envoyé à l’hôpital général no 66

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Description

Blessé, M. Mimeault est envoyé à l’hôpital général no 66 de Rimini. Il nous raconte comment il a retrouvé son bataillon après sa convalescence; une comédie d’erreurs.

André Paul Mimeault

Originaire de la Gaspésie, André Paul Mimeault est né d’une famille modeste. Pour joindre les deux bouts, ses parents sont à la fois cultivateurs, bûcherons et pêcheurs. Il est le seul de sa famille et de son entourage à s’enrôler. Peu de temps après son enrôlement, il traverse l’Atlantique à bord de l’Île de France et passe quelques mois en Angleterre avant d’être envoyé au combat. Un convoi l’amène vers le camp de renfort d’Avellino, dans le sud de l’Italie. Il traverse toute l’Italie et prend part, entre autres, à la bataille de la Ligne gothique. Il traverse ensuite la France pour aller libérer les Pays-Bas. C’est là qu’il se trouve lors de la capitulation des Allemands. Il se porte volontaire pour servir dans le Pacifique, mais les Japonais capitulent avant qu’il puisse s’y rendre. À son retour au pays, il quitte l’armée pour des raisons salariales et devient bûcheron, mais il regrette sa décision et s’enrôle à nouveau sept ans plus tard. Il se porte volontaire pour la guerre de Corée qui se termine avant qu’il puisse y aller. À sa sortie des Forces, en 1974, il est adjudant.

Transcription

Ouais, une journée… le docteur faisait sa visite à toutes les deux jours à peu près. Fait qu’il vient, j’y dit : « Quand est-ce que m’a sortir ? » Il dit : « On verra. » Deux jours après, à peu près, il repasse. J’ai dit : « Quand est-ce m’a sortir ? » Il dit : « On verra à ça. » En faisant des farces, moi j’y dit : « Si vous m’envoyez pas je jump. »Le lendemain, à onze heure, j’suis demandé au bureau du commandant. Je rentre là, il dit : « C’est vous qui veut jumper ? » Aussi ben de jouer le jeu : « Oui monsieur. » Il dit : « Qu’est-ce qu’y’a, êtes-vous mal traité, mal soigné ? » J’ai dit : « Non monsieur, j’suis traité comme un bébé. » Pis c’était vrai. Mais… « J’ai pus rien à faire ici moi. J’veux m’en aller. » Toujours… il dit : « Ouais. » Il dit : « Dans ce cas là… » il dit « vous allez sortir après-midi à trois heures… » pis il dit « m’a vous donner un mois de convalescence. » J’ai dit : « Je veux pas aller en convalescence. » Il dit : « Où vous voulez, où vous voulez aller ? » J’ai dit : « J’veux m’en retourner au bataillon. » Il dit : « Où c’qu’y’est votre bataillon ? » J’ai dit : « Y’est sur la ligne de feu. » C’est comme si j’y’aurais donné un coup de poing dans le front. J’suis certain qu’y’a pensé : « C’est à l’asile que je devrais l’envoyer lui. » Toujours… ouais. Il dit : « Je vous comprends, vous vous ennuyé de vos chums, hein ? » J’ai dit : « Oui. » Bon ben il dit : « Comme ça m’a vous sortir après-midi à trois heures pis je vais vous donner trois semaines de (inaudible) duty. » « Bon, OK, ça va. »Là, après que j’suis parti de là, j’me demande : « Tout d’un coup j’me suis fourré, que le bataillon est plus sur la ligne de feu ! Y’est en repos quelque part… m’a avoir l’air fin en tabarnouche ! » Toujours… Je pense qu’à part ça, j’avais aucun papier sur moi, j’pense ! (rire) « Je sais pas si j’me fait ramasser ! » (rire)Toujours… J’suis dans Rimini pis je sais pas où aller. J’aperçois un… police militaire. Il fait le trafic. Ben j’ai dit : « Le gros du trafic passe là. » J’ai dit : « Savez-vous où est-ce qu’y’est le 22e Régiment ? » Il dit : « Oui…» il dit « y’est en quelque part à en Rousillon (sic). » J’ai dit : « Peux-tu m’arrêter un véhicule qui va par là ? » Il dit : « J’vas essayer. »Un moment donné, y’arrête un truck, une dompeuse avec un gros nègre là. J’embarque avec lui, j’embarque avec lui. Là ça pis là, il fait noir. Là c’est le black out, on va à peu près cinq, six milles à l’heure. On marche une bonne secousse. Un moment donné le truck arrête, il dit : Faut-tu débarque icitte… » il dit « je change de route. » (rire) J’ai dit : « Quoi ? ! » Il fait noir comme su’l diable, je sais même pas où-ce que je suis, j’ai aucune idée ! (rire) Là j’ai pensée à ma mère, ouais !Oui, j’vois quelqu’un qui allume une cigarette, j’ai vu que c’était un gars de l’Air Force. Je vais le trouver, j’y dit : « Sais-tu si y’a une base canadienne icitte ? » Il dit : « Oui y’en a une, mais… » il dit « je sais où-ce qu’elle est au juste. » Il dit : « Mais je vais voir ma blonde là, pis je passe devant un cantine… » il dit « peut-être tu peux avoir de l’information là. » Fait que j’ai dit : « Correct, j’ai pas le choix. »Je m’en va avec. Rendu à’cantine, y’a un gars qui est assis, y’est tout seul. Y’avait une jerricane de vin. On s’est saoulé là ! (rire) Le matin, lui il dit : « Je le sais où tu veux aller. » C’était pas loin à part ce ça !Toujours… On arrive là. Des Limeys qu’y’ont ça. « Mot de passe. » Je l’ai pas. Là, aussitôt qu’on veut faire un pas, la baïonnette ! (rire) Toujours… À force de discuter, il va chercher le sergent. Là j’explique ça au sergent. Aye ! Essayer de faire croire à un gars là que t’es sorti de l’hôpital à trois heures du matin pis j’t’à moitié saoul ! (rire) Toujours… À force de discuter, il nous laisse rentrer, il nous donne une couverte pis…Le lendemain, y’avait une quinzaine de soldats du 22 qui étaient là. Y’a un truck qui est venu les chercher. J’avais ben frappé en tabarnouche.

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