L'Opération « Oblivion » et la Force 136
Cette unité, qui comprenait plus d'une centaine de Canadiens d'origine chinoise, était une branche du Special Operations Executive pendant la Seconde Guerre mondiale, sous le commandement britannique de Lord Louis Mountbatten.
La Force 136 a pour mission de se rendre par sous-marin en Chine, de se glisser derrière les lignes japonaises, de survivre en petits groupes sans soutien extérieur, de trouver et d’entraîner les résistants, pour les aider à saboter l’équipement et les voies de ravitaillement des Japonais, et de faire de l’espionnage.
John Ko Bong
Quand la guerre fut déclarée terminée, John crut qu'il rentrerait chez lui. Au lieu de cela, son unité a été envoyée dans le nord de la Malaisie pour participer à l'accueil des prisonniers de guerre détenus par les Japonais pendant toute la durée du conflit.
Entrevue
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Wesley Lowe (Intervieweur)
Même à plus de quatre-vingt-dix ans, John Ko ressent toujours autant de fierté à l’égard de son service dans les forces armées. Toutefois, avant de se porter volontaire pour faire son service, il a dû se battre pour obtenir la possibilité de le faire.
John Ko Bong (Interviewé)
On avait mis en place la conscription et tous les jeunes garçons de 17 ans recevaient leur ordre de mobilisation et devaient immédiatement se présenter pour effectuer leur service militaire. La communauté chinoise nous a dit que nous étions… que nous étions, moi et Roy, les chefs de l’association des jeunes de l’époque. Et nous avons fait une… une grande réunion publique pour décider quel camp nous devions choisir. Allions-nous combattre avec… aux côtés des Canadiens? Ou allions-nous rester assis les bras croisés (rires) en laissant les soldats canadiens se battre à notre place?
Donc, avec Roy, nous avons décidé que nous n’allions pas rester assis sans rien faire; nous ne voulions pas que les gens pensent qu’on était trop jaune pour combattre. Nous nous sommes donc rendus au Canadian Scottish Regiment posté dans le manège militaire de Bay Street et c’est là que nous nous sommes engagés.
En fait, à l’époque, tous… tous les soldats de la force active allaient à Vernon. Le camp de base s’y trouvait, et nous nous sommes entraînés… entraînés là-bas pendant deux mois. Puis, vous suivez l’entraînement de base, suivi par l’entraînement spécialisé à la fin duquel on vous affecte à une unité et… Je pense que j’ai fait mon entraînement à Toronto. Certains retournaient le faire dans l’Est. On m’a alors transporté jusqu’à l’unité d’infanterie où j’avais été affecté.
Après que j’ai terminé ce qu’ils appelaient l’entraînement spécialisé, je suis reparti avec les soldats canadiens vers l’Est pour… pour… pour l’Angleterre et l’Europe, pour le jour J, et après j’étais de retour à Toronto, allongé sur ma couchette – vous savez comment sont les lits superposés à deux couchettes? Oui. Il s’agissait bien plus de « raconter des conneries », comme on dit (rires)), aux autres soldats à partir de la couchette du haut, que de dormir. Et, un message m’est parvenu, « John, tu es... tu es, tu... dois... tu dois aller au... aller au bureau tout de suite et récupérer ton billet de train pour Toronto. » J’ai donc été cherché mon billet, je suis retourné à Toronto, et ils m’ont dit, « Et bien, vous vous présenterez à … à cet endroit. »Je suis descendu dans une sorte d’hôtel… en haut des escaliers (il se frotte le nez). Là je suis passé devant une première pièce, une deuxième comme ici, une pièce de réception et puis, puis les officiers qui se trouvaient à l’intérieur m’ont dit « Et bien, tu… tu pars en service spécial. » J’ai demandé « Oh, comment est-ce possible? » Vous voyez, je croyais qu’on allait m’envoyer en Angleterre, j’étais… j’étais tout excité… à l’idée de me préparer pour partir outre-mer à destination de l’Angleterre et de la France, n’est-ce pas?… Voir le… voir un peu de pays.
Il m’a dit, « Non », il a dit, « Tu es… tu parles chinois et tu sais lire le chinois, tu vas dans le groupe du renseignement. Prépare tes affaires pour aller à Hong Kong. » Et là j’allais avec des soldats que je connaissais, n’est-ce pas? (rires) À ce... ce... au camp, au camp Oblivion (oubli).
Wesley
L’Opération Oblivion (oubli) regroupait treize Sino-canadiens qui avaient été sélectionnés pour se rendre derrière les lignes ennemies en Chine pour renverser les Japonais. Les chances de survie du groupe étaient très minces, avec le nom de code Oblivion (oubli). Toutefois, à peine quelques semaines avant qu’on ait pu les parachuter, Hiroshima et Nagasaki furent bombardées, obligeant les Japonais à se rendre et modifiant les termes de l’Opération Oblivion (oubli).
John
Lorsqu’ils ont déclaré la fin de la guerre, tout le monde était content et a applaudi et tout et tout. Nous étions tristes de rentrer à la maison, mais nous étions plutôt contents à l’idée qu’on nous envoie dans le Nord, parce que nous allions pouvoir nous rendre utiles pour accueillir les prisonniers de guerre qui avaient été détenus par les Japonais.
Donc, nous avons installé un grand camp à Manille pour recevoir les prisonniers de guerre, qui étaient en majorité des Britanniques; et ils avaient été enfermés dans des camps de prisonniers au Japon. Et ils étaient, pour certains d’entre eux morts de faim, mais ceux qui marchaient, qui du moins en étaient capables, sont arrivés jusqu’au camp de réfugiés où nous étions, que nous avions installé. Et ils étaient là, ils n’étaient pas beaucoup, peut-être deux mille, n’est-ce pas? Et ils étaient… ils venaient en marchant tels des squelettes humains. Mon Dieu! Quand je les ai vus, j’ai crié « Bon sang! » On ne leur voyait (ses médailles tintent) que la tête et les côtes, vous savez, ils avaient des jambes toutes maigres, ils n’avaient que la peau sur les os. Et j’ai dit « Bon sang! » J’ai demandé « D’où ces hommes arrivent-ils? » Il m’a dit, « Oh ils viennent d’être re… relâchés du camp de prisonniers de guerre japonais. »
Cela fait partie de la grande, de la grande satisfaction, pourrait-on dire, que nous avons été capables d’apporter et aussi de ressentir, avec le plaisir que représente le fait d’avoir vécu cette expérience, en le… en le faisant, n’est-ce pas? Finir le travail et, ce que ça représentait, de dire que nous étions, que nous étions devenus Canadiens parce que nous l’avions mérité, nous avons réussi; nous avons contribué à créer cela, oui tout à fait, pour les Chinois et les Chinoises d’ici.
Neill Chan
Neill Chan, qui a joint les rangs de l'Armée canadienne en 1944, s'est vu offrir la chance de combattre les Japonais étant donné qu'il connaissait leur langue et parlait couramment le chinois. Il a été détaché au Special Operations Executive à Londres. De là, il est allé aux Indes pour décrypter les transmissions militaires.
Interview
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Larry Wong (Intervieweur)
Neill Chan est né en 1924. Il a été élevé dans le Chinatown de Vancouver et, une fois ses études secondaires terminées, a travaillé au chantier naval à North Vancouver. Neill a joint les rangs de l'Armée en 1944 et a été envoyé à Maple Creek pour y suivre le programme d'entraînement de base. La Force 136, formée de guérilléros d'élite, l'a presque immédiatement recruté. Avant qu'il ne le sache, Neill était en route pour Londres, en Angleterre. Pourquoi vous a-t-on choisi afin d'aller à Londres, en Angleterre?
