Le désir de venger ses camarades blessés en Hollande

Des héros se racontent

Le désir de venger ses camarades blessés en Hollande

Transcription
Vous m’avez dit tout à l’heure que vous avez pas, dans votre calepin, écrit les noms de places où vous vous êtes déplacés, mais après Caen, vous avez suivi la libération le long de la côte de la France? Oui, on a suivi, nous autres, notre unité. C’était la 3e Division, la 9e Brigade. Si vous regardez aujourd’hui dans les livres, où la 9e Brigade a passé, on a passé là. Vous étiez toujours derrière la 9e Brigade? Oui, tout le temps affectés, nous autres, à la 9e Brigade. Quand on était inspectés, avant l’invasion, par Eisenhower, puis le roi George VI, c’était la 9e Brigade, toute la 9e Brigade. C’était une unité, on se suivait. Si vous regardez dans les cartes que vous pouvez voir aujourd’hui, la 9e Brigade, on était là, on en faisait partie. Vous avez donc fait le nord de la France, la Belgique, est-ce que toutes les journées se ressemblaient, ou il y avait des journées complètement différentes? Ça se ressemblait pas mal. Quand on arrivait en Hollande, on a établi notre ADS dans un moulin à vent, c’était pas dans une tente. Nous autres on était dans des tentes, mais le ADS même y était. Là il nous est arrivé des blessés, le régiment était entré dans un champ de mines anti personnelles. Ça c’est des petites mines et ça fait partir le pied à la cheville. Les blessés nous arrivaient avec des blessures presque toutes semblables, le pied pendant. Vous faites la grimace, mais nous autres, c’était correct, on était jeunes, peut-être bien si j’avais eu votre âge ce serait une autre affaire, aujourd’hui je ne penserais pas pareil, mais dans ce temps-là c’était correct, on les rentrait, changeait le pansement, les envoyait à l’hôpital. Je pense que la plupart d’eux autres ont perdu peut-être une partie du pied mais ils ont pu replacer le pied, la majeure partie du pied. Pas tous, mais plusieurs d’eux autres. C’était tellement net à la cheville qu’on voyait les os de la cheville, le pied pendant. Vous savez, avant la guerre, à Casselman, il y avait un vétéran qui avait un défaut de langue. On disait c’est parce qu’il avait été gazé et on disait aussi dans ce temps-là que les soldats étaient drogués pour se battre. J’ai compris qu’il n’y avait pas de drogue. C’était impossible. Parce que quand j’ai vu les blessés, les camarades arriver de même, il y en avait tant, s’ils m’avaient dit, veux-tu avoir un fusil pour aller défendre l’infanterie, j’aurais dit oui, puis dépêche-toi, ça presse. C’est ça qui est notre drogue, quand voyez des camarades qui vous arrivent blessés, et si j’étais dans l’infanterie ce serait à côté de moi, on veut les venger, c’est ça qui est la drogue, on en a pas besoin d’autre drogue que ça. Quand ils vous diront qu’ils étaient drogués, croyez pas à ça, il n’y a pas de drogue. C’est simplement de voir vos camarades blessés ou morts à côté de vous autres. J’ai lu des livres et c’est bien de même que ça se passe. Ils veulent défendre leurs officiers, leurs sergents, leurs camarades qui étaient bien proches ensemble. On lie des amitiés entre nous autres comme ça. Quand vous voyez, c’est un chum celui-là, il est mort ou bien mal blessé à côté de vous autres. Je vais aller le défendre, attend une minute. C’est mon chum, c’est ça qui est l’affaire. Vous avez pas besoin de drogue. On parle beaucoup de camaraderie sur la ligne de front, est-ce que vous avez senti la même camaraderie avec votre unité à vous? Oui. La camaraderie, je vais dire comme on dit, on dort ensemble, on travaille ensemble. S’il y en a un qui se fait faire mal, l’autre est là pour le supporter. Dans notre cas on ne pouvait pas le venger, mais pour le supporter du mieux qu’on peut. On ferait tout pour lui.
Description

M. Farley parle de la colère ressentie suite à l’arrivée de nombreux blessés qui ont marché dans un champ de mines anti personnelles en Hollande.

Raymond Farley

Monsieur Farley est né au mois d’octobre 1925 à Crysler, en Ontario. Il s’est enrôlé à 16 ans en 1942 et s’est entrainé au Canada, ainsi qu’en Angleterre avec la 23e Ambulance de campagne, avant de débarquer en France lors du jour J + 1, le 7 juin 1944. Il a soigné des blessés en Normandie, en Belgique, en Hollande, et en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre, en mai 1945. Il s’est ensuite porté volontaire pour la guerre dans le Pacifique, mais il était en permission en Ontario et prêt à partir pour l’entrainement en août 1945 lorsque la guerre a pris fin.

Catégories
Médium :
Vidéo
Propriétaire :
Anciens Combattants Canada
Date d’enregistrement :
10 août 2017
Durée :
4:40
Personne interviewée :
Raymond Farley
Guerre ou mission :
Seconde Guerre mondiale
Emplacement géographique :
Hollande/Pays-Bas
Campagne :
Bataille de l'Escaut
Branche :
Armée
Unité ou navire :
23e Ambulance de campagne
Grade militaire :
Soldat
Occupation :
Infanterie

Droit d’auteur ou de reproduction

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