Évolution des règles d'engagement en Bosnie

Des héros se racontent

Évolution des règles d'engagement en Bosnie

Transcription
Les règles d'engagement en 1993, on était avec les forces des Nations Unies. On était Casque bleus, donc très visibles, on avait pas le droit de prendre part au conflit, ni pour une partie ni pour l'autre. On était vraiment égal, équitable pour tout le monde. Si on donnait à quelqu'un il fallait donner à tous, si on enlevait à quelqu'un on enlevait à tous. Donc la politique d'ouverture de feu était dans ce cas adaptée à notre mandat. C'était difficile parfois, parce qu'on se faisait souvent tirer dessus, ils ouvraient le feu dans notre direction sans jamais pouvoir, nous, riposter, ou les arrêter. Ils prenaient l'habitude à ça et ils le savaient que notre politique d'ouverture de feu était à ce point restreinte. Donc ça devenait frustrant à l'occasion de devoir être plus offensif que défensif. Intervieweur : Cette politique-là a été en vigueur combien de temps? Jusqu'en 1995-1996, à ce moment-là notre mandat a changé, on est partis du maintien de la paix pour devenir IFOR, force d'implantation, on devait implanter la paix, implanter notre position. La politique d'ouverture de feu a changé, on avait le droit de défendre la vie de quelqu'un qui se faisait tirer dessus, un sniper, ou qui était menacé, dans les écoles, dans les ambulanta. On avait le droit, notre politique d'ouverture de feu était plus souple, plus aux fins d'un soldat, moins des Nations Unies. Je suis retourné en Bosnie pour un autre tour en 1995-1996, on voyait la différence à ce moment-là. Les règles d'engagement étaient très différentes, elles étaient enseignées et étaient très différentes. Lorsqu'il y avait des coups de feu, on avait le droit d'aller vers le coup de feu et s'assurer que ça arrête, que ces gens-là arrêtent de tirer sur les forces en position. On était plus des Casques bleus, on avait plus d'identification bleue de l'ONU. On faisait partie des forces de l'OTAN. Intervieweur : Donc l'équipement avait changé ou changé de couleur, à tout le moins? L'équipement avait changé de couleur, donc nos casques avaient changé de couleur, puis notre rôle avait changé de fonction. Intervieweur : Est-ce que vous preniez parti pour un côté à ce moment-là? Jamais plus un côté que l'autre mais on pouvait défendre la vie de l'autre. Si il y en a qui étaient plus victimes d'une force, on pouvait l'équilibrer, en ripostant ou en les protégeant, du moins. Intervieweur : Est-ce que vous savez comment c'est arrivé à ce que les règles d'engagement soient modifiées? Écoutez, je pense, je ne pourrais pas vous dire exactement, ça s'est passé en haut de moi, probablement des décisions qui ont été prises au sein de l'OTAN, à Ottawa. Probablement que notre rôle est devenu plus criant, plus critique, plus réel à ce moment-là, on pouvait plus agir, moins être spectateur avec une arme. Je ressentais beaucoup que j'étais spectateur avec une arme là-bas, je ne pouvais pas m'en servir. Je la trimballais à tous les jours, sans jamais pouvoir m'en servir. Ce n'est pas parce que je voulais m'en servir, par contre, il y a des situations où on aurait pu sauver des vies, si on avait pu les sortir au moment opportun. On a du assister à des crimes, à des scènes horribles, sans jamais pouvoir aider, de part ou d'autre, ces personnes-là. Intervieweur : Et au moment où les règles ont évolué, ont été transformées, vous avez été plus à même de mieux intervenir? On pouvait tirer, on avait un coup de semonce qui devait être tiré, là au moins les gens, il est un peu plus sérieux, avant il ne l'était pas, mais là il est sérieux. On avait un coup de semonce, on avait des interprètes, on avait des signes, des papiers qui disaient « arrêtez ou je vais ouvrir le feu » et puis on le faisait si le cas venait à cette limite-là, on pouvait le faire, on avait le droit de le faire, toujours en se rapportant à notre poste de commandement, mais on avait le droit de le faire. C’était plus, je ne peux pas dire agréable, mais c'était plus sain point de vue du soldat. C'est comme je suis pompier, envoyez moi à un feu pas d'eau, je vais avoir de la difficulté à intervenir sur ma maison, mais donnez-moi de l'eau, je vais l'éteindre.
Description

M. Bellehumeur compare les règles d’engagement de sa première rotation en Bosnie, sous l’ONU, avec les rotations où il servait pour l’OTAN.

Michel Bellehumeur

M. Bellehumeur est né en 1964 à Hull. Il a grandi près d’un manège militaire et a développé un intérêt pour la vie militaire dès le jeune âge. Il s’est enrôlé à 17 ans et a reçu un entrainement de chauffeur de véhicule blindé. Il a servi plusieurs tours outre-mer, notamment en Bosnie et au Kosovo. Il a quitté les Forces après 25 ans de service.

Catégories
Médium :
Vidéo
Propriétaire :
Anciens Combattants Canada
Date d’enregistrement :
3 décembre 2013
Durée :
4:27
Personne interviewée :
Michel Bellehumeur
Guerre ou mission :
Forces armées canadiennes
Emplacement géographique :
Canada
Campagne :
Bosnie
Branche :
Armée
Unité ou navire :
Royal 22e Régiment
Occupation :
Infanterie

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