Enrôlement
1989
Affectations
- 1989-1993 – 1er Groupe de patrouille des Rangers canadiens – Pond Inlet (Nunavut)
- Depuis 2000 – 1er Groupe de patrouille des Rangers canadiens – Iqaluit (Nunavut)
Vivre dans le Nord
Solomon Awa est né en 1959, près du hameau d’Igloolik, au Nunavut. En tant qu’Inuit, il a passé une grande partie de son enfance à vivre sur le territoire avec ses parents et ses grands-parents. Il a acquis des compétences traditionnelles de survie, notamment la chasse, l’interprétation des conditions météorologiques et la capacité à supporter le froid extrême.
Il a quitté l’école à l’adolescence pour travailler comme ouvrier dans une société pétrolière, où il a appris l’anglais principalement au travail. Cependant, les déplacements constants ont fini par lui peser.
« Je gagnais très bien ma vie, mais les déplacements en avion étaient épuisants. »
Les déplacements constants sont devenus insupportables pour M. Awa, qui a donc décidé de s’établir à Pond Inlet, où il a occupé plusieurs rôles, notamment ceux de secrétaire d’une association de logement et de coordonnateur des loisirs municipaux. Cependant, il cherchait quelque chose qui correspondait mieux à son mode de vie.
C’est alors qu’il a découvert l’existence des Rangers canadiens.
Il a été inspiré par leurs tâches, qui consistaient notamment à chasser, et à parcourir et à explorer le territoire, des activités qu’il pratiquait déjà en tant qu’Inuit. Il avait également fait partie des scouts lorsqu’il était enfant, ce qui a contribué à développer ses valeurs de discipline et de service. Lorsqu’il a découvert ce que les Rangers avaient à offrir, il a su ce qu’il devait faire.
« Cela m’a donné l’idée de m’enrôler, et c’est ce que j’ai fait. »
Son métier de Ranger
M. Awa s’est joint aux Rangers canadiens en 1989, à l’âge de 30 ans, et a commencé son service à Pond Inlet en tant que membre du 1er Groupe de patrouille des Rangers canadiens. Il est par la suite allé s’établir à Iqaluit et a repris ses fonctions en 2000, après une interruption de sept ans durant laquelle il a travaillé pour un organisme inuit sans but lucratif.
En tant que Ranger, il effectue des patrouilles terrestres, et participe à des exercices d’entraînement et à l’entretien de l’armement. Il prend également part, avec ses camarades Rangers, à des cérémonies commémoratives en l’honneur des vétérans et vétéranes, notamment au défilé annuel du jour du Souvenir. Son groupe se réunit tous les mois. Ils discutent de ce qu’ils ont observé et appris sur le territoire.
Les Rangers sont les yeux et les oreilles des régions reculées et isolées du Canada, où ils surveillent leur environnement.
« Nous restons toujours vigilants lorsque nous sommes sur le territoire. Nous rendons compte de toutes nos observations. »
Au cours de ses patrouilles, M. Awa a vécu de nombreuses expériences mémorables. Un jour, il a découvert une caméra de surveillance de la faune qui avait été installée par une société minière pour surveiller les lieux. Lorsqu’il a visionné les images, il a vu les yeux d’un animal qui fixaient la caméra.
Il a également participé à des opérations de sauvetage visant à retrouver des personnes qui s’étaient égarées dans la région, où il a travaillé aux côtés d’autres Rangers afin d’aménager une piste d’atterrissage de fortune pour les avions en utilisant les phares de leurs motoneiges. Parfois, son groupe doit faire preuve d’ingéniosité.
« J’ai déjà disposé des jerricanes sur la banquise pour permettre aux avions de repérer la piste d’atterrissage aménagée par les Rangers. »
Enseigner aux autres
L’un des aspects les plus gratifiants du service accompli par M. Awa consiste à enseigner aux autres comment survivre dans le Nord.
Chaque hiver, il travaille et s’entraîne avec des membres des Forces armées canadiennes et des Rangers. Il leur montre comment construire des igloos et d’autres abris. Ils apprennent également à s’orienter dans la toundra et à prédire les tendances météorologiques.
