Steve Jourdain

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1991

Steve Jourdain

Un colonel à la retraite rassemble des vétérans et vétéranes pour leur faire découvrir le pouvoir thérapeutique de la musique

Ottawa  (Ontario)

Introduction

Le colonel (à la retraite) Steve Jourdain a reçu sa première guitare en 2012, un cadeau de sa conjointe pour la fête des Pères, après des années à vouloir apprendre à jouer l’instrument à cordes.

« J’ai toujours dit que je voulais jouer de la guitare autour d’un feu de camp l’été », a-t-il dit.

Il ne pouvait pas savoir à ce moment-là à quel point ce cadeau allait jouer un rôle important dans sa guérison.

Le pouvoir thérapeutique de la musique

Il était aux prises avec l’hypervigilance depuis son retour à Ottawa en 2009, après son service militaire en Afghanistan.

Pour lui, la guitare a eu un grand pouvoir thérapeutique.

« À l’époque, je ne voyais pas cela comme une stratégie d’adaptation, dit-il. Mais je me suis vite rendu compte que jouer de la guitare avait un effet sur mon humeur et me permettait de relaxer. »

Steve Jourdain, vêtu d’un treillis militaire, est assis, entouré de munitions. Il sourit et porte des lunettes de soleil.

Steve Jourdain à la base de patrouille Sperwan Ghar en 2009 lorsqu’il était commandant de compagnie pour la compagnie C, surnommée « Cobra ».

Dirigeant militaire

Au cours de ses trois décennies comme officier d’infanterie au sein du Royal 22e Régiment (les « Van Doos »), il a gravi les échelons et a été promu major en 2005.

En tant que dirigeant, il voulait être stoïque pour ses troupes.

« En tant que commandant de compagnie, vous essayez de tout faire pour réduire au minimum les risques pour vos soldats lorsque vous participez à une opération, et vous planifiez tout le plus minutieusement possible, mais il y a des choses qui échappent à votre contrôle », a-t-il expliqué.

Il dit penser souvent à la mort de deux de ses soldats :

le caporal-chef Charles-Philippe (Chuck) Michaud et le soldat Jonathan Couturier, ainsi qu’au commandant de l’escadron du génie de son bataillon, le major Yannick Pépin en Afghanistan.

Des soldats en treillis militaire portent le cercueil drapé du drapeau canadien lors d’une cérémonie d’adieu en Afghanistan.

Steve (devant) porte le cercueil du major Yannick Pépin lors de la cérémonie d’adieu à Kandahar, en Afghanistan, en 2009.

Souvenirs difficiles

Bien que ce fût un honneur pour lui de porter le cercueil du major Pépin lors de la cérémonie d’adieu solennelle à l’aéroport de Kandahar, ce moment a été très éprouvant.

« C’était très émouvant de l’amener à son lieu de dernier repos au Canada, et, pour moi, ce fut un grand honneur », a-t-il dit.

« Être dans un théâtre de guerre vous changera à jamais. Vous ne pouvez pas prétendre que vous serez la même personne à votre retour. »

Lorsque M. Jourdain est revenu d’Afghanistan en 2009, il lui a fallu environ un an avant qu’il se sente à nouveau comme luimême. Tous les jours, il était aux prises avec une hypervigilance et une incapacité à se concentrer.

Il a appris lui-même à jouer de la guitare et a composé sa première chanson, intitulée « Je me souviens » sur les frères d’armes, le sable du désert, les cérémonies d’adieu et les souvenirs militaires.

Un tournant

Lorsqu’il est retourné en Afghanistan en 2016 à titre d’attaché militaire, sa vie a changé radicalement, tant sur le plan personnel que professionnel.

Sentant le poids de ce qui avait été une brillante carrière jusqu’à ce moment-là, il souffrait de troubles d’adaptation, de dépression et d’anxiété. Le 1er avril 2019, il a subi une crise cardiaque.

La thérapie et les médicaments traditionnels étaient importants pour son rétablissement physique et mental, mais au fil du temps, sa guitare est devenue sa bouée de sauvetage.

Lorsqu’il était pris par la panique et le stress, le fait de gratter des rythmes simples apaisait son système nerveux.

La musique lui a permis d’exprimer des émotions dont il ne pouvait pas facilement parler, comme la peur, le deuil, la culpabilité et la tension non résolue liée au service.

