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Sergent (à la retraite) Joan Buchanan

Née à Montego Bay, en Jamaïque, Joan Buchanan y a vécu jusqu’à 17 ans, âge auquel elle a émigré à Toronto, en Ontario. Elle s’est enrôlée dans les Forces armées canadiennes (FAC) 16 ans plus tard pour ce qui deviendrait un cheminement de carrière à la fois enrichissant et difficile. Elle se sentait souvent comme faisant partie d’une minorité à la fois invisible et visible, mais Joan s’est promis de faire tomber les barrières raciales et a ouvert la voie aux futures générations de femmes de couleur dans l’armée.

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Le Caporal Joan Buchanan accepte sa Médaille du service en Asie du Sud-Ouest présentée par le Lieutenant-général Angus Watt.
« … j’étais heureuse, très heureuse lors de mon assermentation. »

En 1985, alors qu’elle était bien établie au Canada, Joan Buchanan s’est mise à la recherche d’un défi dans un métier technique ou spécialisé. Elle a tenté de s’enrôler dans les FAC, mais on a rejeté sa candidature en lui disant qu’elle n’avait pas de potentiel militaire. Déterminée, elle est retournée au Centre de recrutement en invoquant la Loi sur l’équité en matière d’emploi qui prévoit que tous les citoyens canadiens ont le droit de postuler. Par la suite, elle a fait le test d’aptitude mais, malgré le fait qu’elle réponde à toutes les exigences tactiques, physiques et médicales, elle a dû attendre deux ans avant de se faire offrir un poste d’agente administrative. « J’étais heureuse, très heureuse lors de mon assermentation », souligne Joan.

Après avoir terminé son instruction de base en 1987, elle a entrepris une carrière d’une durée de 27 ans durant laquelle elle a eu de nombreuses affectations dans l’ensemble du pays et deux déploiements outre-mer : l’un en Bosnie, et le second à Tampa, en Floride.

« Je devais constamment prouver ma valeur en tant que femme de couleur. »

Comme elle était la seule femme de couleur dans son bataillon, elle a trouvé difficile de tisser des liens avec ses collègues. L’éducation et la sensibilisation au sujet du racisme systémique n’existaient pas à cette époque, « je faisais partie de la minorité à la fois invisible et visible ». Elle a passé de nombreuses heures à se sentir exclue, seule et ignorée dans un environnement composé principalement d’hommes blancs. « La tension raciale était subtile, mais le langage non verbal ne mentait pas. » Ce fut aussi le cas pour son fils. Lorsqu’un militaire sert son pays, toute sa famille sert avec lui. Le fils de Joan devait s’adapter à chacun de ses déploiements, et faisait souvent face au racisme. Elle était très consciente de l’incidence de son choix de carrière sur sa famille et cela pesait lourdement sur elle.

À mi-chemin de sa carrière, Joan a commencé à réfléchir à son cheminement et s’est rendu compte qu’elle n’avait pas eu de promotion en 14 ans en dépit de sa vaste expérience et de son dévouement. N’ayant pas peur de s’affirmer, elle a approché plusieurs de ses superviseurs directs et a fait prévaloir son point de vue. N’ayant toujours aucun espoir de promotion, elle a décidé de déposer un grief. Un an plus tard, elle a obtenu gain de cause et a été promue caporal-chef, puis sergent trois ans plus tard. « Je devais constamment prouver ma valeur en tant que femme de couleur ».

« La tension raciale était subtile, mais le langage non verbal ne mentait pas. »

Joan et ses petites-filles Kennedy et Olivia.

Pendant son service, Joan a été témoin d’un certain nombre d’injustices qu’elle croit être directement liées à sa race ou à son genre. N’étant pas du genre à rester sans rien faire, elle a décidé d’agir. En 1997, elle s’est jointe au Groupe consultatif des minorités visibles de la Défense au sein du ministère de la Défense nationale. Le Groupe cerne les problèmes systémiques et recommande des façons de les régler. À titre de coprésidente, Joan a pu avoir une véritable voix pour militer en faveur de l’inclusion et se battre contre la discrimination au sein des forces. « L’idée était d’essayer de changer l’état d’esprit archaïque avec des exemples concrets, là où la transparence faisait défaut ». De plus, à partir de 2004-2005, elle est devenue la première femme noire à occuper le poste de présidente du Comité du mess.

Ses efforts ont porté fuit, et en 2009 elle a reçu le Prix de gestion des ressources humaines en reconnaissance de son travail remarquable dans le but d’instaurer des changements au sein des FAC et de son bénévolat dans le domaine de l’équité en matière d’emploi. Elle a pris sa retraite des forces en 2014 et elle habite maintenant à Ottawa, qui a été le lieu de sa dernière affectation. En tant que civile, elle occupe maintenant un poste administratif au sein du ministère de la Défense nationale.

« On nous a donné une voix et il est le temps d’écouter. Nous braquons les projecteurs sur les enjeux qui touchent les personnes de couleur. »

La vie après le service militaire est beaucoup plus légère pour Joan, qui aime passer du temps avec ses petites-filles, Olivia et Kennedy. Dans l’ensemble, elle est fière de ses 27 années de carrière, mais elle admet qu’il a parfois été douloureux de servir. Elle garde une certaine amertume de l’injustice qu’elle a vécue en raison de la couleur de sa peau. Elle espère que ses petites-filles connaîtront des circonstances plus favorables dans leur cheminement de vie. Elle demeure passionnée par la lutte contre le racisme, et au cours des derniers mois a été une ardente défenseuse du mouvement Black Lives Matter. « On nous a donné une voix et il est le temps d’écouter. Nous braquons les projecteurs sur les enjeux qui touchent les personnes de couleur. » Aujourd’hui, Joan continue de servir sa communauté en travaillant avec les jeunes par l’intermédiaire de son église. Elle souhaite les aider à renforcer leur confiance en leurs capacités, sans égard à leur race, et à leur fournir des conseils pour favoriser un avenir plus équitable. « Amen! », s’exclame Joan.


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