Tania Pendergast

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Enrôlement

1993

Affectations

  • Halifax
  • Shilo
  • Wainwright
  • Edmonton
  • Ottawa
  • Kingston

Médailles

  • CD

Tania Pendergast

Cornwall (Île-du-Prince-Édouard)

La façon dont une vétérane a redéfini la notion de réussite

Faites la connaissance de Tania Pendergast

Tania Pendergast est assise à un bureau baigné de soleil dans son atelier d’artiste. Elle trempe la plume de son porte-plume dans un encrier et commence à calligraphier une citation avec élégance.

Autour d’elle se trouvent de la peinture, des stylos, du papier coloré et des phrases inspirantes épinglées aux murs. Des ouvrages de tricot à moitié terminés attendent patiemment dans des paniers posés à proximité.

« Trouvez un endroit où règne la joie, et cette joie dissipera la douleur », peut-on lire dans une citation de Joseph Campbell, professeur de mythologie comparée.

Dans ce calme ensoleillé, il est difficile d’imaginer son ancienne vie. Pendant deux décennies, elle a dirigé des organisations complexes, géré des systèmes de communications militaires, des budgets et du personnel, et supervisé plus de 250 élèves-officiers au Collège militaire royal du Canada.

La ténacité, un indicateur de réussite

Une jeune femme blonde en robe noire sourit pour une photo alors qu’elle reçoit un certificat des mains d’un homme plus âgé en uniforme militaire blanc.

Tania Pendergast lors de son admission au Collège militaire royal en juin 1993.

Pendant une grande partie de sa vie, Tania Pendergast a mesuré sa réussite à l’aune de ce qu’elle était capable d’endurer et d’accomplir.

Aujourd’hui, elle considère la paix intérieure et la créativité comme une nouvelle définition de la réussite.

Légende – Tania Pendergast lors de son admission au Collège militaire royal en juin 1993.

Sa transition d’officière militaire à artiste a été bien plus qu’un simple changement de carrière. Ce fut un processus lent et souvent douloureux. En cours de route, elle a découvert que la guérison mérite autant de respect que la réussite.

Avant même de vraiment comprendre en quoi consistait un état de stress post-traumatique (ESPT), elle était déjà devenue très douée dans l’art de poursuivre sa vie.

Tout a commencé lorsqu’elle s’est inscrite au Collège militaire royal alors que son père (qui était lui aussi un vétéran) était en train de mourir d’un cancer du poumon.

« Je pense que cela m’a amenée à prendre des décisions de vie très différentes. Au départ, j’avais des aspirations dans le domaine médical ou dans un domaine plus créatif, peut-être l’architecture ou autre chose. Mais je savais que mon père avait vraiment aimé sa carrière, les défis à relever, les fonctions qu’il avait occupées, les endroits où il s’était rendu », se souvient-elle.

« Cela m’a inspirée. »

Son père est décédé lorsqu’elle étudiait en première année du programme de génie électrique au CMR, une voie qui allait la mener à devenir officière des transmissions de l’Armée. Elle a malgré tout pu mettre son chagrin de côté, répondre aux exigences élevées du cursus et obtenir son diplôme d’ingénieure.

Des responsabilités croissantes

Une femme se tient debout, souriante, pour un portrait officiel de fin d’études militaires.

Tania Pendergast lors de sa remise des diplômes au CMR au printemps 1997.

Sa première affectation a été au Quartier général du Secteur de l’Atlantique de la Force terrestre à Halifax. En tant que lieutenante, elle était chargée de l’acquisition de l’ensemble du matériel informatique pour les provinces de l’Atlantique.

Elle a ensuite été affectée à Shilo, au Manitoba, ce qui lui a permis de se rapprocher de son mari. Elle a occupé pendant deux ans les fonctions d’officière du système d’information de la base et de commandante adjointe.

Après Shilo, elle et son mari ont tous les deux été affectés à Wainwright, en Alberta, où elle a pris la tête du Détachement du 742e Escadron des transmissions.

