S'est enrôlée
1981
La caporale-chef (à la retraite) Roxanne Coutts et son caporal étaient en route pour livrer des missiles sur la ligne de vol de F-18 lorsqu’une alerte s’est déclenchée à Doha, au Qatar.
C’était au début des années 1990, et le sifflement étrangement familier annonçait l’arrivée possible d’un missile Scud ou d’une attaque chimique. Ils ont donc abandonné leur camion (auquel la remorque était encore attachée) et ont couru se mettre à l’abri dans un bâtiment abandonné.
Plusieurs avions militaires étaient stationnés sur le tarmac à proximité, attendant leur cargaison. Pendant qu’elle et son caporal se mettait à l’abri, Roxanne a réalisé que la radio du camion constituait leur seule source d’information, et qu’ils n’avaient désormais plus aucun moyen de savoir quand le danger serait écarté.
L’un d’eux devait quitter l’abri et prendre le risque d’aller récupérer le véhicule. « J’allais le faire, se souvient-elle, mais mon caporal a dit : Non, c’est moi le caporal, tu me donnes, à moi, l’ordre d’y aller. »
Elle lui a expliqué qu’elle n’avait jamais aimé tirer profit de son grade.
« Je ne te demanderai pas de faire quelque chose que je ne ferais pas moi-même, se souvient-elle lui avoir dit. Tu as une jeune famille. Moi, non. »
Le caporal a insisté. Il a parcouru la quinzaine de mètres qui les séparaient du véhicule, a détaché la remorque et a ramené le véhicule à leur abri afin qu’ils puissent communiquer par radio avec leur sergent.
Leur échange, bref mais important, reflète bien la réalité de la guerre du Golfe pour les militaires canadiens : une guerre marquée par le danger, les responsabilités et les décisions prises sous haute pression.
Il s’agit là d’une des nombreuses décisions difficiles que Roxanne a dû prendre au cours d’une carrière militaire de près de 24 ans au sein de l’Aviation royale canadienne (ARC).
Au-delà de la vie dans une petite ville
Roxanne a grandi à Neil’s Harbour, un petit village de pêcheurs situé sur la piste Cabot, au Cap-Breton. Elle avait 19 ans lorsqu’elle s’est enrôlée dans les Forces armées canadiennes en 1981.
« Je voulais partir d’ici, dit-elle en riant. Je ne voulais pas épouser un pêcheur. »
Elle a suivi son instruction de base à la Base des Forces canadiennes (BFC) Cornwallis, en Nouvelle-Écosse, puis sa formation professionnelle à la BFC Borden. Elle a commencé sa carrière comme technicienne en systèmes d’armement, avant de se spécialiser dans les systèmes d’armement aérien. Lors de la fusion des corps de métiers la Force aérienne, elle est devenue technicienne en aéronautique.
C’était un travail physique et technique.
Au fil des ans, elle a effectué des missions temporaires en Islande, en Floride et en Grèce, où elle a contribué à former le personnel de la force aérienne grecque à l’utilisation de missiles AIM-9 Sidewinder achetés du Canada. Elle s’est forgé une réputation de soldate fiable et compétente. Sa fiabilité et son expertise ont joué un rôle important lors de son affectation à Cold Lake, en Alberta, à l’atelier des missiles. La 4e Escadre Cold Lake est la base de chasseurs la plus importante au Canada et abrite les escadrons de chasseurs CF-18 Hornet. L'atelier des missiles fait partie de la fonction de soutien aux armes/à l'armement d’aéronef.
Roxanne faisait partie d’une équipe qui veillait à ce que les CF-18 et les autres aéronefs soient armés, sûrs et prêts pour les opérations militaires en assemblant, en entretenant et en inspectant les armes, ainsi qu’en chargeant et en déchargeant les missiles, les bombes et les munitions des avions à réaction sur la ligne de vol.
La guerre du Golfe
En décembre 1990, elle a été envoyée à Doha, au Qatar, dans le cadre de la contribution du Canada à la guerre du Golfe. Elle y a occupé le poste de superviseure des missiles sur la base aérienne, chargée de la réception d’imposants conteneurs métalliques remplis de munitions réelles.
Dans le cadre de son travail, elle soulevait de lourdes charges pour préparer les missiles au vol : elle fixait les ailerons et les ailes et s’assurait que tout était opérationnel et sûr.
« Je n’avais pas besoin d’aller à la salle de sport et de soulever des haltères. Je soulevais des missiles », dit-elle.
« Il fallait trois personnes pour soulever un missile AIM-9 Sidewinder. Pour l’AIM-7 Sparrow, nous devions utiliser un cric. »
L’atmosphère était tendue et imprévisible, la menace constante d’une attaque chimique ou d’un missile Scud étant toujours présente à l’esprit.