Neill Chan (Interviewé)
Je ne sais pas pourquoi euh mais ils, on nous a envoyés envoyés d'abord à Ottawa, et à Ottawa un sergent m'a demandé où, de quelle unité je faisais partie, et euh je lui ai dit. J'ai dit, « On vient juste de s'enrôler dans euh la Force 136 », alors il m'a dit, « Tu vas être espion. » Je lui ai dit, j'ai dit, « Vous êtes fous. » J'me suis enrôlé pour combattre dans l'Armée et je m'en suis tenu là, ce qui s'est avéré le cas; et euh quand on est arrivé à Londres, en Angleterre, on euh on euh, à Aldershot on nous a distribué des carabines des caisses caisses et on devait juste les nettoyer. On les a simplement nettoyées pour la revue euh vers l'heure du dîner et ensuite on a dû toutes les remettre; et là on nous a dit qu'on était dans l'armée britannique et qu'on n'avait pas besoin des euh carabines.
Larry
Qu'est-ce que vous avez fait après avoir été libéré de l'Armée?
Neill
Je ne sais pas. Je suis tellement mêlé à ce sujet parce qu'on on nous a présenté un exposé en Ang en Angleterre et en et euh et ils ont dit, « Tuer : tuer est parfaitement normal. Si des gens veulent vous tuer vous tuer, ils sont prêts à mourir; alors ils sont prêts à mourir - vous êtes prêts à mourir », alors ce genre de chose m'a tout le temps mêlé euh; et la devise du soldat britannique était : « Pas question de demander ni où ni pourquoi. Le devoir c'est de tuer ou de mourir. » Et c'était leur devise. Et ils s'attendaient à ce qu'on respecte ça.
Larry
Avez-vous déjà tué quelqu'un?
Neill
Dieu merci non. (Avec les forces?) Je n'ai pas eu à le faire. Quand on nous a envoyés on nous a envoyés dans la brousse je ne l'ai pas fait; on était loin de l'ennemi, à des milles et des milles de distance, et puis ils, la plupart d'entre nous ont eu la malaria, ont souffert de la malaria. C'est quand euh c'est quand j'suis allé à l'hôpital militaire britannique. Quand j'suis sorti de l'hôpital j'ai rencontré un sergent qui parlait couramment le chinois et qui m'a dit en chinois, « Retourne pas là. Suis-moi, » alors je n'savais pas ce qu'il - je n'savais pas, j'étais naïf dans ce temps-là, alors je suis allé le rejoindre et il est allé et euh démolir deux ou trois euh dépôts en haut sur le chemin Lido, le début du chemin Lido. Et euh c'est pourquoi euh je ne, je ne voulais pas être impliqué dans ça parce qu'il y avait beaucoup d'activités illégales qui n'étaient pas censées avoir lieu là et pourtant ça se déroulait là.
Larry
Alors alors globalement qu'est-ce qu'est-ce que vous avez pensé de votre expérience de la guerre et...?
Neill
Oh! c'est bien. Ça m'a appris des tas de choses. Ça m'a appris à faire montre de plus de tolérance, ce que j'ai vu aux aux Indes et dans les autres pays comme l'Angleterre : euh m'a rendu plus tolérant. Et euh j'ai toujours cru que euh quand j'allais à l'école que le Canada, sa politique était « Lorsqu'on est né dans ce pays, on on en fait partie »; il ne faut jamais croire le contraire, indépendamment de mon origine ethnique et de tout ça, j'dis encore, « J'vais j'vais joindre les rangs de l'Armée et combattre pour le Canada et essayer de le faire pour ce qui est juste. »
Larry
Mais en fin de compte aviez-vous le sentiment que joindre les rangs de l'Armée et euh obtenir le droit de vote en valaient la peine?
Neill
Bien, quand j'ai joint les rangs de l'Armée je ne m'intéressais pas au droit de vote. (Il rit.) Je ne m'en préoccupais pas. Mon but était à ce moment-là de m'enrôler m'engager pour combattre les Japonais à cette époque, alors quand quand ils ont enrôlé toute notre bande j'étais naïf. J'pensais qu'ils allaient former une unité chinoise tout comme euh l'unité japonaise d'Honolulu; alors j'pensais que c'était ça jusqu'à ce que j'arrive à Ottawa et que ce sergent me dise, « Ah! tu vas être espion. » Je lui ai dit, « C'est des conneries. »
Larry
Alors vous n'êtes jamais devenu espion.
Neill
Dieu merci. Toute personne qui est née au Canada, y a été élevée et y a gagné sa vie devrait être profondément attachée à son pays. C'est ce que j'pense, et c'est comme ça que j'ai toujours pensé. Alors qu'on reçoive des ordres ou qu'on fasse l'objet de discrimination, qu'on manque de formation ou non, on ne devrait jamais se sentir inférieur. On y va simplement et et on sert le Canada.
Saviez-vous?
Neill Chan est doué pour les langues? Un ami lui a appris le japonais pendant son séjour à l'école de Strathcona et il a appris l'hindi quand il était cantonné aux Indes.
Paul Chan
Paul Chan fait partie d'une fratrie quatre frères qui ont servi dans l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale. Comme de nombreux membres de la Force 136, il était stationné en Inde. Dans son entrevue, il nous fait part de sa vision personnelle concernant l'entraînement intensif qu'on lui a fait suivre.
Entrevue
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Wesley Lowe (Intervieweur)
Herby, Ira, Roy et Paul Chan sont quatre frères originaires de Victoria qui ont servi dans l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale. Bien que Paul ne comprenne pas vraiment la raison pour laquelle il se trouvait là-bas, il a été capable de considérer l'expérience qu'il a vécue comme une aventure et de faire preuve d'humour, même dans les endroits les plus glauques.
Paul Chan (Interviewé)
Nous nous trouvions donc sur ce New Amsterdam, nous faisions partie de cette troupe, et à partir du moment où nous sommes allés vers le sud, le temps est devenu plus chaud, puis nous sommes retournés dans le nord. Un jour, une nuit, nous avions, j'avais, nous avions soupé à cinq heures environ, et j'ai vu le cuisinier se lever en courant. Je me suis dis, « Oh, il doit certainement s'agir d'un entraînement », et un peu après on a entendu le haut parleur nous crier « Les Allemands sont venus couler le New Amsterdam » (rires). Et nous étions tous là, assis en train de souper.
Wesley
Comme de nombreux membres de la Force 136, Paul était posté en Inde. Il nous fait part de sa vision personnelle concernant l'entraînement intensif qu'on lui a fait suivre.
Paul
On nous a appris... à lire des cartes et... à tirer avec des armes courtes et, et. il y avait un lac à cet endroit, donc nous a donné une pagaie pour faire du kayak. Nous avons appris à ramer à deux. Et alors. le sergent a dit, « Vous voulez aller sur le bateau, sur un petit voilier? », et nous de répondre, « Certainement! On aimerait beaucoup naviguer », on a fait le tour et on est revenu. Et puis un jour, on a reçu notre ordre d'appel, ils nous emmenés faire un. un différent. cours de tactique sur ce que le. une différente façon d'apprendre.