« Ce poste m’offrait beaucoup plus d’autonomie et de responsabilités. J’avais sous mes ordres du personnel civil, ainsi que l’ensemble du personnel des transmissions, et j’étais chargée du réseau téléphonique et informatique de la base, des installations de câblage de la base et de la zone d’entraînement, du bureau de service, ainsi que de la gestion du budget du détachement », explique-t-elle.

Après Wainwright, elle a été affectée au Quartier général du 73e/74e Groupe des communications à Edmonton, en Alberta, pour y travailler avec la Réserve des transmissions, dont les unités s’étendent de Thunder Bay à l’Alberta. Au cours de cette affectation, elle a été promue au grade de commandante et est devenue cheffe d’état-major.

Une maîtrise en modélisation et simulation

Elle a ensuite achevé une maîtrise en modélisation et simulation d’une durée de deux ans à l’Université Carleton, à Ottawa. Son unité de parrainage était le Centre de guerre des Forces canadiennes, où elle a travaillé après l’obtention de son diplôme. Elle était enceinte de son deuxième enfant lorsqu’elle a quitté le Centre de guerre.

Sa dernière affectation l’a conduite au Collège militaire royal de Kingston, en Ontario, en tant que commandante de division, où elle a contribué à former la prochaine génération d’officiers.

« La boucle était bouclée, dit-elle. J’ai vraiment aimé découvrir comment ça fonctionne à l’interne; les étudiants n’ont pas l’occasion de voir ce qui se passe en coulisses. »

Lors de cette affectation, un décès par suicide est survenu. Cet événement a été traumatisant pour l’ensemble de la communauté. Au cours de la période difficile qui a suivi, elle a apporté son soutien à la famille ainsi qu’aux quatre escadrons relevant de sa division.

La situation l’a profondément affectée, mais elle n’a pas eu le temps de s’effondrer.

« Cela a eu un impact énorme sur les étudiants et sur le personnel. C’est un événement traumatisant qui s’est prolongé, et je m’inquiétais pour le bien-être des cadets de ma division et de l’Escadre des élèves-officiers; je m’inquiétais pour mon personnel », affirme-t-elle.

À la suite de ce décès tragique, le personnel et les étudiants ont assisté à des séances d’information sur les blessures de stress opérationnel et la prévention du suicide. Les aumôniers ont été sollicités pour apporter un soutien continu.

« Nous avons tous traversé une période difficile. J’aurais pu occuper ensuite des postes très intéressants, mais je pense que cet événement m’avait profondément bouleversée. »

Elle a ressenti le poids psychologique de cette perte longtemps après avoir quitté le terrain de parade.

Une histoire marquée par le leadership

Lorsqu’elle a pris sa première retraite en 2013, elle a trouvé un emploi stimulant sur le plan intellectuel qui lui permettait de mettre à profit son expérience en leadership ainsi que sa maîtrise.

Cependant, seulement neuf mois après avoir commencé ce nouvel emploi, elle a été submergée par la douleur et la dépression. Elle avait de la difficulté à se concentrer et à accomplir des tâches simples, ce qui l’a amenée à prendre un congé de maladie.

Après avoir reçu du soutien d’un psychiatre, d’un ergothérapeute, ainsi que dans le cadre de thérapies de groupe et d’art-thérapie, elle s’est lancé le défi de faire preuve de créativité chaque jour pendant un an.

Au printemps 2015, elle et son mari ont déménagé à l’Île-du-Prince-Édouard afin de se rapprocher de la famille de celui-ci.

« J’ai dû reconstituer toute mon équipe de soins de santé à partir de zéro. J’avais beaucoup de difficulté à composer avec une humeur dépressive, la douleur et l’épuisement. Il était très difficile d’avoir le sentiment que ma vie avait un sens. »

« C’est grâce à mon travail avec une art-thérapeute et à cette année consacrée à la créativité que j’ai commencé à envisager l’ouverture d’une petite entreprise fondée sur mon art. J’ai toujours aimé collectionner les belles paroles, notant dans des cahiers les citations qui m’inspiraient depuis mes années de secondaire », explique-t-elle.

