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Description
Madame Grandmaison explique le difficile retour au pays suite à son second déploiement en Croatie car elle a été agressée par un militaire.
Julie Grandmaison
Madame Grandmaison est née à La Pocatière, au Québec et elle a grandi à Saint-Pacôme. Au moment de l’entrevue, elle était toujours en service avec les Forces armées canadiennes depuis 28 ans et avait le grade d’adjudant. Elle s’est enrôlée à 17 ans dans la réserve avec les Fusiliers de Rivière-du-Loup. Elle a servi entre autres en Croatie et en Bosnie et à différents endroits au Canada.
Transcription
C’est bizarre. On est prêts, mentalement. C’est quand tu reviens que tu es moins prêt. Moi, j’étais dans la réserve, en plus. Ce qui était pire, c’est que dans le temps, quand moi je revenais de tour, on partait pour le tour, on revenait de tour, on avait nos vacances, on rentrait redonner notre kit puis on retournait à la maison. On avait rien. Je suis revenue en avril 1994 et en avril 1995, j’étais repartie pour un autre tour. J’ai pas connu rien d’autre en deux ans que partir et j’ai fait presque 14 mois en deux ans dans le pays. Moi, c’était comme chez nous. C’était comme moi je revenais là-bas, ce que j’avais appris je ne l’avais pas perdu. J’ai continué avec d’autres gens, à aider d’autres gens à faire plein d’affaires et à faire venir mes boites pour aider mais on est prêts. C’est en revenant qu’on est moins prêts. On pogne un down. « Pouvez-vous nous en parler comment ça se passe le retour? » Le retour du premier tour s’est relativement bien passé parce que tu reviens et tu es encore hyper. J’ai dit je veux y retourner. Tout de suite j’ai donné mon nom. Ça a pris 6 mois et tout de suite j’avais déjà recommencé un nouvel entrainement. J’ai tout le temps resté sur le « high » du tour. En 1995, sur mon tour en 1995, je me suis fait agressée par un militaire. En revenant ça a été difficile, en revenant de ce tour-là, parce que j’étais toute seule. J’étais toute seule, j’étais chez nous. J’avais rien. On avait pas d’aide, parce que comme j’ai dit, on revient et on désignait notre stock et on s’en allait. J’ai passé un temps dur. Ça été rough, j’ai été chez nous les fenêtres fermées, les portes barrées, j’avais peur de la vie, je ne voulais plus aller sur la base. J’avais peur, on aurait dit que c’était tout le monde. Mais bon on peut pas peinturer, comme en anglais ils disent peinturer tout le monde avec le même pinceau. Ça m’a pris du temps, ça m’a pris beaucoup de temps avant d’être capable de retourner sur la base. J’ai travaillé fort pour avoir la thérapie, parce que la réserve, ils nous renvoyaient chez nous. Tu sais, dans ce temps-là, j’étais étudiante, donc j’avais rien. Je fais quoi de ma vie, j’ai peur de mon ombre. Je ne suis pas capable de regarder mon kit militaire. J’ai fini, en me battant, par avoir la thérapie, mais je n’ai pas vraiment été nulle part, parce que j’ai pas cliqué avec la personne que j’ai fait la thérapie avec. Mes huit sessions étaient épuisées et ils m’ont dit. J’ai paqueté mon problème, je l’ai mis dans le tiroir d’en arrière, j’ai fermé la porte. Il fallait que je travaille. J’ai continué à travailler. J’ai entré dans la réserve. Ça été difficile. J’ai passé un an très difficile en revenant. Cette année-là, ça été très dur. « Comment on se relève de ça? » On se relève plus ou moins facilement. C’est quand même difficile, parce qu’en plus d’avoir à gérer ce qui m’est arrivé, il fallait que je gère avec prendre la pente descendante du retour de tour où il n’y a plus d’action, il ne se passe plus rien. J’ai plein d’adrénaline, j’ai besoin, et il n’y a rien. On se relève difficilement. Difficilement. Ça m’a pris des années à me relever. Des années à avoir peur, bien des années. J’ai calé dans mon, pardonnez l’expression, mais j’ai calé dans mon « verre de merde » longtemps. À pédaler et essayer de m’en sortir et à me tenir la tête au-dessus.