Bref, ça a duré deux nuits, et puis nous sommes revenus, nous avons attendu de nouveau les ordres et puis nous les avons reçus, ils nous ont donné de l'argent, assez pour payer le train. Nous sommes retournés de Bombay à New Deli; le trajet en train a duré deux jours. Puis, nous. nous sommes montés dans le train, nous étions. dix. Nous avons dit, « Ne laissez rentrer personne. » Vous savez, le. on voit beaucoup de ces personnes en Inde. Ils attendent à l'extérieur du train avec leurs valises pleines à craquer, donc nous sommes justes restés à. Puis, ils nous ont emmenés à ce camp qui s'appelait Merritt (bruit sec) un peu plus loin au nord. Il s'agissait d'une grande trésorerie militaire qui appartenait aux Britanniques, et nous nous trouvions donc dans cette enceinte. Nous apprenions à nous servir du télégraphe sans fil.on nous formait. Je leur ai demandé « Combien de temps dure la formation pour savoir utiliser le télégraphe sans fil? » Il a répondu, « Six mois. » Nous n'avons fait que deux mois. Ils ont voulu nous faire aller trop vite, si bien que nous avons dû faire un mois de plus. Et après ça, nous avons pris le train ou le bus jusqu'à. cet endroit, où nous nous sommes arrêtés pour la nuit. Nous avons alors pu voir ce pont à Calcutta et puis, un bus est arrivé, nous a emmenés à l'aéroport, et on nous a entraînés pour le saut en parachute.
Wesley
Un bon entraînement au saut en parachute était en effet nécessaire pour ceux qui devaient être largués derrière les lignes ennemies.
Paul
Et bien, nous y sommes restés quatre jours. Le premier jour se passe dans le hangar, on vous montre comment mettre la. la. sangle et le reste, et à rouler le parachute vers la gauche ou la droite, et jamais vers l'avant; avec votre sac et le reste. Puis, le sergent nous a dit, « Si vous arrivez dans l'eau, vous avez juste à appuyer (il se frappe la poitrine) sur le bouton et à replier les jambes, mais vous gardez toujours le harnais sur les épaules. » Jusqu'à ce que vous touchiez l'eau, alors à ce moment-là vous ouvrez votre (il lève les bras en l'air) et vous le laissez. le parachute s'ouvre (il rebaisse les bras). Il nous a dit, « Messieurs, sautez » et il s'est noyé (car il n'est pas sorti assez vite. Même si l'eau était profonde de deux pieds seulement, il s'est noyé. Et une autre chose qu'il nous a dite, « Dès que vous apercevez les arbres, vous pliez les jambes pour vous préparer à frapper le sol, mais assurez-vous (il mime le geste) de bien protéger votre visage. Et puis, vous touchez l'arbre, les branches, si ça vous arrive. » Il nous a donc enseigné toutes ces choses, et nous l'avons écouté. Après ça, nous avons terminé ce. nous faisions deux jours et une nuit de sauts - à mille pieds (bruissement) tant que le vent ne dépasse pas vingt milles. Donc nous.ils avaient installé un éclairage en forme de T la nuit. Comme un T et vous êtes censés atterrir juste à cet endroit (il se frappe le genou). Vous tirez ensuite de cette façon ou sur le côté, ou alors comme ceci ou en arrière. Puis le parachute s'ouvre. tout dépend de la façon utilisée, vous savez. Ils vous montrent comment vous devez faire. C'était bien. C'était un Dakota. Nous avons sauté par la. cette fameuse trappe principale. Si vous faites partie de l'opération, vous devez faire une glissade sur la queue, et sur un avion différent.
Wesley
À vous entendre, on a l'impression que. dans l'armée, vous vous êtes beaucoup amusé.
Paul
Oh oui, c'est vrai, on s'est beaucoup amusé.
Wesley
Oui.
Paul
Oui c'est vrai, et nous avons pas mal roulé notre bosse.
Roy Chan
Le Sergent Roy Chan, l'un des quatre frères Chan originaires de Victoria à servir dans l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale, s'est porté volontaire pour faire partie de l'Opération « Oblivion » sous l'égide du Special Operations Executive. Parachuté derrière les lignes ennemies sur le territoire occupé par les Japonais, il a opéré dans la neuvième division australienne à Labuan-Bornéo (Malaisie). Là, il a organisé et dirigé des guérillas autochtones et supervisé des chasseurs de têtes ibans. Parmi les défis qu'il lui a fallu relever pour travailler avec ces locaux, il y avait le problème de la langue et leur manque d'entraînement.
Entrevue
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Wesley Lowe (Intervieweur)
Le Sergent Roy Chan, l'un des quatre frères Chan originaires de Victoria à servir dans l'armée pendant la Seconde Guerre mondiale, s'est porté volontaire pour faire partie de l'Opération Oblivion (oubli) sous l'égide du Special Operations Executive. Parachuté derrière les lignes ennemies sur le territoire occupé par les Japonais, il a opéré dans la neuvième division australienne à Labuan-Bornéo. Là, il a organisé et dirigé des guérillas autochtones et supervisé des chasseurs de têtes ibans. Parmi les défis qu'il lui a fallu relever pour travailler avec ces locaux, il y avait le problème de la langue et leur manque d'entraînement.
Roy Chan (Interviewé)
J'étais avec un groupe de garçons chinois locaux à Bornéo, et je leur faisais faire des patrouilles. Je ne m'étais jamais rendu compte de ça avant d'arriver à Bornéo, que je n'avais jamais eu l'occasion d'apprendre le malais. Nous devions apprendre le malais afin de pouvoir parler avec les autochtones, mais un de mes hommes était Chinois. Il parlait chinois, cantonnais, mandarin, malais et anglais, et j'avais donc besoin de lui en permanence. Et un jour, donc, ils ont dit, « Engagez-le comme soldat au lieu de le cantonner au rôle d'interprète. Donnez-lui un pistolet de calibre .38. » Puis, le sergent a dit, « Emmenez-le dans la brousse et qu'il se familiarise avec le pistolet de calibre .38. » Je l'ai donc laissé tirer son premier coup de pistolet. J'ai tiré avec mon pistolet de calibre .45 et j'ai eu la chance d'atteindre la cannette. Ils m'ont trouvé plutôt bon, et les autres soldats criaient qu'ils voulaient encore tirer quelques coups avec leurs fusils. J'ai donc dit, très bien. Je leur ai donné la permission de tirer trois fois. Après ça, ils m'ont avoué que c'était la première fois qu'ils tiraient avec un fusil. Et je les ai emmenés faire des patrouilles trois, quatre fois, mais bien sûr il y avait aussi deux mitrailleuses et deux mitrailleuses Bren. Chaque fois que j'arrêtais, je m'assurais que ces mitrailleuses étaient juste à côté de moi. Je ne voulais pas qu'ils tirent derrière moi. Ça fait en fait partie des choses auxquelles on ne pense jamais. Ils vous entraînent à nettoyer un fusil, à mettre l'arme à l'épaule, et à présenter les armes. Ils ne leur apprennent jamais à tirer avec le fusil.
Wesley
Cette mission australienne avait très peu de chance de réussir - c'était quelque chose qui était profondément enfoncé dans le crâne de Roy.
Roy
Le Major Kendall a souvent abordé le fait que nous devions être prêts à nous suicider. En ce qui me concerne, je n'aime pas dire ça, mais je me trouvais derrière les lignes ennemies. Je m'étais fait le serment de ne pas me faire prendre vivant. Je me tuerais d'abord, parce que si je me faisais attraper vivant, je savais qu'on m'achèverait à petit feu. Je gardais donc dans une de mes poches deux balles supplémentaires pour moi, pour pouvoir abréger mes supplices, mais heureusement, je n'ai pas eu besoin de les utiliser.