« Nous étions toujours à plein régime, dit-elle. C’était parfois effrayant. »
Lorsque la guerre a officiellement commencé en 1991 et que la base est passée en état d’alerte renforcée, le stress a augmenté.
« Si vous entendiez une sirène, vous saviez que quelque chose se préparait. Vous vous mettiez à couvert et vous mettiez votre masque. »
Roxanne Coutts et ses camarades soldats ont été entraînés à enfiler leurs masques à gaz en moins de neuf secondes. Une fois équipés, ils s’examinaient mutuellement avec soin, vérifiant que le velcro était bien fermé, que les attaches étaient correctement positionnées et que tout était en place.
« Nous ne voulions perdre personne. »
Prendre soin les uns des autres
Malgré la peur, elle se souvient du profond sentiment de solidarité qui régnait parmi les personnes qui ont été envoyées en mission lors de la guerre du Golfe.
« On était préparés à ça, dit-elle. Et on n’était jamais seul. On veillait tous les uns sur les autres. »
Il n’y n’avait guère le temps de s’attarder au danger. Les jours se confondaient dans un cycle de travail et de sommeil. Lorsqu’elle avait un moment de répit, elle jouait à Tetris sur une console Game Boy que son mari lui avait envoyée par la poste dans le désert.
Elle y jouait si souvent qu’un autre soldat a peint son portrait la représentant tenant la console sur le mur du ponceau en béton qui leur servait d’abri de fortune contre les attaques chimiques.
Durant leurs temps libres, certains aimaient aller au centre-ville de Doha, mais elle ne s’y sentait pas à l’aise, car les habitants n’étaient pas aimables, surtout envers les femmes.
« Les hommes nous sifflaient et nous crachaient dessus. Je me retournais, les fusillais du regard et leur envoyais du sable à coups de pied. »
En 1989, les Forces armées canadiennes ont commencé à nommer des femmes à des rôles de combat. Roxanne et d’autres femmes ayant participé à la guerre du Golfe font donc partie des premières femmes autorisées à être exposées au même niveau de risque et de danger que les hommes.
« Je savais, en m’enrôlant, qu’il était possible que je sois envoyée au front. Nous étions les premières femmes à combattre – de toute l’histoire, explique-t-elle. C’était un jalon vraiment important. »
Elle écrivait à son mari des lettres dans lesquelles elle avouait avoir peur, mais ses lettres à sa mère avaient un ton différent, plus rassurant.
« Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter, que nous étions en sécurité. »
Lorsque la guerre s’est terminée en février 1991, les militaires ont commencé à rentrer chez eux au Canada par groupes.
Le 9 mars, son groupe a été accueilli sur le tarmac de l’aéroport d’Ottawa par un comité de bienvenue. Puis, lors du vol de retour d’Edmonton à Cold Lake, le groupe a été accueilli avec des pancartes, des fleurs, des accolades et des acclamations.
« C’était génial, se rappelle-t-elle. Je suis contente d’être allée là‑bas, car j’ai enfin pu mettre en pratique ma formation. J’ai réalisé que j’étais vraiment une soldate après tout. »
La vie après le service
En 2005, Roxanne a pris sa retraite après près de 24 ans de service, déclarant qu’elle « en avait assez ».
Elle a ensuite travaillé à temps partiel comme maîtresse de poste pour Postes Canada. Elle et son mari (lui aussi vétéran des Forces armées canadiennes, rencontré à la BFC Greenwood) ont racheté la maison de son enfance, surplombant l’océan Atlantique, dans cette petite communauté qu’elle avait hâte de quitter, adolescente.
Ses années de service lui ont laissé des blessures physiques et psychologiques. Il lui arrive d’avoir des flashbacks de la guerre du Golfe. Par exemple, lorsqu’elle est allée en vacances à Cuba, les odeurs l’ont immédiatement ramenée à Doha : « C’était une odeur sale et nauséabonde, dans cette chaleur, j’ai paniqué », dit-elle.
Elle soutient toutefois que les services d’Anciens Combattants l’ont aidée à traverser les périodes difficiles en lui faisant connaître des programmes comme la physiothérapie, le counseling, les soins des pieds et les prestations d’invalidité.
Roxanne est reconnaissante du soutien qu’elle a reçu d’Anciens Combattants Canada et se joindra à notre délégation pour les cérémonies du 35e anniversaire de la guerre du Golfe qui auront lieu à Halifax en février, un événement qu’elle attend avec impatience.
Avec courage, intégrité et loyauté, Roxanne Coutts laisse sa marque. Elle est une vétérane des Forces armées canadiennes Découvrez d’autres histoires.
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