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Adjudant (à la retraite) Kevin « Sammy » Sampson

Sammy Sampson a obtenu son diplôme d’études secondaires en Nouvelle-Écosse le 22 juin 1988. Moins de deux mois plus tard, à 18 ans, il servait comme opérateur radio pour les forces des Nations Unies à la frontière irako-iranienne, où les deux pays avaient récemment conclu un cessez-le-feu après près de huit années de combat.

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Sammy Sampson

Dans le nord de l’Iran, M. Sampson était chargé d’utiliser l’équipement de communication et de protéger les observateurs militaires non armés qui rendaient compte à l’ONU des actions militaires iraniennes près de la frontière. Une équipe similaire était en poste en Irak. Isolés et surveillés par des commandos iraniens, les trois membres de l’équipe de M. Sampson ne rencontraient d’autres Canadiens que très rarement, notamment lors des échanges de victimes entre l’Iran et l’Irak qui se déroulaient dans la zone neutre. C’est là, dans une enceinte iranienne, que M. Sampson dit avoir rapidement acquis de la maturité et être devenu efficace pour résoudre des problèmes. Encore adolescent, il a développé une force de caractère qui lui a servi tout au long de sa carrière militaire.

Pendant que ses amis poursuivaient des études universitaires, M. Sampson a acquis une expérience concrète du maintien de la paix et de la guerre. La même année, en 1988, le prix Nobel de la paix a été décerné aux forces de maintien de la paix des Nations Unies, en reconnaissance de leurs efforts collectifs pour promouvoir la paix dans le monde, notamment les efforts déployés par le Groupe d’observateurs militaires des Nations Unies pour l’Iran et l’Irak.

Après son déploiement en Iran, il a servi dans la guerre du Golfe, et il a été l’un des premiers Canadiens à entrer dans la ville de Koweït pour aider à rétablir la mission diplomatique canadienne et à capturer le premier prisonnier de guerre du Canada depuis la Corée. Mais c’est au Rwanda, en tant que soldat de la paix dans le cadre de la Deuxième Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR II), que la vie du jeune Kevin Sampson a complètement changé.

Le Rwanda, une petite nation rurale d’Afrique centrale, fait environ la moitié de la taille de la Nouvelle-Écosse. Deux groupes ethniques distincts, les Tutsis et les Hutus, constituent la majeure partie de sa population. Pendant des siècles, les deux groupes ethniques ont été rivaux dans la société rwandaise. Cependant, le pays a basculé le 6 avril 1994 lorsque le président hutu du pays a été assassiné, entraînant une escalade dramatique de violence qui a mené à l’un des pires génocides du 20e siècle. Plus de 800 000 Rwandais innocents y ont trouvé la mort, et des millions d’autres ont été déplacés.

Créée en octobre 1993 et dirigée par le major-général canadien Roméo Dallaire, la mission MINUAR n’a pas été en mesure de freiner le génocide d’avril 1994. En réponse, la mission MINUAR II a été autorisée en juin 1994 pour aider à stabiliser le pays en fournissant une assistance médicale et en matière de sécurité au peuple rwandais. Le Canada a été l’un des premiers pays à s’y joindre, chargé de s’intégrer aux soldats de la paix des autres nations dans tout le pays et de construire une infrastructure de commandement pour les 5 000 soldats supplémentaires des Nations Unies qui devaient arriver bientôt.

Avec peu de temps pour se préparer, des équipes d’opérateurs radio ont été envoyées en mission au plus profond de la jungle rwandaise, équipées de fusils et de sacs à dos, pour rendre compte du déroulement du génocide et de la situation humanitaire désespérée. Chargée d’assurer la sécurité de leur base, des observateurs militaires non armés et des travailleurs d’organismes d’aide locaux, l’équipe de quatre hommes de M. Sampson était seule pour accomplir cette mission et se trouvait à des heures de route des renforts.

Il dit que sa période de service au Rwanda a été différente des déploiements précédents et qu’il a été contraint à prendre les décisions les plus difficiles de sa vie.

« Nous enjambions les enfants que nous ne pouvions pas sauver pour tenter d’en sauver d’autres. »

« L’isolement en Iran; les scènes et les bruits de la guerre du Koweït… mais c’est le Rwanda qui était la représentation absolue et choquante de l’humanité dans ce qu’elle a de pire à offrir. »

« Il fallait savoir prendre du recul et garder la tête froide, dit M. Sampson. Nous enjambions les enfants que nous ne pouvions pas sauver pour tenter d’en sauver d’autres. »

M. Sampson a appris de travailleurs humanitaires dépassés par les événements que « vous ne pouvez pas sauver tout le monde et vous ne pouvez aider personne si vous devenez vous-même une victime ».