« J’ai commencé à réaliser à la main des citations porteuses d’espoir et d’inspiration. Je les ai partagées sur Instagram, où j’ai tissé des liens avec une merveilleuse communauté de créateurs. J’ai ensuite découvert la calligraphie moderne et m’y suis consacrée, car elle constituait un moyen encore plus efficace de donner vie à mes citations. »

Elle a finalement combiné sa passion pour les citations, la calligraphie et l’illustration à l’aquarelle dans ses propres créations. Encouragée par sa famille et ses amis, elle a ouvert une boutique Etsy en 2016, où elle proposait des œuvres originales, des reproductions, des cartes de souhaits et bien plus encore. Elle a également commencé à vendre ses créations dans des marchés Etsy locaux et diverses boutiques.

« Je n’ai pas quitté l’armée avec l’ambition de devenir entrepreneure », affirme Mme Pendergast.

« Mon objectif était d’explorer les possibilités qu’offraient ma maîtrise et les compétences acquises dans les Forces armées. Lorsque mon état de santé m’a forcée à quitter brusquement mon premier emploi civil après ma retraite, j’ai eu beaucoup de mal à trouver un nouveau sens à ma vie, à comprendre ce qui m’arrivait sur le plan de la santé et à trouver la motivation de me lever chaque matin. »

Ses activités créatives lui ont permis de travailler à son propre rythme tout en prenant soin de sa santé physique et mentale.

« J’avais un objectif et un sentiment d’utilité qui me motivaient. Cette période n’a pas été exempte de difficultés importantes, mais elle a aussi été extrêmement enrichissante. J’étais reconnaissante de pouvoir faire partie d’une communauté de créateurs et stimulée par les occasions de réaliser des œuvres personnalisées pour des mariages, des membres de ma famille, des amis ainsi que de nouveaux clients d’ici et d’ailleurs. »

Elle a notamment été embauchée pour créer des œuvres personnalisées pour CBC East Coast. Des années se sont écoulées avant qu’elle ne reçoive finalement un diagnostic d’état de stress post-traumatique lié à son service militaire. À ce moment-là, elle avait acquis une meilleure compréhension de ses besoins pour préserver sa santé et son bien-être.

« Ne pas tenir compte de la douleur, ne pas demander d’aide… ce ne sont pas de bonnes habitudes à prendre. L’idée que la douleur est un signe de faiblesse… il faut s’éloigner de cette manière de penser. Et comme je suis atteinte d’un ESPT, je souffre de douleurs chroniques (liées à la fibromyalgie et à l’arthrite) et de dépression… », ajoute-t-elle.

« Je crois que ces problèmes sont attribuables à cet événement traumatisant, mais aussi au service militaire et au fait de faire face à des situations où l’on est peut-être poussée au-delà de nos limites. Mais on serre les dents. On ne veut pas être perçue comme faible. On ne veut pas être considérée comme “inférieure”. On veut être vue comme un membre à part entière de l’équipe. »

« C’est tellement important de parler à ses pairs, de ne pas cacher ses difficultés. Je pense que le système militaire est imprégné de cette volonté de ne pas montrer de faiblesse et de cette crainte que cela ait un impact sur notre carrière », confie-t-elle.

« On peut craindre que cela ait un impact sur nos perspectives d’avenir, sur nos possibilités. Je pense que le climat est peut-être plus sain aujourd’hui. Mais il n’y a aucun intérêt à persévérer au détriment de sa santé. Cela raccourcit la carrière, réduit l’espérance de vie et nous laisse au final avec des problèmes de santé chroniques. »

Tout au long de sa carrière, Mme Pendergast était celle vers qui l’on se tournait pour résoudre des problèmes complexes. Il lui a été difficile d’accepter qu’elle n’avait plus la capacité mentale ou émotionnelle nécessaire pour s’orienter dans les systèmes complexes mis en place pour soutenir les vétérans comme elle. Elle a eu du mal à trouver des services, à remplir les formalités administratives et à défendre ses propres intérêts.

« Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. »

Son diagnostic d’ESPT l’a aidée à accéder aux programmes et aux services offerts par Anciens Combattants Canada.

Un talent créatif

La guérison n’est pas passée par une nouvelle promotion ou un projet ambitieux. Elle est survenue après que son ergothérapeute l’a encouragée à explorer sa créativité.

« Elle m’a encouragée à m’investir dans cette voie, ce qui m’a beaucoup aidée. Elle m’a mise en relation avec un art-thérapeute, ce qui a été un processus vraiment intéressant et une source de réconfort qui m’a empêchée de ruminer ou de concentrer mon attention sur la douleur. »

Tania a commencé par calligraphier des citations à la main. Puis, elle s’est mise à illustrer des bordures à l’aquarelle, pour ensuite explorer la reliure, puis le tricot. Toutes ces activités créatives exigeaient de faire preuve de patience plutôt que d’agir dans l’urgence.

Elle a ouvert une boutique en ligne pour y vendre des œuvres d’art originales, des reproductions, des cartes, des autocollants, des tasses et des débardeurs. Elle a participé à des marchés d’artisans et a proposé ses créations à des boutiques locales.

Une femme sourit en tenant une pièce de tricot bleu. Elle porte des lunettes, un foulard rose et une blouse en lin à motif floral.

Tania Pendergast présente un ouvrage en tricot torsadé qu’elle a créé pour le bulletin en ligne « All In » de la CBC East Coast. Une photographie de cet ouvrage a été utilisée comme en-tête pour un numéro du bulletin en avril 2024. Elle représente une vue plongeante d’une vague qui s’éloigne du rivage.

Créer à la main quelque chose de beau est devenu pour elle un moyen de renouer avec elle-même.

« Dans l’armée, les critères de réussite sont très extérieurs : le grade, les formations professionnelles, les affectations. Définir pour moi-même ce qui constitue une réussite a donc été tout un processus, car j’avais l’impression d’avoir échoué lorsque mon emploi civil a pris fin de manière si abrupte. J’ai commencé ma carrière créative avec la ferme conviction que je devais absolument réussir dans ce domaine », dit-elle.

Elle ne se sent plus obligée de transformer chaque centre d’intérêt en une nouvelle réussite ou en un autre indicateur de succès.

« Je considère mes activités créatives comme ma propre forme de méditation. Lorsque je suis plongée dans un élan créatif, cela peut m’aider à atténuer ma douleur et à empêcher les pensées répétitives de prendre le dessus. Même si ma vie après la retraite n’a pas suivi le parcours que j’avais imaginé et que mon état de santé n’était pas celui auquel je m’attendais, j’ai trouvé de la joie et un profond sentiment d’accomplissement en bâtissant, à mon propre rythme, une petite entreprise fondée sur l’art. »

Aujourd’hui, elle fait preuve envers elle-même de la même empathie qu’elle a passé toute sa vie à témoigner aux autres.

« Comment est-ce que je définis la réussite aujourd’hui? Il s’agit davantage de découvrir qui je suis en tant que personne. Et la réussite, c’est aussi faire preuve de bienveillance envers moi-même, ne pas m’attendre à être extraordinaire tout le temps ni à fonctionner à plein régime en permanence », dit-elle.

« Je fais des choses pour prendre soin de ma santé mentale et physique. Je ne cherche pas à réussir à tout prix. Il s’agit plutôt d’être simplement un être humain qui fait preuve de patience envers lui-même et qui essaie de tisser des liens avec d’autres personnes qui ont des intérêts communs. Pour moi, c’est ça, la réussite. »

Tania Pendergast laisse son empreinte. Elle est une vétérane des Forces armées canadiennes. Découvrez d’autres histoires.

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