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Description
Léandre Blanchard nous parle de son travail au camp de recrues d’Edmundston.
Léandre Blanchard
Léandre Blanchard est né à Grande?Anse le 29 avril 1919. Il travaille sur la ferme de son père avant de s’enrôler. Après son instruction, on décide de le garder à Edmundston, où il devient instructeur pour les recrues. Il occupe ce poste pendant quatre ans. Il n’est jamais appelé au front. Le jour où la guerre se termine, M. Blanchard accompagne son épouse à l’hôpital, où elle donne naissance à leur premier fils.
Transcription
J'AI ÉTÉ INSTRUCTEUR DANS L'ARMÉEJ'ai fait mon entraînement et au bout de... c'était dans le mois de mai, ou avril, que j'ai fini mon entraînement et quatr' mois après... quatr' à cinq mois après, j'ai au la promotion de lance caporal. Là, j'ai tombé su' l'entraînement, j'ai resté là, su' l'entraînement. On avait un peloton qui rentrait à tout' les deux mois. Fait que après deux mois, on perdait notr' peloton, y en rentrait un autre dans la même journée. Ça, ça été pour quatre ans. Et on avait les certains soldats qui venaient là, qui ne savaient pas lire ni écrire et même compter leur... savoir comment compter leurs argents. Ça fait, eux, on les gardait quatr' mois et on leur faisait l'école. Là, j'étais rendu que j'enseignais d'autres qui ne savaient pas lire et écrire. Ça m'donnait une joie de faire ça. Lorsqu'ils savaient lire et écrire, ben y étaient transférés dans l'avancement, l'entraînement d'avancement. Ceux qui étaient de cette condition, ni savoir lire et ni écrire, c'était nos meilleurs soldats.C'était un peu monotone... Quatre ans, là, su' le même ouvrage, entraîner des soldats, bien entraînés su' le basic, les voir partir et, ensuite, recommencer. Et, en... M'a vous dire une chose : j'ai même entraîné mon jeune frère, pas Rodolphe, mais Vincent. Y était dans l'armée, aussi. Je l'ai entraîné, y était dans mon peloton. Ça fait... Là, c'était un peu dur pour moi, là, parc'que vous savez que dans l'armée, les ordres, c'est des ordres. Fallait qu'il fasse c'que les autres faisaient. Le soir, là, j'étais pas plus alentours de lui que j'étais avec les autres et ça, c'était les ordres de l'armée. Puis, y en a, là-d'dans, qui étaient, quand est-ce que la conscription a passé, ils ne voulaient pas rentrer dans l'armée. Il y en avait d'autres, ça c'était dans le même peloton, y en avait d'autres qui étaient actifs, qui s'avaient enrôlés et là, ça faisait un contraste. C'était dur. Y en a qui voulaient et d'autres qui ne voulaient pas. Mais à la fin, là, lorsqu'y ont eu les ordres, fallait qu'ça marche... C'était mieux, mais ça prenait du temps. On s'en est pas aperçu, nous autres, de ça, dans l'armée. On s'est pas aperçu de ça, la conscription. On les prenait comme des soldats actifs. Y étaient... le même entraînement, c'tait sous les mêmes ordres, puis ça allait bien, ça allait bien. C'était pour commencer... c'était pour commencer l'entraînement qui était l'pire. On voyait que, t'sais, ils ne voulaient pas comme un « actif ».LA PLACE DES FRANCOPHONES DANS VOTRE RÉGIMENTLa plupart d'eux autres v'naient d'la péninsule acadienne. Y avait des pelotons anglais, moi, j'avais les francophones. L'entraînement était fait en anglais pareil parc'que c'était ça, dans l'armée... c'était l'anglais. Mais on leur donnait l'explication en français lorsqu'on se rassemblait, mais, l'entraînagem, qu'on dit de... the drill, c'était en anglais, ça, les commandements étaient en anglais. Les pelotons n'étaient pas seulement que des Français, là. Y avait des Anglais, là, aussi. Y avait des Anglais dans mes pelotons. Mais... ça allait bien, ça allait bien. Moi, j'ai jamais eu de difficultés, j'ai su me faire aimer. C'était de parler beaucoup avec eux, dans la hut, comme qu'on dit, le soir. J'm'assisais su' l'bord de leur lit, avec eux autres... On jasait parc'que y avait plusieurs qui venaient de notr' territoire, tout ça, pis on avait beaucoup à dire. Mais le lendemain matin, c'était... là, c'était les ordres. Y étaient avertis, c'est l'ordre pis c'est ça. C'est d'même que ça marche. « On est pas contre vous, on est pour vous. » C'est la raison pourquoi j'ai été collé... manière de dire… que j'ai pas été outremer parc'que ils n'avaient pas assez d'instructeurs. Y en avait, dans notre groupe, qui étaient transférés, qui s'en allaient outremer, mais fallait que d'autres... J'ai même eu une lettre, un soir, d'un major, qui a été écrit en août 1944, j'crois, puis c'est beau, la lettre qu'y m'a écrit. C'est vraiment beau. Il m'a dit, y m'a remercié pour les... tous les choses qu'on a pu accomplir, au camp d'Edmundston et qu'il regrettait que mes demandes d'aller outremer avaient été cancelées parc'qu'il manquait beaucoup d'instructeurs et c'était dur d'en avoir pour me remplacer, moi-même, qu'y m'a dit... moi-même... me remplacer... Et, à la fin, il m'a remercié, puis il m'a dit... m'a donné bonne chance et c'était le major R.W. MacDonald, qui était au camp d'Edmundston, qui était major.