Il tire une grande fierté d’enseigner aux autres les compétences issues de son héritage.
« Nous voulons leur enseigner ces techniques. Nous voulons leur montrer ce qu’il faut faire pendant les journées glaciales pour pouvoir survivre. Si nous leur enseignons bien, ils feront bien leur travail. »
Son enseignement va au-delà des compétences pratiques. Il insiste sur l’importance de la patience, de l’observation et de l’apprentissage par la pratique. Il rappelle à ses élèves que leur travail implique de nombreux essais et erreurs, et que se tromper fait partie du processus.
« C’est la bonne façon de procéder, car si l’on fait une erreur, on sait que la prochaine fois, on pourra faire mieux. »
Devenir maire d’Iqaluit
En 2019, après avoir occupé pendant près de deux décennies divers postes gouvernementaux tout en exerçant ses fonctions de Ranger, M. Awa a décidé de se présenter comme conseiller aux élections municipales d’Iqaluit et a été élu.
Puis, en 2021, il a été nommé adjoint au maire après que l’adjoint précédent a été élu à l’Assemblée législative. Plus tard la même année, il a eu l’occasion d’assumer les fonctions de maire par intérim.
À l’approche des élections suivantes, en 2023, M. Awa avait initialement prévu de se présenter de nouveau comme conseiller municipal. Encouragé par des membres de la collectivité, il a finalement décidé de briguer le poste de maire. Le résultat ne faisait aucun doute.
« Lorsque les résultats des élections ont été annoncés, le journal a parlé d’une victoire remportée haut la main. »
Aujourd’hui maire à temps plein d’Iqaluit, M. Awa travaille d’arrache-pied pour répondre aux besoins de ses concitoyens. Il s’investit à la fois dans son service au sein des Rangers et dans l’amélioration du bien-être de sa collectivité.
Aucun projet de retraite
Contrairement à la plupart des membres des Forces armées canadiennes, les Rangers peuvent généralement prolonger leur service tant qu’ils sont physiquement aptes à remplir leurs fonctions.
À 66 ans, M. Awa n’a pas l’intention de prendre sa retraite en tant que Ranger. Il compte également se présenter à nouveau à la mairie d’Iqaluit l’année prochaine. Il attribue sa résilience et son dévouement au service à son héritage inuit.
« Nous voulons aller jusqu’au bout, car c’est notre survie, en tant qu’Inuits, qui nous en donne la force. Il faut continuer si l’on veut survivre. »
M. Awa est également inspiré par un collègue Ranger et aîné inuit avec lequel il a travaillé, qui a continué à servir activement jusqu’à plus de 80 ans. À son décès, les Rangers ont organisé des funérailles en uniforme complet pour honorer son engagement de toute une vie au service de son pays.
Cet exemple continue à guider M. Awa aujourd’hui.
« J’aimerais faire de même, si je peux suivre son exemple. »
Soutenir les Autochtones canadiens
Au fil des ans, M. Awa a constaté une reconnaissance croissante à l’égard des contributions et des sacrifices des soldats et vétérans autochtones qui ont servi pour protéger le Canada.
Il espère continuer à faire entendre la voix des Inuits, en exhortant les Canadiens et Canadiennes à reconnaître et à ne pas oublier que les Inuits constituent une partie importante du pays.
« Nous avons notre propre langue. Nous avons notre propre mode de vie. Nous possédons nos propres connaissances traditionnelles. Les gens doivent donc savoir que les Inuits sont bien présents sur le territoire… et que nous avons besoin de respect. »
Il encourage les autres Autochtones canadiens à envisager de se joindre aux Forces armées canadiennes en tant que Rangers, et souligne qu’ils auront ainsi l’occasion d’apprendre non seulement en tant que militaires, mais aussi en tant qu’Autochtones attachés à leur culture et à leur terre.
« Je suis fier de faire partie des Rangers, car je peux ainsi servir le Canada tout en servant les Inuits du Nunavut. »
Avec courage, intégrité et loyauté, Solomon Awa a laissé son empreinte. Il fait partie de nos vétérans canadiens. Découvrez d’autres histoires.
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