Wesley
En plus du danger que représentait cette mission en raison de sa complexité et de son étendue, il fallait composer avec le manque de temps et de main d'ouvre.
Roy
Et bien, on recevait tellement d'instructions. La façon dont ils nous informaient à Labuan - Le Quartier général avait un travail à nous faire faire; à partir du lieu où nous avons atterri, nous avons parcouru quatre cents milles dans les terres pour organiser une armée de guérilla et libérer 2000 Européens dans une ville qui s'appelait Kooching. Ensuite, le Quartier général nous a dit qu'il nous donnait six mois. Je me suis dit, « Comment peuvent-ils nous accorder seulement six mois pour un travail qui consiste à recruter suffisamment d'hommes pour pénétrer dans une telle enceinte? » Mais, lorsque nous sommes arrivés sur place, ils avaient changé d'avis entre temps, car dans une ville qui se trouvait plus au nord, les Japonais avaient entendu dire qu'il y avait une révolte de prisonniers. Ils en ont tué tellement, vous savez. Ils ne voulaient vraiment pas que ça recommence à Kooching, et nous sommes donc restés coincés là-bas, pour mener cette petite opération.
Wesley
Roy a réussi avec ses hommes à bloquer l'accès du vaste fleuve Rejang, forçant l'ennemi à se retrancher dans les quartiers généraux situés près de la côte où ils contrôlaient le trafic sur le fleuve. Ses patrouilles ont aussi réussi les offensives qu'elles ont lancées contre l'ennemi, en infligeant aux Japonais de lourdes pertes. Bien que Roy et les hommes de son groupe se soient comportés en héros, c'était quelque chose dont ils ne pouvaient pas parler, même pas à leurs familles.
Roy
Lorsque je suis rentré en Australie après la guerre, la première chose que j'ai faite a été de me rendre au Quartier général à Melbourne et ils ont demandé aux quatre sergents présents de rentrer à l'intérieur. Ils ont dit, « Votre mission est terminée tout comme l'armée australienne. Vous devez effacer de votre mémoire l'endroit où vous êtes allés. » Et quand nous sommes rentrés chez nous, nous n'avons donc pas pu leur dire où nous avions été. Ma mère et mes frères ont toujours pensé que j'étais en Australie, et que j'avais passé tout mon temps à m'entraîner avant de rentrer à la maison une fois la guerre terminée, jusqu'au jour où les journaux ont dévoilé publiquement l'endroit où nous étions allés. Je pense que le fait de ne pas dire certaines choses était destiné à nous protéger en quelque sorte. Nos actions ont été gardées secrètes pendant les cinq années qui ont suivi la guerre avant qu'ils disent ce que nous avions fait.
Saviez-vous?
En septembre 1946, Roy, ainsi que quatre autres membres de la Force 136, reçoivent la Médaille militaire pour leur mission à Bornéo.
Bill Chong
Né à Vancouver, Bill Chong a été fait prisonnier lorsque les Japonais se sont emparés de Hong Kong en 1941 et s'est enrôlé volontairement dans le British Army Aid Group (le groupe d'aide de l'armée britannique), une unité du renseignement, y servant sous le nom de code d'agent 50 dans des conditions extrêmement dangereuses et hostiles en Chine.
Bill recevait ses ordres du Groupe d'aide de l'armée britannique, également connu sous le nom de « MI-9 ». De 1942 à 1945, il voyagea seul, déguisé en paysan, évitant bandits et ennemis, malgré deux captures par des patrouilles japonaises. Sa mission consistait à secourir les évadés des territoires occupés et à sauver des vies en acheminant des fournitures médicales.
L'armée britannique reconnut son courage et sa bravoure en lui décernant la plus haute distinction civile, la Médaille de l'Empire britannique..
Entrevue
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Larry Y Wong (Intervieweur)
William Gun Chong, connu sous le nom de code d'agent 50, est né à Vancouver le 15 juillet 1911. Les circonstances l'ont amené à se trouver à Hong Kong durant la semaine fatidique de décembre 1941.
Bill Chong (Interviewé)
Les Japonais avaient déjà occupé Hong Kong et je restais dans l'appartement de ma ma sour. Ma sour alors, elle était partie et la moitié de l'appartement était vacant en dessous. Elle louait et je regardais vers le haut à partir de la véranda. Je n'osais pas monter là et me lever pour regarder. J'ai juste jeté un coup d'oil en bas. J'ai vu les Japonais tuer un des Américains euh ou des Canadiens. Je pense qu'il était officier euh euh. C'était un jeune homme. Il était blessé. Il gisait sur le trottoir. Il a demandé. Les Japonais sont arrivés et ne l'ont pas fait prisonnier, puis l'ont abattu. Ils ils ne comprenaient pas ce que le gars voulait. Tout ce qu'il voulait c'était un verre d'eau et les soldats japonais n'ont rien fait jusqu'à l'arrivée de l'officier. Il a regardé le gars et euh les les soldats, je pense que c'était un sous-lieutenant. Il avait une seule étoile sur l'épaule. Euh le blessé a demandé de l'eau et le Japonais a sorti tiré quelque chose de son dos. Je pensais qu'il sortirait une bouteille d'eau. Il a plutôt sorti un pistolet et l'a abattu sur place. Mais j'ai dit, « Comment des gens euh peuvent faire ça? » Il ne pouvait plus se battre. C'était un jeune gars. Ils auraient pu le faire prisonnier aussi, mais ils ne l'ont pas fait. Ça montre euh à quel point, les Japonais, quand quand ils ont occupé Hong Kong, ils ont été brutaux. Ils étaient méchants. Ils tuaient les gens sans aucune raison. Alors finalement j'ai pensé, « Quand mon tour viendra est-ce qu'ils vont me tuer? » alors j'ai j'ai décidé de m'échapper et suis entré en Chine libre et j'ai joint les rangs de de l'armée britannique.
Larry
Ah c'est bon, Bill, parce que je sais que quand vous êtes entré en Chine libre vous êtes parti à la recherche de euh l'armée britannique et je crois euh que vous avez trouvé le British Army A Group (armée britannique A Group), qui était en réalité une unité (Ouais.) du renseignement qui utilisait des civils pour euh espionner les Japonais (Oui.) et je sais que vous avez rencontré hum euh je crois que c'était le Colonel Lindsay Ride à ce moment-là.
Bill
L'histoire de Deamata et de Marcus da Silva : (Oui.) C'étaient tous les deux des gens très célèbres à Hong Kong que je n'avais jamais rencontrés auparavant, je ne les connaissais pas parce que je n'ai pas été à Hong Kong assez longtemps pour les connaître, alors je les ai fait sortir de euh euh pour les amener en sécurité mais je, mon travail, je ne leur ai jamais demandé leur nom de famille. Je ne leur ai jamais dit qui j'étais ni ce que je faisais. Tout ce qu'ils savaient de moi c'était mon prénom « Bill » et ils, euh je ne connaissais pas cette personne c'est Leo et l'autre Marcus da Silva, son nom c'est Marcus. Donc c'étaient des gens très importants à Hong Kong. Ils ont été en plus capturés par, torturés par les Japonais, et ils se sont échappés et mon travail, je les ai ramenés à la liberté; et après la guerre j'ai été envoyé par la Cour suprême - l'huissier est venu me chercher à mon hôtel.
