Description
Le calligraphe Richard Draffin partage ses expériences personnelles et sa passion pour son implication artistique dans son travail avec les Livres du Souvenir. Il parle des techniques utilisées dans la préservation des noms de tous les Canadiens et Canadiennes tombés au combat.
Transcription
L’histoire des Livres du Souvenir a commencé après la Première Guerre mondiale,
lorsque le gouvernement canadien prit la décision de commémorer
la mémoire des Canadiens qui ont perdu la vie. Je crois que l’idée originale était de graver les noms des décédés de guerre à même les murs de la Chapelle du Souvenir,
mais lorsqu’il devint évident que le nombre de décédés était si important, il fallut modifier l’idée de départ, et c’est ainsi que le livre a été la méthode choisie pour commémorer les victimes en inscrivant leurs noms.
Il y a aussi un Livre du Souvenir de la Seconde Guerre mondiale, un Livre de la guerre de Corée, un Livre de la Marine marchande,
un Livre de Terre-Neuve, ainsi qu’un Livre pour la guerre d’Afrique du Sud. Enfin, le dernier Livre qui a été créé au cours des dernières années, le septième Livre du Souvenir,
commémore ceux et celles qui sont décédés Au Service de la Paix. C’est dans ce Livre où sont inscrits les militaires qui sont décédés en Afghanistan.
Les Livres du Souvenir sont tout simplement magnifiques.
Quiconque a l’opportunité de visiter le Parlement à Ottawa devrait passer dans la Tour de la Paix et la Chapelle du Souvenir pour admirer les Livres.
C’est important de se rappeler que le moindre petit coup de pinceau,
la moindre lettre ont été faits à la main, même la reliure a été faite à la main.
Mon Livre préféré est celui de la guerre de Corée,
car le travail réalisé par Yvonne Dyseman (ép.) est si fin et élégant.
Le Livre du Souvenir de la Première Guerre mondiale est éblouissant. En regardant la page frontispice,
vous verrez les détails et la quantité d’or, ce qui rend la page lourde à tourner.
La première page du Livre de la Première Guerre mondiale est l’une de mes préférées car au bas de celle-ci, on remarque des Canadiens venant des fermes à travers le pays qui s’en vont à la guerre.
Les Livres du Souvenir me sont très précieux en raison de ma passion pour la calligraphie ainsi que ce qu’ils représentent. Lorsque la décision d’utiliser
un Livre comme manière de rendre hommage à ces hommes et femmes a été prise, il a aussi été décidé que le livre serait calligraphié de façon traditionnelle. C’est pourquoi les noms sont inscrits sur du papier vélin, qui est en fait de la peau animale
un matériel dispendieux mais qui dure des milliers d’années, contrairement au papier ordinaire. Tout ce que nous inscrivons est de qualité d’archives.
L’or utilisé est de 23 ou 24 carats, que ce soit de l’or en coquille ou l’or en feuilles, de la même méthode utilisée depuis des centaines d’années.
En ce qui concerne l’encre, en fait ce n’est pas de l’encre, car l’encre requiert du colorant, alors que nous utilisons des pigments, ou de la gouache,
des méthodes traditionnelles d’écriture utilisées au temps des Égyptiens, quoi qu’ils utilisaient du charbon avec un mélange de miel et d’eau alors que maintenant, nous utilisons d’autres assemblages, mais en gros, les outils n’ont pas tellement changé.
En fait, un des seuls outils qui a changé est la plume, qui était autrefois utilisée, alors que maintenant nous utilisons un bec de plume en métal.
Le premier bec de plume en métal a été breveté en 1821, alors c’est tout de même une « vieille » technologie.
L’idée qui est derrière cette façon de travailler est de vouloir que ceux et celles qui auront accès au Livre dans mille ans ait la même expérience, que les lettres, l’or, les couleurs soient aussi jolies, fines et détaillées qu’au moment où elles ont été inscrites, ce qui est une autre façon de leur rendre hommage, à mon avis.
Il y a toujours des noms à corriger dans les Livres. Dans le Septième Livre du Souvenir, il y a des noms à ajouter car il y a des décès ou encore des corrections à apporter
à l’épellation des noms déjà inscrits. Il arrive que le nom soit erroné, le grade militaire soit à changer ou encore le nom du régiment, alors après vérification minutieuse, les correctifs sont apportés. C’est un travail qui contient un niveau de stress car ces livres sont des objets inestimables
et qu’il ne peuvent pas être remplacés.
Ce sont des œuvres d’art canadiennes et lorsque je me retrouve dans la même pièce que les Livres, je ressens cette responsabilité
me poussant à faire mon travail avec qualité de sorte que j’aurai le privilège de travailler de nouveau avec les Livres du Souvenir.
C’est pour moi un honneur de travailler avec les Livres du Souvenir car pour le commun des Canadiens,
la seule façon de voir les Livres c’est lorsqu’ils sont protégés par une vitre. Tandis que moi, je peux parfois être dans la même pièce que trois ou quatre Livres du Souvenir pour apporter des corrections. J’ai l’opportunité de passer du temps avec les Livres, et d’effleurer du bout des doigts l’écriture d’un autre calligraphiste ou les dessins d’un artiste.
Je peux ressentir l’encre sur le papier vélin et ça me permet de prendre contact avec le passé.
Ces liens dépassent ceux que j’ai en tant que vétéran, avec les soldats décédés, ils sont aussi envers les scribes et les artistes qui ont travaillé sur les Livres.