Un nouveau départ

Il a pris sa retraite en février 2022 pour se joindre aux Services de bien-être et moral des Forces canadiennes.

La mission de l’organisation – améliorer la résilience et le bien-être de la communauté militaire grâce à la conception, l’exécution et l’évaluation d’offres qui favorisent le mieux-être afin de contribuer à l’état de préparation opérationnelle, au recrutement et au maintien en poste des membres des Forces armées canadiennes – l’a vraiment interpellé.

Sa deuxième chanson, « A Lullaby to Calm Down Your Demons », a été utilisée pour promouvoir la campagne de sensibilisation à la santé mentale des Forces armées canadiennes en 2016 et en 2022. Un autre vétéran lui a dit que la chanson lui avait sauvé la vie et qu’il l’écoutait tous les jours.

En sachant à quel point la musique l’aidait, il a pensé qu’elle pourrait être profitable à d’autres vétérans atteints des problèmes de santé mentale.

« Il y a trop de soldats qui reviennent avec des cicatrices qui, bien qu’invisibles, ont des répercussions », a-t-il dit.

Au printemps 2024, Estelle Ethier, chef de la direction de l’Institut du Savoir Montfort (ISM), et le Dr Gilles Comeau, directeur de l’Institut de recherche en musique et en santé, l’ont approché pour savoir s’il souhaitait participer à un projet de recherche sur les effets de l’apprentissage et de la pratique de la guitare sur la santé mentale des vétérans et vétéranes.

Dès leur première discussion, il a senti qu’il avait trouvé le but de son existence. Il a proposé un programme de 10 semaines, Écho pour la vie, pour que les vétérans et vétéranes puissent se réunir dans un espace sûr pour apprendre à jouer de la guitare.

Sortir de l’isolement social

Au cours des premières séances, il a commencé à constater l’effet positif sur les participants. Certains d’entre eux ont mentionné qu’ils étaient isolés socialement et souffraient en silence.

« Ils m’ont dit qu’avant ces cours, ils ne sortaient même plus de leur maison », a-t-il déclaré.

« Ils ont maintenant hâte à ce moment de leur semaine. La réalisation la plus remarquable de ce projet a été de sortir les vétérans de leur isolement. Les vétérans savaient qu’ils pouvaient s’ouvrir sans être jugés, et ils ont senti les véritables pouvoirs de guérison de la musique, une note à la fois. 

« C’est comme si la musique leur donnait la permission. Personne ne devait être fort. Personne n’avait à s’expliquer. 

Steve a vu comment une simple mélodie pouvait abattre les murs que les traumatismes érigent autour des gens. La musique a débloqué quelque chose que la thérapie permet souvent difficilement d’atteindre : une connexion.

Il fait maintenant la promotion de la musique comme outil complémentaire pour les vétérans souffrant d’une blessure de stress opérationnel. La musique, dit-il, est accessible, abordable et humaine.

Il est également reconnaissant d’être associé à la Fondation les Fleurons glorieux, partenaire financier qui permet au projet de faire des recherches. Il espère que cela rendra la musicothérapie plus accessible pour les vétérans et les membres des forces armées.

Steve a également joué lors de séances à micro ouvert organisées par Anciens Combattants Canada depuis leur lancement 2023.

Ces séances sont ouvertes aux vétérans et aux membres des forces armées, à leur famille et à d’autres invités; elles sont une option informelle aux cérémonies commémoratives traditionnelles.

Sa guitare a déjà été un refuge privé. Maintenant, elle est devenue quelque chose de plus grand : un outil pour la guérison et la communauté.

« Vous arrivez, vous vous sentez bien, vous apprenez quelque chose, vous êtes dans le moment présent. Parce que quand vous vous concentrez sur la façon de placer vos doigts, vous oubliez ces idées noires que vous aviez peut-être avant d’arriver, à tout le moins pendant cet instant. Et, avec un peu de chance, la sensation de la musique demeure », a-t-il dit.

« Vivre les bienfaits et le pouvoir de guérison de la musique en groupe. C’est merveilleux. »

Avec courage, intégrité et loyauté, Steve Jourdain laisse sa marque. Il est un vétéran des Forces armées canadiennes. Découvrez d’autres histoires.

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