Ils voulaient que j'écoute la Cour euh qui siégeait. Après je suis sorti et me suis assis. Marcus était le procureur. Leo Deamata était le juge en chef. Le gars lui, ils, poursuivaient un Chinois. Il s'appelait Lee. Il avait travaillé pour les Japonais. Il savait tout sur Hong Kong. Il connaissait tout le monde. Il a marqué un déserteur qui a été torturé. Les Japonais ont filmé le gardien et laissé un drapeau sur son son corps et marché par-dessus. Il a survécu mais euh euh Leo Deamata je ne sais pas. Il ne l'a pas dit. Mais c'était le euh juge en chef de la Cour suprême et ils euh finalement ils ont pris le gars, Lee, ils ils ont ordonné son exécution. Il devait être pendu.
Douglas Jung
Certains d'entre nous se sont rendu compte que nous devions nous porter volontaires pour servir le Canada pendant qu'il avait besoin de nous, si nous ne voulions pas nous retrouver dans une position très délicate après la fin de la guerre pour réclamer nos droits en tant que citoyens canadiens, car le gouvernement du Canada aurait pu nous dire, « Où étiez-vous pendant la guerre lorsque tous les autres étaient partis pour se battre au nom du Canada? Qu'avez-vous fait? » Ainsi, nous avons été quelques-uns à nous porter volontaires, et mon groupe a certainement été le premier à s'engager.
Il fait partie d’un groupe de 12 Sino-Canadiens qui se portent volontaires pour l’Opération « Oblivion ». Jung est blessé au cours d’un exercice de parachutisme, pendant son entraînement, et reste en Australie en tant qu’instructeur d’espionnage.
Entrevue
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Wesley Lowe (Intervieweur)
Douglas Jung, né sans statut légal au Canada, est devenu le premier député sino-canadien du Parlement. La Seconde Guerre mondiale a marqué un tournant décisif dans l'histoire sino-canadienne et Douglas Jung nous raconte ce qu'a signifié cette période.
Douglas Jung (Interviewé)
Certains d'entre nous se sont rendu compte que nous devions nous porter volontaires pour servir le Canada pendant qu'il avait besoin de nous, si nous ne voulions pas nous retrouver dans une position très délicate après la fin de la guerre pour réclamer nos droits en tant que citoyens canadiens, car le gouvernement du Canada aurait pu nous dire, « Où étiez-vous pendant la guerre lorsque tous les autres étaient partis pour se battre au nom du Canada? Qu'avez-vous fait? » Ainsi, nous avons été quelques-uns à nous porter volontaires, et mon groupe a certainement été le premier à s'engager. Nous étions douze soldats sino-canadiens et nous avions tous déjà travaillé comme volontaires dans l'armée canadienne. Nous nous sommes portés volontaire pour effectuer une opération à laquelle on avait donné le nom d'Opération Oblivion (oubli). Il s'agissait d'une opération qui avait été montée par le ministère de la guerre britannique, sous l'égide du Special Operations Executive, qui est le même bureau qui s'est occupé de toutes les opérations clandestines derrière les lignes allemandes et en France - en parachutant des agents alliés pour faire du sabotage ou de l'espionnage, des choses de ce genre.
Notre opération avait été montée pour le Sud-Ouest Pacifique, et j'étais au Commandement du Pacifique, ici, à Vancouver pendant la guerre, où je travaillais pour les services du renseignement, sous les ordres du Major-général George Pearks. Lorsque cet officier britannique est arrivé d'Angleterre, il est venu à la section chargée des services du renseignement pour savoir si on connaissait des Sino-Canadiens. J'étais présent. Il m'a demandé ce que je pensais du fait de me porter volontaire, et lorsque vous avez 19 ans, vous ne réfléchissez pas vraiment à quoi vous vous engagez, mais nous nous sommes portés volontaires, et il m'a demandé si je connaissais d'autres anciens combattants sino-canadiens. Il s'est avéré que je les connaissais tous, car ils étaient vraiment très peu nombreux à l'époque. Et, c'est ainsi qu'en 24 heures, ils ont tous reçu l'ordre de se présenter au rapport à Vancouver. Nous avons effectué notre première formation secrète dans un camp secret situé près du lac Okanagan. L'endroit s'appelait Goose Bay.
Mais, vu que nous avons effectué notre entraînement là-bas, le gouvernement provincial, la British Columbia Historical Society, l'a depuis renommé officiellement, en lui conférant le statut de lieu historique, et il y a même une plaque avec nos noms inscrits dessus afin de perpétuer le souvenir de l'entraînement que nous avons suivi sur place.
Wesley
Les aspirations sur lesquelles reposait l'Opération Oblivion (oubli) étaient audacieuses et très ambitieuses. Toutefois, comme beaucoup de plans, les choses ont dû être modifiées au plus fort du combat.
Douglas
Et le plan initial consistait à faire passer notre groupe en Chine pour armer et entraîner une armée de 300 000 soldats communistes parce que le gouvernement britannique considérait à l'époque qu'ils aideraient n'importe qui, pourvu qu'il combatte les Japonais. Et à l'époque, l'opposition la plus virulente à l'égard des Japonais était constituée par les Chinois communistes. Les armes et l'équipement qui nous étaient destinés étaient ceux qu'on avait confisqués au corps allemand-africain parce qu'ils utilisaient des munitions de neuf millimètres, qui étaient précisément les mêmes munitions qu'on utilisait en Orient. Et on avait donc prévu d'envoyer tout cet équipement en Chine pour équiper cette armée. Mais, avant que nous ayons pu nous lancer véritablement dans l'opération, le haut commandement allié a décidé que tout ce qui se trouvait au nord de la Nouvelle-Guinée relèverait du champ d'action placé sous les ordres du Général McArthur, ce qui en faisait alors une opération militaire « exclusivement américaine ». On nous a alors donné le choix de rentrer chez nous ou de rester en arrière des lignes ennemies pour travailler dans une autre région. Nous avons décidé de rester, car nous nous sommes dit que nous étions déjà là et que nous ne nous étions tout de même pas entraînés pour rien. Et c'est comme ça que nous avons été envoyés en Nouvelle-Guinée et à Bornéo.
Eh bien, il s'agissait d'opérations clandestines derrière les lignes ennemies, derrière les lignes japonaises, avec l'installation de réseaux de renseignements, d'observation et de communications pour l'armée australienne, au cours desquelles on se faisait en général décimer.
Wesley
Le fait de garder secrète l'Opération Oblivion (oubli) était primordial non seulement pour les Alliés, mais aussi pour les Forces canadiennes. Mais, finalement la véritable reconnaissance n'a pas touché que des individus isolés, mais tous les sino-canadiens.
Douglas
Seuls deux officiers de l'armée canadienne étaient au courant de notre opération. Il s'agissait du Général Pearks et de son colonel responsable de l'administration, le Colonel Hugh Alan. Nous avons si bien su garder le secret au cours de nos opérations que lorsque nous sommes revenus d'outre-mer, le dépôt militaire situé à Little Mountain a refusé de reconnaître que nous avions été envoyés outre-mer. Nous avons été obligés de contacter le Général Pearks pour qu'il confirme que nous avions bien été outre-mer, car sur nos dossiers militaires, lorsque nous sommes partis outre-mer, il avait été inscrit que nous avions été rayés des effectifs. Le Commandement du Pacifique ayant été portée à l'effectif du Quartier général de la Défense nationale, à Ottawa, il n'y a aucune mention de nos séjours outremer.
