Année d’enrôlement :
2006
L’expérience est synonyme de compréhension
Quand Lu Han s’assoit avec un vétéran qui tente de s’orienter dans la vie après le service militaire, elle apporte plus que sa formation professionnelle d’ergothérapeute, elle apporte sa propre expérience militaire.
Lu Han comprend ce que signifie la perte de structure et du sentiment d’appartenance liés au service, parce qu’elle est elle-même vétérane.
« J’éprouve de l’empathie pour ce qu’ils ont vécu », explique-t-elle.
Lu Han est ergothérapeute à Anciens Combattants Canada.
Il y a 20 ans, elle était une jeune Sino-canadienne nouvellement immigrée qui entreprenait son propre parcours militaire.
Elle affirme que son service a façonné son identité et sa carrière de nombreuses façons bénéfiques.
En 2000, alors qu’elle n’avait que dix ans, elle et sa famille sont arrivées au Canada depuis la Chine.
Une étincelle d’intérêt
Elle n’avait que 15 ans lorsqu’un kiosque de recrutement des Forces armées canadiennes, installé dans le cadre d’une journée carrière à son école secondaire du Nouveau-Brunswick, a attiré son attention. La possibilité de gagner elle-même de l’argent pour ses études universitaires d’une manière unique lui plaisait.
« Je ne suis pas du genre à travailler au casse-croûte », dit-elle en riant.
Elle a parlé au recruteur, puis est rentrée chez elle, enthousiaste, pour en informer ses parents.
Toutefois, ses parents, qui avaient tous deux suivi un entraînement militaire obligatoire en Chine, n’étaient pas très emballés par cette idée.
« Dans un pays communiste, intégrer l’armée comporte un sens et des obligations très différents », dit-elle.
La famille s’adaptait encore à la vie au Canada et savait que le conflit en Afghanistan s’intensifiait, ce qui concrétisait la possibilité que Lu Han soit envoyée en mission.
Mais Lu Han n’allait pas se laisser arrêter.
Elle possédait ce qu’elle appelle aujourd’hui la « fausse confiance d’une jeune de 16 ans ».
Le service militaire forge le caractère
Elle a mis sa demande d’enrôlement à la poste après quelques semaines et, le 9 novembre 2006, à 16 ans, elle s’est enrôlée dans la Réserve des Forces armées canadiennes.
Elle se souvient des premières années en uniforme comme les années les plus formatrices de sa vie.
Elle a commencé au 3e Régiment d’artillerie de campagne, au Nouveau-Brunswick, puis a été transférée au 2e Régiment d’artillerie de campagne, pendant ses études de premier cycle en Nouvelle-Écosse.
Un officier supérieur a reconnu son potentiel et l’a encouragée à devenir militaire du rang. La formation d’officier à la base des Forces canadiennes Gagetown l’a mise à l’épreuve physiquement et mentalement.
« C’était une épreuve de résilience », dit-elle.
« Quand je pensais n’avoir plus rien à donner, je devais encore trouver quelque chose en moi. »
Un exercice en particulier demeure gravé dans sa mémoire. Après deux semaines de pluie torrentielle et une longue marche avec un lourd sac à dos, la jeune femme de 19 ans était trempée et épuisée.
« Je me disais : mes amis voyagent en Espagne et font leur périple européen avec leur sac à dos », se rappelle-t-elle.
Et moi, je pensais : « Je veux retourner parler à ce recruteur. Il ne m’avait pas parlé de ça. »
Retour aux études
Les salles de cours chauffées et exemptes d’humidité de l’Université McGill ont offert un changement bienvenu lorsqu’elle a entrepris sa maîtrise en ergothérapie, utilisant sa formation militaire et ses contacts afin d’atteindre ses objectifs.
« L’armée m’a offert une vie stable pendant toutes ces années », dit-elle.
Après une décennie de service, elle a décidé qu’elle était prête pour un changement. Elle a transféré les compétences qu’elle avait acquises pendant son service dans sa carrière civile.
