d'entre nous se cachent.

Beaucoup d'entre nous évitent ces choses.

Vous avez besoin de gens autour de vous

qui se soucient de vous et qui vous

aident à surmonter ces choses et à avancer dans la vie.

N'ayez pas peur de ça, n'ayez pas peur d'être vrai.

Vous n'avez pas à vivre ça tout seul.

[Bill] Si quelqu'un a besoin d'aide,

il y a de l'aide qui est offerte.

En tout temps, vous pouvez prendre le téléphone

et communiquer avec un pair, la chaîne de commandement,

l'aumônier ou le Programme d'aide aux membres.

Ils sont là. Vous devez arriver à passer à l'action.

D'après moi et d'après mes discussions

avec mes amis motocyclistes

et ceux avec qui j'ai servi,

le plus difficile est d'avoir le courage de poser ce geste.

[Mike] Une fois,

j'étais dans mon camion de service avec un client,

et Bill se trouvait de l'autre côté du feu de circulation.

Il m'a salué de la main,

et mon passager m'a dit

« Wow, je ne voudrais pas rencontrer ce

gars dans une ruelle sombre. »

J'ai rigolé intérieurement,

je l'ai regardé et j'ai dit

« En fait, il va probablement te sauver la vie. »

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Introduction

Bill Irving fait partie de l'Armée blindée, mais il est de nature « maternelle » (mother). Chef d'équipage de véhicule blindé léger (VBL), il a accumulé beaucoup d'expérience : les Balkans du milieu jusqu'à la fin des années 1990 ainsi que deux déploiements en Afghanistan. Il a été témoin des situations dans ces pays et les a vécues. Son surnom vient du fait qu'il est la personne qui s'occupe de tout le monde. Lors de son deuxième déploiement en Afghanistan, son rôle de mère (mother) consistait à occuper le poste de chef d'équipage de VBL pour le major général commandant. « Il détestait être au bureau, indique Bill, alors nous passions beaucoup de temps à le conduire dans l'espace de combat et à l'en sortir. Notre travail consistait à le garder hors d'atteinte. C'était comme le Far West. »

Maintien des liens avec l'armée

La transition vers la vie civile après le service militaire a été difficile pour Bill « Mother » Irving. Elle a été tellement difficile qu'il a repris du service.

« J'ai reçu un appel d'un pair qui était le sergent major régimentaire d'une unité de réserve. Il m'a invité à prendre une bière. Je lui ai dit que c'était terminé pour moi. Il a insisté en disant que ce n'était qu'une bière. Deux semaines plus tard, j'avais rasé ma barbe, j'avais enlevé mes boucles d'oreille. J'étais de retour dans l'armée. »

Le vétéran Bill Irving caresse son chien.

Les deux années qu'il a passées dans la Réserve l'ont aidé à faire la transition vers la vie civile. Tous les jours, il doit composer avec la souffrance et la culpabilité du survivant liées au fait qu'il a perdu quatre hommes à cause d'un dispositif explosif de circonstance (IED). « Il ne se passe pas une journée sans que je ne pense à ces gars, confie Bill. J'ai finalement rencontré les enfants de l'un d'eux des années plus tard. Mes enfants ont actuellement l'âge que ses enfants avaient à l'époque. Ils sont incroyables, tellement résilients. Pourquoi ne puis je pas l'être aussi? »

La thérapeute de Bill lui a dit qu'il vivait la même chose que de nombreux vétérans aux prises avec un état de stress post traumatique (ESPT). « Vous êtes comme des bouilloires, lui a t elle dit. Le couvercle siffle, puis il se produit quelque chose qui le fait sauter, et tout déborde. »

Bill puise de la force dans son rôle de mère (mother). Il fait partie d'un groupe de vétérans et de conjoints qui connaissent l'importance d'être ensemble. « Nous avions l'habitude de nous réunir dans la maison de quelqu'un une semaine, puis dans la maison d'une autre personne la semaine suivante. Ensuite, le groupe est devenu si gros que j'ai dû publier une annonce sur Kijiji intitulée “Groupe de soutien aux vétérans à la recherche d'un local”. Nous avons eu quelques offres de maisons de retraite, ce qui était vraiment génial, mais nous n'étions pas encore prêts pour ça », dit il en riant.