Il est également important de faire remarquer que sur les douze que nous étions à nous porter volontaires pour cette opération outre-mer, quatre ont reçu des médailles militaires pour acte de bravoure, ce qui représente la proportion la plus élevée de décorations jamais remises à une formation militaire canadienne que ce soit avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Nous en sommes donc très fiers, en gardant à l'esprit que tout cela s'est fait à une époque où personne ne nous obligeait à servir le Canada, mais où nous avons ressenti dans nos tripes la nécessité de faire quelque chose comme ça afin de prouver aux Canadiens et aux Canadiennes, ainsi qu'au gouvernement du Canada, que nous étions prêts à tout donner pour obtenir ce que nous souhaitions, c'est-à-dire ni plus ni moins le droit aux privilèges canadiens, soit les mêmes droits que ceux dont jouit n'importe quel autre Canadien.
Saviez-vous?
Élu en 1957, Douglas Jung est devenu le premier député sino-canadien. Apprenez-en davantage sur la vie et la carrière de Doug Jung.
Alex Louie
À 18 ans, Alex Louie, qui travaillait dur dans une usine de pâte à papier de la Colombie-Britannique, s'est enrôlé volontairement dans la force active.
On a envoyé Alex suivre le programme d'entraînement de base à Westaskwin, en Alberta. Au moment où Alex terminait ce programme, l'occupation par les Japonais du Sud-Est asiatique signifiait qu'on recherchait en fait des Sino-Canadiens pour participer à l'effort de guerre. Alex s'est retrouvé affecté à une mission qui l'a amené aux Indes. Il s'agissait d'aller derrière les lignes ennemies sur le théâtre d'opérations asiatique avec la British Force (la force britannique) 136.
Entrevue
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Ramona Mar (Intervieweuse)
Dans les années 30, Alex Louie ne rêvait pas d'une vie meilleure. Il était pris au piège dans deux mondes. Ses années d'adolescence passées dans une usine de fabrication de pâte à papier de la Colombie-Britannique n'avaient pas été une époque heureuse.
Alex Louie (Interviewé)
C'était très triste, je ne sais pas je ne sais pas comment décrire ça mais c'était tellement décevant à l'époque, on ne savait pas de quoi l'avenir serait fait; on ne savait pas ce qui allait arriver le lendemain. On ne pouvait pas rêver, on ne pouvait rien faire. On n'avait pas d'argent, on n'avait pas étudié et si on avait étudié on ne pouvait pas trouver de travail. Beaucoup de gens finissaient l'école secondaire, finissaient l'université ici, ils n'arrivaient pas à trouver d'emploi, vous savez certains de mes amis vous savez. Alors, alors j'ai travaillé là jusqu'à ma conscription dans l'armée.
Ramona
Alex, qu'est-ce que vous avez pensé quand vous avec reçu cet appel sous les drapeaux pour aller vous battre?
Alex
Quand on a 18 ans on manque d'expérience vous savez alors, on suit simplement, en fait on suit les plus vieux. J'ai simplement trouvé un troupeau à suivre, j'étais trop jeune à ce moment-là pour en savoir beaucoup; je ne connaissais rien de la politique. ...
Bien des gens pensent que s'engager volontairement c'est simplement se porter volontaire pour entrer dans l'armée, mais ce n'était pas ça. Volontaire, le mot volontaire veut dire qu'on pouvait entrer dans la force active que vous, qu'on pouvait vous envoyer n'importe où, ou qu'on pouvait rester au Canada pour en défendre le territoire; on restait au pays. Si on se portait volontaire pour la force active, on avait un insigne sur notre manche avec la lettre « G » dessus et on ne voulait pas porter l'uniforme sans cet. ...
... Et on ressentait tous la même chose parce que si on allait porter un uniforme, on pouvait également le faire savoir aux gens, surtout aux Blancs. On devait leur faire savoir que, vous savez, on était, hé on était fonceurs, on était prêts à se battre, comprenez?
Ramona
Comment vous êtes-vous senti lorsque vous avez endossé cet uniforme pour la première fois?
Alex
Oh je vous dis que c'était euh, c'était quelque chose que j'ai juste, le porter c'est assez dur à décrire. Lorsqu'on est l'objet de discrimination et qu'on porte un uniforme, on a, j'ai, et on se sent à égalité. On se sentait, vous savez, on se sentait à égalité, eh! il n'y avait maintenant plus personne de mieux que moi comprenez?
Ramona
On a envoyé Alex suivre le programme d'entraînement de base à Westaskwin, en Alberta. Au moment où Alex terminait ce programme, l'occupation par les Japonais du Sud-Est asiatique signifiait qu'on recherchait en fait des Sino-Canadiens pour participer à l'effort de guerre. Alex s'est retrouvé affecté à une mission qui l'a amené aux Indes. Il s'agissait d'aller derrière les lignes ennemies sur le théâtre d'opérations asiatique avec la British Force (la force britannique) 136.
Alex
On a eu besoin de gens comme nous capables de, qui étaient bilingues, euh et on pouvait organiser la guérilla. Notre travail consistait à aller en sous-marin ou à nous faire parachuter derrière les lignes ennemies. On nous enseignait la démolition euh et le code Morse, on était supposé entrer en contact les uns avec les autres vous savez de façon à ce qu'ils ne sachent pas où on était. Et on était censé pendant ce temps-là faire la guérilla. Alors quand les Japonais ont battu en retraite, vous savez, ils ne pouvaient pas se replier parce qu'on avait la guérilla sous nos sous nos ordres.
Ramona
La période d'entraînement aux Indes a dû être énormément angoissante et presque effrayante pour vous, et puis en même temps vous avez aussi vécu de bons moments parce que vous étiez avec vos copains!
Alex
J'étais angoissé, oh non j'étais angoissé, je l'étais. Bien en fait on ne connaissait rien de mieux; on y allait de toute façon, on allait avec le groupe comprenez? Mais mes deux oncles ont été parachutés quand je suis arrivé là, et euh j'avais deux bons amis à moi, euh Poon Wong et Larry Wong et son frère Ted. ...
... De toute façon quand je quand je suis arrivé là, arrivé là, la première personne que j'ai rencontrée était mon bon ami Poon; euh il est mort depuis. Il m'a dit, « Qu'est-ce que tu fais ici? » Il m'a dit, « La guerre risque de durer encore cinq ans ». J'ai dit « Sainte Nitouche, je ne m'en rendais pas compte ». Et ensuite croyez-le ou non quand je suis rentré, je me suis mis à prier; je ne suis pas religieux. Je ne suis pas croyant, je ne pratique en fait aucune religion, mais je pense que les gens prient j'imagine quand ils ont des problèmes ou qu'ils pensent qu'ils en ont.
Ramona
Donc vous n'avez jamais eu à combattre, vous n'avez jamais eu à sauter en parachute en territoire ennemi parce que la guerre a pris fin avant que vous soyez censé y aller?
Alex
Je pense que nous nous considérons chanceux ou ce que vous voulez. Euh s'il y avait eu la conscription, si on était Canadien et on avait été appelé sous les drapeaux plus tôt il y aurait eu beaucoup de pertes; beaucoup d'entre nous n'en seraient pas revenus. De sorte qu'il n'y en eu que deux ou trois douzaines, peut-être deux, trois douzaines qui sont allées au front; pas tant que ça parmi nous.
Ramona
La guerre pour Alex s'est avérée un tremplin vers l'égalité. De retour à Vancouver après la guerre, Alex allait finalement y devenir un exploitant de restaurant-club de nuit prospère, y ouvrant le premier smorgasbord du Chinatown, une entreprise à laquelle il n'aurait pas pensé à l'époque où il travaillait dans une usine de fabrication de pâte à papier. Imprésario naturel, Alex ramenait régulièrement de Los Angeles et de Las Vegas des acteurs à son restaurant-théâtre Marco Polo. L'époque de la misère noire, de la discrimination et de la guerre est loin dernière lui et pour Alex Louie, la vie est ... rose.