« Mon premier vrai emploi, c’était l’armée : c’est là que j’ai acquis mes compétences en leadership et que j’ai appris à interagir avec les gens et comment recevoir des ordres et y réagir », fait-elle valoir.
Une adaptation difficile
Elle a trouvé que la transition vers la vie d’ergothérapeute exigeait une grande adaptation.
« Je me suis enrôlée à 16 ans et je suis demeurée dans l’armée jusqu’à 26 ans. Et si on pense à ce que représente l’âge de 16 ans, ce sont des années fondamentales de la vie. Ce sont les années pendant lesquelles les personnes commencent à établir leur identité, leurs objectifs et leurs valeurs. »
Une décennie après sa libération, elle voit encore des influences militaires dans sa prise de décisions, sa confiance et sa volonté de relever de grands défis.
« Je dirais que j’ai pris un nouveau virage dans ma carrière. »
Elle éprouve de la reconnaissance à l’égard de ses mentors militaires qui l’ont appuyée lorsqu’elle en avait besoin.
On parle des leaders comme l’aumônier militaire vers qui elle s’est tournée lorsque son grand-père est décédé, qu’elle considère encore comme un ami, des années plus tard.
Après l’obtention de sa maîtrise, lorsqu’elle peinait à trouver du travail, un membre de son régiment lui a trouvé un poste administratif pour l’aider.
Un autre contact militaire a mené à une occasion à titre de consultante en ergonomie pour une grande chaîne d’épiceries.
« Cette famille est là pour vous pousser à vos limites et vous mettre à l’épreuve, pour savoir qui vous êtes et ce que vous pouvez devenir. Mais c’est aussi une famille qui est là pour vous appuyer quand vous en avez besoin. »
Transmettre son expérience
Aujourd’hui, Lu Han a trouvé une nouvelle façon d’appuyer la communauté militaire, alors que sa formation professionnelle et son expérience de vie sont intrinsèquement liées dans son travail au sein d’Anciens Combattants Canada.
Sa propre transition lui a permis de comprendre l’importance des mesures de soutien à la transition.
Elle estime que l’appui aux vétérans est bien plus qu’un emploi.
« C’est mon devoir professionnel, c’est mon devoir moral, et c’est aussi mon devoir personnel de prendre soin de nous tous, cette fraternité et cette sororité dont nous faisons tous partie. »
Son lien avec la communauté des vétérans va au-delà de son travail. Elle amène son mari et son fils aux repas de fish and chips du vendredi à la Légion locale, enseigne aux étudiants en ergothérapie de l’Université McMaster et se sert de ces occasions pour leur permettre de mieux comprendre l’expérience des vétérans.
Au sein d’Anciens Combattants Canada, elle a aussi contribué à créer une communauté pour les employés qui ont servi dans l’armée. En tant que coresponsable du pilier carrière d’un groupe de ressources pour les employés vétérans, elle s’efforce d’appuyer le perfectionnement professionnel, le maintien en poste et l’intégration des vétérans.
Elle se concentre sur les mesures de soutien à l’intention des vétérans qui peuvent être offertes maintenant et à l’avenir.
« C’est ça, la défense des intérêts. Ce n’est pas ce qui ne m’est pas arrivé. C’est ce qui va arriver. Ce qui a fonctionné pour moi, c’est de m’appuyer sur le soutien et les ressources qu’il y avait autour de moi », a-t-elle fait valoir.
« Comme la communauté militaire me manquera toujours, je tente de recréer ce type de camaraderie dans la vie civile. »
Avec courage, intégrité et loyauté, Lu Han laisse sa marque. Elle est membre des Forces armées canadiennes. Découvrez d’autres histoires.
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Si vous êtes un vétéran ou une vétérane ou encore un membre de la famille ou l’aidant d’un vétéran ou d’une vétérane, le soutien d’un professionnel de la santé mentale vous est offert en tout temps et sans frais. Composez le 1 800 268 7708.