Bill lance une balle de baseball à son fils.

Soutien de la collectivité

Laurie et René Barnes étaient prêts. Ils ont aménagé un endroit où Bill et son groupe auraient l'espace nécessaire pour créer un club. « Vous avez servi les Canadiens, René a t il dit à Bill. C'est maintenant à notre tour de vous servir. » Bill hoche la tête. « Ce n'est pas tous les jours que l'on rencontre des gens comme ça, indique Bill. Toutefois, c'est le type de soutien communautaire qui fait toute la différence pour les vétérans. »

Le club occupe la partie avant d'un quelconque bâtiment à un étage situé dans un quartier industriel. Toutefois, pour Bill et son groupe, ce lieu est sacré. « C'est important d'avoir un endroit à nous, indique Bill, car lorsqu'on quitte l'armée, c'est comme si on laissait tout derrière soi. Quand j'ai quitté mon régiment, j'étais certain qu'il ne pourrait pas survivre sans moi. Toutefois, la porte n'était même pas encore fermée derrière moi que je n'étais déjà qu'un souvenir. »

Un endroit pour tisser des liens avec d'autres vétérans

« Le club a pour objectif de faire sortir les vétérans de chez eux, mentionne Bill. Sortez de votre cachette. Venez passer du temps avec vos pairs. Chacun des membres du groupe a été atteint physiquement ou mentalement par son service militaire. Cet endroit est donc un lieu sûr. Je déteste ce terme, mais c'est vraiment ce que c'est. Nous accueillons des gens aux prises avec des problèmes de dépendance. Tous les jours, nous recevons des appels et des messages textes de la part de gens qui nous disent qu'ils éprouvent des difficultés. Nous sommes là pour ça. Nous ne portons aucun jugement et n'exerçons aucune pression. Il suffit d'être respectueux et de s'adapter. »

Bill se tient dans son entrée.

Le club est accessible aux membres en tout temps. Chaque semaine, les jeudis assoiffés sont une occasion de réunir tout le monde. « Si des personnes ne se présentent pas pendant quelques semaines, nous leur passons un coup de fil, indique Bill. Surtout avec l'hiver qui est à nos portes, c'est trop facile de se replier sur soi. Ces personnes ont besoin de communiquer. C'est correct, cela fait partie du processus pour demander de l'aide. Si vous êtes émotifs, appelez quelqu'un et parlez en. »

Bill est le premier à dire qu'il fait une mauvaise première impression. Néanmoins, il est de nature extravertie et fait preuve de franc parler. Son voisin, Mike Rose, l'a remarqué peu après leur première rencontre. Ce dernier a embauché Bill dans son entreprise, laquelle offre des services routiers aux camions 24 heures par jour et 7 jours par semaine. « Bill et ses amis sont rapidement devenus mes amis, indique Mike. Ils mettent à mal la fausse idée reçue selon laquelle les vétérans sont perturbés et n'apportent aucune contribution. Les vétérans comme Bill font preuve de beaucoup d'intégrité et de conviction – ils possèdent une force intérieure. Ils sont un véritable atout pour la collectivité. »

Conseils pour les militaires en transition

Bill est toujours prêt à communiquer ses réflexions sur la transition. « Oui, la transition peut être difficile, dit il. Pendant 30 ans, l'armée m'a habillé, m'a dit où aller, m'a nourri, m'a offert des soins médicaux et dentaires, tout était fait pour moi. Maintenant, ma conjointe me dit d'aller mettre de plus beaux vêtements parce que nous devons aller rencontrer un médecin de famille. C'est un tout autre monde. »

Il recommande de prendre le temps de se préparer à la transition. « Avez vous un plan? Souvent, on me répond par un regard fixe. Votre date approche, que comptez vous faire? Assistez aux séminaires du SPSC (Service de préparation à une seconde carrière). Consultez les représentants d'AAC (Anciens Combattants Canada). Renseignez vous sur ce qui s'offre à vous. Participez à des groupes de soutien par les pairs. Parlez à votre aumônier ou à votre chaîne de commandement. Si vous ne pouvez pas compter sur votre famille, tournez vous vers vos amis, vos équipes sportives, votre collectivité. »

Voici le dernier conseil de Bill : « Quoi qu'il arrive, ne vous isolez pas. »


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