Alex
Je ne peux pas imaginer une meilleure vie aujourd'hui; J'veux dire je suis je suis satisfait et vois tous mes petits-enfants grandir. Je ne pense pas je ne pense pas, je ne pense pas que la vie de qui que ce soit peut être plus heureuse que la mienne aujourd'hui.
Roy Mah
Lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté, une controverse est née aussitôt concernant la question de l'engagement des Sino-Canadiens pour combattre aux côtés d'un Canada qui ne leur accordait même pas le droit de vote. Une faction défendait l'idée que les Sino-Canadiens devraient d'abord obtenir le droit de vote avant de se porter volontaires pour partir à la guerre. Roy pensait le contraire.
Au moment où la guerre s'est concentrée sur l'agression japonaise en Asie, Roy avait été promu au grade de sergent et il avait été choisi pour diriger un contingent de cent-neuf hommes, tous Sino-Canadiens, ayant pour mission de combattre les Japonais derrière les lignes ennemies sur le front malaisien-singapourien.
Entrevue
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Ramona Mar (Intervieweuse)
Presque tout le monde connaît cet homme humble et sobre qui arpente les rues du Chinatown de Vancouver. Cela s'explique par le fait que pendant quarante-deux ans, Roy Mah a été l'éditeur du premier magasine d'actualités canadien de langue anglaise destiné aux Sino-Canadiens et aux Sino-Canadiennes, ce qui lui a permis de gagner le respect de la communauté, grâce au dévouement sans borne dont il a fait preuve pour un Canada juste et multiculturel. Cependant, beaucoup de gens ignorent que Roy a commencé à se passionner pour l'égalité lorsqu'il n'était encore qu'un jeune homme.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté, une controverse est née aussitôt concernant la question de l'engagement des Sino-Canadiens pour combattre aux côtés d'un Canada qui ne leur accordait même pas le droit de vote. Une faction défendait l'idée que les Sino-Canadiens devraient d'abord obtenir le doit de vote AVANT de se porter volontaires pour partir à la guerre. Roy pensait le contraire.
Roy Mah (Interviewee)
J'étais à la tête de l'autre faction et nous nous sommes opposés aux autres pour la raison qui suit. La communauté chinoise était à l'époque bien trop réduite. Vancouver ne comptait au total que sept mille Chinois, et seulement deux cents d'entre eux avaient l'âge requis pour devenir militaires. L'ensemble de la population canadienne ne comptait que trente mille Chinois environ, parmi lesquels moins de mille avaient l'âge requis pour devenir militaires. Ce nombre ridicule ne permettait pas d'exercer une pression suffisante sur le gouvernement pour lui faire accepter une quelconque revendication. J'ai donc défendu l'idée qu'il valait beaucoup mieux saisir cette occasion en or pour s'enrôler immédiatement et partir servir le Canada afin de prouver aux Canadiens et aux Canadiennes ainsi qu'au gouvernement canadien que nous étions nous-mêmes des Canadiens loyaux, nés. nés au Canada, et que nous méritions d'avoir les mêmes droits et le même statut. Et, que lorsque nous reviendrions de la guerre, nous posséderions alors le crédit nécessaire pour réclamer nos droits. Notre faction est sortie victorieuse de la controverse, et un grand nombre d'entre nous se sont enrôlés dans l'armée.
Ramona
Au moment où la guerre s'est concentrée sur l'agression japonaise en Asie, Roy avait été promu au grade de sergent et il avait été choisi pour diriger un contingent de cent neuf hommes, tous Sino-Canadiens, ayant pour mission de combattre les Japonais derrière les lignes ennemies sur le front malaisien-singapourien. La Force 136 obéissait aux ordres de Lord Louis Mountbatten.
Roy
En Malaisie et à Singapour, un tiers de la population était chinoise, et on avait donc besoin de faire passer des Chinois en avion derrière les lignes ennemies afin d'organiser des mouvements de guérilla. Vous savez, il s'agissait de coordonner des actions en faisant participer la population locale afin d'harceler les Japonais. C'est la raison pour laquelle, à l'époque, on voulait faire appel aux services des Sino-Canadiens.
Comme vous le savez, ceux d'entre nous qui se sont portés volontaires, sont partis outre-mer, et, vous savez, nous avions même une prime de risque, avec 200 dollars supplémentaires, en raison de la nature du travail que nous devions accomplir. En fait, parmi toutes les choses qu'on nous a remises pour notre mission, il y avait deux comprimés de cyanure. On nous a expliqué que si nous nous faisions capturés et que les Japonais nous interrogeaient afin d'obtenir des informations sur les Forces alliées, et qu'à cette fin ils décidaient de nous torturer, et que nous n'arrivions pas à le supporter, il nous suffisait de les avaler.
Ramona
Roy a suivi un entraînement de dynamiteur et il a attendu aux côtés des autres membres de la Force 136 jusqu'à ce qu'on leur donne l'ordre ultime de sauter en parachute pour pénétrer en territoire ennemi.
Roy
Pour être tout à fait honnête avec vous, lorsque j'ai reçu mon ordre de mission qui m'informait que je partais quatre jours après, j'ai eu très peur et j'étais rempli d'appréhension. Vous devez vous rendre sur un territoire qui est occupé par l'ennemi, où vous n'avez que des Japonais, où vous pouvez très facilement vous faire prendre, mais le sens du devoir, vous savez, vous aide à en faire fi.
Ramona
Malgré sa préparation et son entraînement, le groupe de Roy a été épargné, sa mission ayant été suspendue avec l'explosion de la bombe atomique. C'est un jeune homme très heureux et soulagé qui est revenu chez lui au Canada, après avoir fait son devoir, avec l'espoir d'obtenir le droit de vote pour ses compatriotes.
Roy
Nous étions vraiment très heureux de pouvoir faire quelque chose pour la communauté chinoise. Pendant que nous étions partis outre-mer, la communauté chinoise avait même déjà commencé à exercer des pressions sur le gouvernement. Ils n'avaient de cesse d'alléguer : « Regardez nos fils! Regardez avec quelle volonté ils sont prêts à sacrifier leurs vies pour notre pays, et pourtant vous refusez encore de nous reconnaître le statut de Canadiens. Combien de preuves supplémentaires de notre loyauté vous faut-il pour vous prouver que nous sommes sincères? » Et ils présentaient des notes au gouvernement, ils faisaient pression sur les différents politiciens et ainsi de suite. Donc, quand nous sommes revenus, nous ressentions une certaine fierté à l'idée d'avoir été capables d'accomplir quelque chose, car si ça n'avait pas été pour nous, nous ne l'aurions certainement pas obtenu si rapidement.
Ramona
Fort de l'expérience qu'il a vécue pendant la Seconde Guerre mondiale, Roy a passé le reste de sa carrière comme journaliste à façonner le Canada multiculturel que nous connaissons aujourd'hui. Les sujets dont traitait son magasine le Chinatown News l'ont été dans une perspective sino-canadienne empreinte de fierté.
Roy
Je sais qu'on ne peut pas toujours obtenir tout ce qu'on voudrait dans la vie, mais on peut toujours atteindre l'objectif qu'on s'est fixé. C'est pour cette raison, que j'ai toujours voulu me battre pour défendre une cause, et qui plus est une cause juste. Combattre pour la liberté civile, pour des droits égaux et pour une société plus juste. Comme vous le savez, c'est devenu aujourd'hui une réalité, c'est juste une question de vie quotidienne. Vous savez, toutes ces personnes qui profitent aujourd'hui de ces droits et privilèges, pour lesquels nous avons dû nous battre avec tant d'acharnement.
