Le passage de Mourmansk

Navires d'escorte et de la marine marchande à Hvalforjd, Islande, avant le départ du convoi PQ 17 pour Mourmansk

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Les Canadiens ont servi dans bien des endroits autour du globe pendant la Seconde Guerre mondiale. L'un d'eux, parmi les moins connus, fut le « passage de Mourmansk ». Cette dangereuse route de convoi maritime vit la Marine marchande canadienne et la Marine royale du Canada naviguer jusque dans l'océan Arctique pour approvisionner l'Union soviétique en équipement militaire.

La bataille de l'Atlantique

Les batailles navales constituent un aspect crucial de la Seconde Guerre mondiale. L'Europe étant en grande partie occupée par les Allemands, la majeure partie de l'équipement, du carburant et des vivres, dont l'effort de guerre allié avait grandement besoin, devait provenir de l'Amérique du Nord. Par conséquent, il fallait traverser l'océan Atlantique.

L'Allemagne comprenait l'importance de ces lignes de ravitaillement, et elle fit de son mieux pour les interrompre. Dans un jeu du chat et de la souris dont dépendait l'issue de la guerre, les Alliés cherchèrent à protéger leurs navires marchands tandis que les Allemands imaginaient des moyens de les couler. Cette « bataille de l'Atlantique » fut la plus longue de la Seconde Guerre mondiale, commençant le premier jour du conflit, en septembre 1939, pour s'achever le tout dernier jour de la guerre en Europe, en mai 1945. C'était un champ de bataille dangereux dont l'une des zones les plus périlleuses était l'axe de ravitaillement qui s'étendait de l'Arctique à l'Union soviétique.

L'Union soviétique

Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne envahit et occupa bon nombre de ses pays voisins en Europe continentale. L'Allemagne et l'Union soviétique avaient ratifié en secret un pacte de non-agression dans lequel les deux pays convenaient de ne pas s'attaquer mutuellement, ce qui n'a pas empêché l'Allemagne d'envahir ce vaste pays en juin 1941 pour bientôt s'enfoncer profondément en territoire soviétique. Face à la tournure que prenaient les événements, les Soviétiques rejoignirent les rangs des forces alliées et des accords de ravitaillement furent vite conclus afin de les aider à lutter contre les envahisseurs. Les Alliés occidentaux savaient que si l'Union soviétique tombait, l'Allemagne pourrait alors diriger toute sa puissance militaire vers l'Ouest.

Les Soviétiques avaient désespérément besoin d'armes, de carburant et de ravitaillement, surtout après que les régions les plus industrialisées de leur pays furent tombées aux mains des Allemands. Ce n'était, en revanche, pas une mince affaire de le leur faire parvenir. Les voies de transport terrestres étaient coupées et les meilleures routes maritimes étaient bloquées par l'ennemi. L'acheminement maritime du ravitaillement jusqu'en Union soviétique en passant par l'océan Indien ou l'océan Pacifique représentait un très long voyage. Les ports de mer soviétiques de l'océan Arctique constituaient donc la solution la plus rapide pour livrer les marchandises, mais également la plus dangereuse.

Le passage de Mourmansk

À partir de la fin de l'été 1941, un total de 41 convois alliés naviguèrent jusqu'aux ports soviétiques de Mourmansk et Archangel pendant la guerre. Les convois de l'Arctique livrèrent plusieurs millions de tonnes de ravitaillement provenant des États-Unis, de Grande-Bretagne et du Canada, notamment des aéronefs, des chars d'assaut, des jeeps, des locomotives, des wagons plats, des fusils et des mitrailleuses, des munitions, du carburant et même des bottes. Dès le début, les marins marchands canadiens servirent sur les navires alliés pour effectuer les trajets. Ces navires partaient des ports d'Amérique du Nord comme Halifax ou New York et mettaient le cap sur le nord de l'Union soviétique, en passant généralement par l'Islande ou la Grande-Bretagne. Cette route devint connue sous le nom du « passage de Mourmansk ». Les Allemands jetèrent tout le poids de leur force aérienne et maritime contre les convois qui approchaient des côtes occupées de la Norvège. Les attaques simultanées par plus d'une dizaine de sous-marins ennemis (appelés « U-boots ») et de centaines d'avions étaient monnaie courante. Plus de 20 p. 100 de toute la cargaison du passage de Mourmansk fut perdue et un convoi vit disparaître 24 de ses 33 navires, au prix de 153 vies humaines. Ce passage était si dangereux que des ordres très stricts furent donnés pour interdire aux navires marchands de s'arrêter, même pour secourir les marins passés par-dessus bord. Ces malheureux durent être abandonnés à leur sort.

Le climat rigoureux et la banquise de l'Arctique firent également leur lot de victimes. Bon nombre des trajets eurent lieu en hiver afin de profiter de l'obscurité presque constante qui régnait dans les mers nordiques. Les températures étaient glaciales, les vents forts et les vagues atteignaient parfois 25 mètres de haut. Les embruns gelaient souvent instantanément sur les surfaces supérieures des navires, créant un épais revêtement de glace qui risquait de faire chavirer le navire s'il n'était pas rapidement brisé en morceaux. Utiliser l'équipement de bord et même simplement marcher sur le pont dans de telles conditions relevait de l'exploit.

Dès le début octobre 1943, les contre-torpilleurs et les frégates de la Marine royale du Canada s'engagèrent à leur tour dans le passage de Mourmansk pour escorter les convois. Ils participèrent à environ 75 p. 100 des convois qui ont suivi jusqu'à ce que la guerre se termine un an et demi plus tard. Par miracle, la Marine royale du Canada n'a perdu aucun navire.

Les sacrifices

Le danger du passage de Mourmansk était redoutable et bon nombre de marins alliés y laissèrent leur vie en tentant de ravitailler l'Union soviétique. Le Livre du Souvenir de la Marine marchande répertorie les noms des Canadiens qui ont trouvé la mort dans le passage de Mourmansk, ainsi que les noms de plus de 1 600 hommes et femmes de la marine marchande canadienne qui ont perdu la vie pendant la Seconde Guerre mondiale.

L'héritage

Navires marchande ancré près de Mourmansk

À la fin, le courage des marins canadiens et des autres marins alliés, conjugué aux progrès tactiques et technologiques, a permis aux Alliés de triompher de cette bataille navale. Mais ce ne fut pas une partie de plaisir. Les marins marchands canadiens et de la Marine royale du Canada ont permis aux convois de continuer de circuler afin de finalement gagner la guerre. Ces hommes et ces femmes courageux faisaient partie de plus d'un million de Canadiens et de Canadiennes qui ont servi la cause de la paix et de la liberté pendant la Seconde Guerre mondiale.

Programme Le Canada se souvient

Le programme Le Canada se souvient d'Anciens Combattants Canada incite tous les Canadiens et les Canadiennes à se renseigner sur les sacrifices et les réalisations de tous ceux et celles qui ont servi et qui continuent de servir leur pays en temps de guerre et de paix. Il invite aussi les citoyens à prendre part aux activités commémoratives qui aident à préserver l'héritage qu'ils nous ont légué et à le transmettre aux générations à venir.

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