Souvenirs et peur

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Description

Monsieur Guertin n’a pas de mauvais souvenir de Corée, mais cela ne veut pas dire qu’il n’a pas eu peur.

Ronald Guertin

Issue d’une famille militaire, où plusieurs de ses frères ont participé à la Seconde Guerre mondiale, M. Guertin joint les forces à l’âge de dix-sept ans spécifiquement pour aller en Corée. Il est formé à Borden (Ontario) et se retrouve en Corée en 1952, suite à une traversée tumultueuse de vingt-six jours pendant laquelle il travaille à l’infirmerie du navire. En Corée, il est d’abord rattaché au poste d’évacuation sanitaire du Royal 22e Régiment où il s’occupe des premiers soins. Après quelques mois, il est muté à l’équipe chirurgicale de campagne canadienne de Séoul pour prodiguer des soins plus avancés. Après la Guerre de Corée, il revient au pays et reste dans l’armée à titre de soigneur sportif. Pendant presque quinze ans, il sert un peu partout au Canada, toujours sur des bases militaires sans médecin où il est le chef des équipes médicales. Il sert aussi en Allemagne à deux reprises avant de prendre sa retraite après trente-cinq ans de service au grade de sergent.

Transcription

Par exemple, on faisait deux tours de garde tous les jours. Ça, ça veut dire, le premier c’était de bonne heure le soir, mettons, on va dire sept heures ou huit heures, mais le deuxième était tout le temps vers le matin. Pis là ils venaient te réveiller là, pis fallait que tu ailles faire ton tour de garde. Pis le pire, tout le monde fumait dans ce temps-là, pis t’avais pas le droit de fumer à cause des francs tireurs pis ces affaires-là, là. Et puis, un moment donné, quand il fait froid, pis t’es… t’sais, y’est quatre heures le matin là, pis y’a rien qui grouille autour… tu dis : « Ben m’a prendre une chance. » pis tu te penches pis t’allumes une cigarette là t’sais, c’est… C’est toutes des petits souvenirs comme ça.Des vrais souvenirs de mauvaises choses là, j’m’en rappelle pas tellement. C’était toute… Les mémoires que j’ai de la Corée là, c’étaient, je pense, des bonnes choses à la longue là.Est-ce que vous avez connu la peur durant votre temps en Corée ? Ouais, mais ça aussi on vient habitué. La première journée qu’on est arrivé dans le nord, on a été envoyé à différentes unités. Moi je suis allé à mon CCP et puis on était en avant de l’artillerie. Puis l’artillerie, à la noirceur, se mettait à tirer. Comme de raison, pour à peu près une semaine, on a eu peur. Mais un moment donné, on n’entend pus ça. Quand ils arrêtent de tirer, à la clarté le matin là, ça nous réveillait, c’était trop tranquille. (rires) Des choses comme ça.On a réalisé, un moment donné, on… Mettons, l’armée opposée était là-bas, pis c’est toutes des montagnes, ça fait qu’on creusait sur le flanc de la montagne sur le bord ici. Quand même qu’ils nous bombardaient, ils pouvaient pas nous frapper, à moins d’être dehors. Fait que… Pis quand ils commençaient, ben on rentrait tout de suite, on avait, on appelait ça des dugouts là. Y’avait réellement pas de peur à avoir.Mais t’as peur quand même. Tu vas chercher quelqu’un qui est blessé, c’est un peu le même système qu’y’a aujourd’hui. Quelqu’un est malade, t’appelles une ambulance, ben là c’était la même chose. Et puis tu pars le soir, pis c’est pas des routes nationales comme ici. Ça arrivait souvent qu’on se perdait là t’sais. Là, un moment donné… « On s’en va-tu su’l bon bord ? » ou… C’était épeurant. Mais ça faisait partie de la vie là, mais on avait peur là t’sais, y’a aucun doute, mais à l’âge de dix-huit ans, c’est pas toi qui va se faire tuer, c’est tout le temps l’autre. Malheureusement, y’en a qui se sont fait tuer. Moi j’ai été chanceux.

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