Les civils

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Il n'y a pas que les militaires qui participent à l'effort de guerre ! Trop souvent oubliés, sans doute parce que leurs récits et les problèmes auxquels ils ont faits face pâlissent parfois à la lueur des affres des guerriers, les civils sont aussi essentiels à la victoire que le personnel militaire.

Imaginez un instant une guerre sans nourriture, sans bottes, sans vêtements, sans couvertures, sans armes, sans munitions… c'est tout simplement impossible. Un beau rêve soit, puisque une vie sans guerre est sans doute le plus souhaitable des scénarios, mais, malheureusement, peut-être un peu utopique, étant donné la nature humaine…

Sans porter jugement sur la validité, la nécessité ou la futilité de la guerre, quand elle nous est imposée, soit physiquement ou moralement, il est temps de faire ce qu'il doit.

Et les civils canadiens, hommes et femmes, ont excellés à cela lors de la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs croient d'ailleurs que sans cette production titanesque poussée à un rythme effréné par 3 140 876 hommes et femmes, les forces alliées n'auraient jamais pu vaincre l'ennemi.

Un sens du devoir sous-estimé

Bien qu'il y eut à cette époque au Canada anglais un sentiment pour le moins défavorable et erroné face à la robustesse de l'effort de guerre des Canadiens français (voir la section Militaires de ce site Web), quand on considère le travail des civils, qu'ils aient été en usine, à la ferme ou ailleurs, il devient incontestable que les francophones du Canada, qu'ils soient hommes ou femmes, ont été à la hauteur du défi..

À titre d'exemple, le Québec, un des principaux fournisseurs d'armes alliées, a fourni à lui seul un tiers de la force de travail civile du pays, ce qui lui valut le nom d'arsenal du Canada !

C'est là que se trouvent les deux usines de chars d'assaut du pays, les cinq principaux chantiers navals, deux des quatre plus importantes usines de canons, pratiquement toutes les manufactures de munitions de petit calibre, dix manufactures d'obus, la seule usine de bombes aériennes, à peu près la moitié de toutes les fabriques d'explosifs et de produits chimiques, et trois des huit avionneries.

Les usines d'armement sont de véritables villes industrielles. La plus grande, l'usine Cherrier des Defense Industries Limited, situé à Saint-Paul-L'Ermite (aujourd'hui Le Gardeur près de Montréal), comptait à elle seule 450 bâtiments distribués sur 15 kilomètres carrés !

Mais au-delà du fait français, la guerre et la nécessité en main d'œuvre qu'elle engendrait a donné naissance à plusieurs changements sociaux dont un des plus important fut sans doute l'épanouissement de la cause féminine !

Le rôle des femmes change

Saviez-vous que, d'une certaine façon, Winston Churchill, premier ministre de l'Angleterre lors de la Seconde Guerre mondiale, a déclenché une vague de féminisme au Canada ?

Churchill, qui avait besoin de plus en plus de combattants pour défendre l'Europe de la menace allemande a demandé à William Lyon Mackenzie King, alors premier ministre du Canada, si notre pays ne pouvait pas fournir plus d'hommes pour le front. Quand Mackenzie lui répondit que tous les hommes étaient déjà soit au combat ou dans les usines, Churchill s'écria : What about your women !? Que faites-vous de vos femmes ?

C'est alors que l'engrenage s'est mis à tourner.

En plus du ministère des Munitions et des Approvisionnements, existant déjà depuis 1940, le gouvernement instaure en mars 1942 le service national sélectif dont le but officiel est de mobiliser et de contrôler la main d'œuvre au pays. Mais son but véritable était de recruter des femmes de 20 à 24 ans d'âge pour le travail en usine ou pour les tâches qu'on appelait emplois civils essentiels, c'est-à-dire l'agriculture, les communications et la transformation des aliments.

Les Canadiennes ont donc joué un rôle capital pendant la Seconde Guerre mondiale.

Alors que les hommes se battaient au front, elles ont travaillé dans tous les secteurs de l'économie et tous les domaines du service national, mais c'est dans le secteur manufacturier et celui des emplois de bureau qu'elles étaient les plus nombreuses.

Elles ont travaillé comme cuisinières, serveuses et diététiciennes; comme soudeuses de chantiers navals et comme architectes; comme commises et dactylos, comme ouvrières de munitions et infirmières de la Croix Rouge; comme bûcheronnes, éleveuses et économistes; comme artistes de spectacles, journalistes et décrypteuses; comme monteuses d'avions, conductrices de camions et ingénieurs d'aéronautique.

Certaines d'entre elles ont même choisi de remplir des fonctions sans rémunération comme abriter des réfugiés, préparer des colis et des lettres pour les prisonniers de guerre ou les soldats au front, fabriquer des bandages et de la literie pour les hospitalisés, récupérer des matériaux réutilisables, participer à la promotion et l'achat des bonds de la victoire et, bien sûr, par-dessus tout, s'occuper de leur famille seule et ce malgré les pénuries !

Il est difficile de trouver des chiffres exacts sur la participation des femmes au front intérieur puisque bien des documents historiques se contredisent à ce sujet. Cependant, il est raisonnable d'avancer qu'à la fin de la guerre en 1945, environ 750 000 femmes travaillaient dans l'industrie de guerre du Canada, 760 000 dans les exploitations agricoles du pays et quelques 400 000 autres dans des emplois civils essentiels.

Et, malgré l'opposition de certains hommes, qui craignaient qu'elles soient moins productives qu'eux, elles se sont rapidement avérées plus constantes, plus appliquées et plus minutieuses dans leur travail.

Malheureusement, la majorité de ces femmes, qui avaient été des travailleuses prospères et indépendantes pendant la guerre, durent céder leurs postes au retour des militaires. La transition fut difficile.

Les pressions sociales exercées pour qu'elles vivent une vie assujettie à la création du foyer parfait et de la famille parfaite (idéal d'après guerre des années cinquante) se sont avérées insupportables pour nombre d'entre elles.

Bien que nous ayons eu à attendre la deuxième moitié des années soixante (1966) pour que le taux d'embauche des femmes atteigne à nouveau un niveau comparable à celui de 1945, l'effort de guerre des femmes a eu un effet durable sur le développement social du Canada, c'est-à-dire leur intégration progressive à des professions et des métiers jusque là réservés aux hommes.

En fait, la Seconde Guerre mondiale a éradiqué une réalité de la société canadienne d'avant 1939 : l'idée bien enracinée que les femmes étaient et devaient demeurer des « citoyennes de deuxième ordre »*.

*Notez bien : Certains passages de ce texte sont repris presque mot pour mot d'un livre de Lisa Banister intitulé À la hauteur du défi. Cette compilation d'expériences de guerre féminines est un excellent supplément aux vignettes des femmes de cette page Web. De plus, comme nous ne pouvions faire le tour complet de l'effort de guerre civil au Canada, nous espérons que vous ferez bon usage de la bibliographie et des hyperliens suggérés ci-bas.

Information complémentaire :

Plusieurs des photos utilisées dans le cadre de ce projet proviennent gracieusement de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Explorez vous-même leur banque de photos.

Bibliographie

  • Banister, Lisa. À la hauteur du défi : un recueil d'expériences vécues par les femmes au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Ottawa : Défense nationale, 2001.
  • Bruce, Jean. Back the attack! : Canadian women during the Second World War, at home and abroad. Toronto : Macmillan of Canada, 1985. Ou en français sur CD ROM
  • Bruce, Jean. Jusqu'au bout : les Canadiennes et la Deuxième Guerre mondiale. Hull, Québec : Musée canadien des civilisations, 1995.
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