Entraînement collectif et décès

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Description

M. Gauthier décrit l'entraînement suivi avant le débarquement en Normandie, notamment les exercices à l'Île de Wight, en Angleterre. Il raconte aussi comment certains soldats ont été blessés et même tués durant l'entraînement.

Pierre Gauthier

M. Gauthier est né à Montréal le 4 janvier 1925 où il a passé sa jeunesse. Après le décès de sa mère, en 1938, alors qu'il est encore très jeune, son père le fait entrer pensionnaire dans un collège à Montréal. Voyant que les jeunes hommes de son âge s'enrôlent dans les Forces, il décide, en 1942, de se joindre au régiment de la Chaudière, à l'âge de 17 ans. Après un entraînement de base suivi à Saint-Jérôme, à Valcartier et à Borden, on l'envoie en Angleterre poursuivre son entraînement aux côtés des Américains et des Anglais. Il participe de façon très active au débarquement sur les plages de la Normandie, le 6 juin 1944. Par la suite, il prend part, notamment, aux batailles de Caen et de Falaise. Il est blessé en décembre 1944, après avoir combattu dans la région d'Anvers en Belgique. On le transporte en Angleterre où il passe quelques mois dans un camp qui lui permet de se rétablir. C'est là qu'il fait la connaissance de sa future femme. Comme plusieurs de ses compatriotes, il prend part à la libération de la Hollande en 1945. À son retour au Canada, il entreprend des études en génie civil, à l'Université McGill. Depuis son retour de la guerre, il participe aux activités de la Légion et de sa communauté visant à aider les démunis. Depuis plus de 58 ans, il vit à Chambly, au Québec, avec son épouse.

Transcription

On est allé sur des schemes - on appelait ça des schemes d'entraînement - qui étaient presque comme la guerre. Les schemes, c'était dur parce que les gars étaient blessés sur les schemes. Il y a eu beaucoup de morts dans les schemes en Angleterre. Il ne faut pas oublier qu'il y a beaucoup de soldats qui se sont fait tuer en entraînement. Je me rappelle, moi, une journée, on était dans un fossé qu'on avait creusé; ça avait à peu près 12 pieds carrés et à peu près 4, 5 pieds de creux, puis on se préparait à lancer des grenades, des grenades 36. Ça a 3 secondes ça, une grenade. On était 7, 8 dans cette tranchée-là puis, il y a un des gars qui a pris une grenade pour la lancer et il l'a échappée à terre. Puis, ça a fait pouffe ! Moi, je me rappelle, j'essayais de sortir de cette tranchée-là. La tranchée était... le mur était renforcé avec des cans de gaz pleines de terre et puis j'ôtais les cans de gaz, je détruisais les cans de gaz pour essayer de sortir de là. Puis le gars qui a échappé la grenade a été sérieusement blessé. Il est tombé dessus. Comme ça, je suis retourné dans le fossé pour aller le chercher, je l'ai sorti de là, moi. Je suis allé le voir à l'hôpital, le lendemain; il avait perdu son bras droit. C'était un gars aux cheveux « rouges », son nom c'était Ti-Jean Gagnon. Il a été blessé, puis il avait perdu son bras droit. Ils l'ont retourné en Angleterre. Les schemes qu'on faisait durant les deux ans avant d'aller au débarquement, c'était plutôt dangereux. Et puis souvent c'était la nuit. C'était la nuit, on se battait durant la nuit.

Interviewer : Vous aviez des exercices de débarquement aussi?

Oui, on a fait des exercices de débarquement à l'Île de Wight qu'ils appelaient, au sud de l'Angleterre. Il y avait une île là, ils appelaient ça Isle of Wight. On a fait un débarquement là. Et puis, il y a beaucoup d'Américains qui se sont faits blesser dans ce débarquement-là. Il y avait des Américains avec nous autres; ils ont mangé une claque épouvantable dans cette affaire-là. Ça, ça a été fait. C'est un débarquement qu'on a fait durant l'hiver 1944, aux mois de janvier, février 44. On est allé sur l'Isle of Wight, on se pratiquait avec les Américains et puis, il y a une vingtaine d'Américains qui se sont fait blesser puis tuer dans cet affaire-là... pour un entraînement, un entraînement. Ça, ça nous a « acclimatés » de voir des gars blessés, parce que c'est pas le fun de voir un gars blessé et qui meurt. Parce que, quand un gars meurt dans l'action, il faut l'enterrer. On les enterrait, nos gars. Mais, les Français et les Belges venaient plus tard, ils les déterraient puis ils ôtaient leurs butins, leurs uniformes, des choses comme ça. Alors, qu'est-ce qu'on a fait nous autres? Une fois, on a pris une vieille paire de bottes puis on les a mises dans la terre, les bouts sortaient, puis on a mis une carabine pour donner l'impression qu'il y avait un soldat enterré. On s'est installé avec une mitrailleuse pas loin, sur une côte, puis quand les Français se sont approchés pour déterrer notre gars, on a tiré dessus; je vous garantis qu'ils ont arrêté de faire ça. Ils ont arrêté de déterrer nos gars.

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