Il a accepté d’adopter cette façon de penser pour pouvoir continuer à faire son travail, même si cela contrastait fortement avec ce à quoi il était habitué. Il dit que dormir était devenu un défi et qu’ils avaient souvent des provisions limitées, ce qui les obligeait à faire la queue avec les réfugiés.

En l’absence d’un gouvernement fonctionnel, les soldats de la paix armés comme M. Sampson étaient nécessaires pour dissuader ceux qui essayaient de voler, de blesser et de tuer des civils et des travailleurs humanitaires. Souvent, M. Sampson et ses collègues devaient prendre eux-mêmes des mesures pour arrêter les crimes en l’absence de forces de police, alors qu’ils n’avaient aucun soutien et qu’ils étaient en situation minoritaire.

M. Sampson a attendu pendant trois mois – soit à mi-chemin de son déploiement – l’arrivée de la principale force de sécurité, composée de 800 soldats, en provenance de Tunisie. C’est au cours de cette période que M. Sampson a rencontré pour la première fois un jeune Rwandais de quatre ans dans un orphelinat que lui et ses compatriotes ont aidé à mettre en place, appelé l’Imbabazi. M. Sampson et le garçon ont tissé des liens solides, à tel point que la fondatrice de l’orphelinat, Mme Rosamond Carr, allait lui donner plus tard le nom de Sammy.

Après la fin de sa mission au Rwanda, M. Sampson a participé à des missions des Nations Unies en Haïti, en Afrique centrale, en Bosnie-Herzégovine et en Afghanistan, puis à un déploiement de l’OTAN en Italie de 2005 à 2008.

« Pendant une mission militaire, on doit s’attendre à se faire tirer dessus et à vivre dans des conditions moins qu’idéales, ainsi qu’à être témoin de la mort et de la destruction, que ce soit dans le cadre d’une mission de maintien de la paix ou en temps de guerre. Le génocide au Rwanda était différent, car chaque jour nous perdions la bataille et les résultats étaient visibles partout autour de nous sur les visages des enfants morts ou mourants. La situation s’est finalement légèrement améliorée, mais mes premiers jours au Rwanda resteront gravés dans ma mémoire. »

« J’ai passé des années à refouler mes émotions et mes souvenirs, mais retrouver Sammy a fait partie du processus de guérison. »

Depuis sa mission au Rwanda, M. Sampson est aux prises avec un ESPT à cause des horreurs dont il a été témoin là-bas. Au fil des ans, les souvenirs du Rwanda ont continué à le hanter et il craignait que les enfants de l’orphelinat n’aient pas survécu. Mais en 2018, il a retrouvé sur Facebook le jeune orphelin avec lequel il s’était lié d’amitié de nombreuses années auparavant. Il a pris contact avec Sammy Tuyishime, maintenant devenu un adulte, et avec le soutien de ses amis, il lui a payé des billets d’avion pour qu’il vienne à Ottawa accompagné d’un ami.

Les deux se sont retrouvés à Ottawa en 2018.

« J’ai passé des années à refouler mes émotions et mes souvenirs, mais retrouver Sammy a fait partie du processus de guérison. Je ressentais beaucoup de culpabilité, notamment par rapport à lui. Il faut savoir remettre en perspective nos expériences négatives pour pouvoir essayer de retrouver une vie normale. »

M. Sampson a pris sa retraite de l’armée. Il est actuellement le vice-président de l’Association canadienne des vétérans du Rwanda, qui s’efforce de réunir ces vétérans pour leur bien-être, les activités de commémoration et l’esprit de camaraderie. « Nous voulons offrir de meilleurs résultats à un groupe spécial de vétérans, affirme M. Sampson, et apporter une aide à ceux qui en ont besoin. »

Alors que nous soulignons la Journée internationale de réflexion sur le génocide contre les Tutsis au Rwanda, nous nous souvenons des Canadiens qui ont servi là-bas. Avec courage, intégrité et loyauté, Kevin Sampson a laissé sa marque. Il est l’un de nos vétérans canadiens. Explorez d’autres histoires.


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