Saviez-vous?
Pendant quarante-deux ans, Roy Mah a été l'éditeur du premier magazine d'actualités canadien de langue anglaise destiné aux Sino-Canadiens – Chinatown News – une publication qu'il a fondée en 1953. Et pour ses services rendus aux anciens combattants, il a reçu la mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants en 2003.
Hank Wong
Henry Albert (Hank) Wong s'est enrôlé dans l'armée en 1940. Il a servi dans le Kent Regiment jusqu'à ce qu'il soit recruté pour l'Opération « Oblivion », en 1944.
Alors qu'il se trouvait en permission, Hank a reçu une lettre plutôt mystérieuse qui lui annonçait qu'il était libéré de ses obligations vis-à-vis du service régulier et qu'on le recrutait pour une mission dangereuse.
Il s'est avéré qu'Hank avait été recruté pour faire partie d’une unité d'intervention d'élite qui devait être parachutée sur Hong Kong pour harceler l'ennemi.
Entrevue
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Larry Wong (Intervieweur)
Hank Wong est né en plein cour de l'Ontario. Il n'était pas considéré comme un citoyen canadien en raison de sa race.
Hank Wong (Interviewé)
Lorsque j'étais jeune, j'appartenais aux scouts marins. En tant que scout marin, il me paraissait naturel de rentrer dans la Marine. J'allais m'engager dans la Marine. Avec ma bande, nous sommes donc partis nous engager dans la Marine, et toute ma bande a été prise, soit cinq d'entre nous, mais moi, je n'ai pas été accepté.
Larry
Vous n'avez pas été accepté dans la Marine parce que vous étiez Chinois?
Hank
Le Capc Hunter ... a sorti un petit livre noir en me disant, « Hank, tu ne peux pas rentrer dans la Marine. Ils ne, ils ne sont pas autorisés. Ils ne sont pas autorisés à faire rentrer des Chinois dans la Marine. Il faut être de race blanche. » Donc, après avoir laissé mes camarades, j'ai descendu les escaliers, les recrues se trouvant à l'étage, pour aller m'engager dans l'Armée de terre.
Maintenant oui, c'était de la discrimination ou quelque chose comme ça. Je devais faire un défilé pour le colonel avant de pouvoir rentrer dans l'armée et ils. le. Je crois que l'officier de recrutement avait été interrogé sur la question et il a répondu, « Sommes-nous.autorisons-nous les Chinois dans l'armée? » Et il a dit, « Eh bien, quelle est. quelle expérience a-t-il? » Je lui ai dit que j'avais travaillé comme technicien pendant un certain nombre d'années et que je possédais un diplôme de mécanicien motoriste, et il a dit, « Bien, il sera, il sera mon chauffeur. » C'est comme ça que je suis rentré dans l'armée. Mais, juste un peu plus tard, comme je conduisais vite, j'ai arrêté d'être son chauffeur (rires).
En 1940, le Kent Regiment a été déplacé à New Westminster et ils... ils. la totalité, la totalité du delta du Fraser était couverte par ...Nous, nous protégions toute la région, car les Japonais avaient déjà lancé des obus. lancé des obus sur la côte, à, à Vancouver, dans l'île de Vancouver. Et donc... donc quand les... Japonais descendaient sur Kiska. Vous vous souvenez de ça? Ils... ils ont attaqué Kiska. Et alors ils. nous avons envoyé une brigade de troupes entière pour remonter jusqu'à Terrace et Prince George et tout le long de la ligne. À l'époque, il n'y avait pas de routes. Nous devions utiliser la voie ferrée, et c'est là que nous avons suivi notre entraînement, pendant les deux années qui ont suivi, dans cette région. Et puis, le Kent Regiment a été fragmenté pour pouvoir monter la garde à la fois sur Bella-Bella et Ocean Falls et, et Nanaimo et Vancouver et Victoria. Tous les petits postes qui se trouvent le long de cette zone, nous... nous y avons monté la garde.
Larry
Alors qu'il se trouvait en permission, Hank a reçu une lettre plutôt mystérieuse qui lui annonçait qu'il était libéré de ses obligations vis-à-vis du service régulier et qu'on le recrutait pour une mission dangereuse.
Il s'est avéré qu'Hank avait été recruté pour faire partie de ce qu'on allait appeler l'Opération Oblivion (oubli), une unité d'intervention d'élite qui devait être parachutée sur Hong Kong pour harceler l'ennemi. Elle a suivi un entraînement intensif à Goose Bay, sur le lac Okanagan, en Colombie-Britannique.
Hank
Je suis allé au vieil hôtel de Vancouver où je logeais. Dans l'un des grands salons, ils avaient dressé une table à laquelle étaient assis tous ces hommes, avec leurs détonateurs rouges et leurs bérets rouges, et le Major Kendall se tenait debout près de la fenêtre avec un. dos à nous. Et j'ai fait la revue, et dès qu'il m'a entendu parler, il s'est immédiatement retourné. Il a dit, « Êtes-vous Chinois? » Et j'ai répondu, « Oui. » Et il a dit, « Parce que vous n'avez pas d'accent. » Et j'ai répondu « Bien, je ne parle pas chinois. » Et il a dit, « Génial. » Il a dit, « Quelle expérience as-tu? » Je lui ai dit que j'avais une expérience de mécanicien d'armes. J'avais été instructeur d'armes. Alors, il a dit, « C'est bon, c'est d'accord. Il est accepté. » Et c'est comme ça que je suis rentré dans la partie. Ensuite, il m'a envoyé au camp. au camp de Commando Bay et c'est là que je suis allé. Vous savez, à l'époque, ça ne s'appelait pas Commando Bay, mais Goose Bay.
Larry
Combien de temps êtes-vous resté à Goose Bay?
Hank
Environ quatre mois... quatre mois d'entraînement intensif.
Larry
Maintenant, vous avez mentionné le fait que tous les Chinois ne parlaient pas chinois.
Hank
Non. C'est pourquoi ils ont mis en place des écoles. C'est la femme de Kendall qui est devenue notre professeure, et ils nous ont donné ce livre. C'est un peu comme. c'est un peu comme un livre de primaire, et si vous parlez chinois maintenant, il est intitulé. (en chinois), ce qui correspond en fait à un millier de mots. Mais, n'oubliez pas que je n'avais jamais parlé chinois. Ma femme m'a dit : « S'ils t'avaient attrapé, ils t'auraient tué, parce que tu ne parles pas chinois. Et surtout avec ton accent, tu n'aurais jamais pu aller où que ce soit. »
Larry
Alors que s'est-il passé une fois que vous avez terminé votre entraînement à Goose Bay?
Hank
Et bien, on nous a fait partir. Tout allait bien pour nous. On nous a envoyés en Australie. Ils nous ont fait faire l'entraînement complet ainsi que l'entraînement pour apprendre à sauter si nous devions nous éjecter. Imaginez une course de cinq milles tous les matins, puis vous devez faire, faire tous vos exercices et votre. votre entraînement, partir en vol, sauter des avions. et sauter des murs hauts de treize pieds. Sauter du haut des murs. tout cela servait à vous endurcir. Non, c'était. c'était vraiment génial.
Larry
Donc, vous avez gagné votre insigne ailé des parachutistes?
Hank
Oui, j'ai obtenu l'insigne ailé. J'ai eu... tout s'est bien passé. Oh oui! Je ne m'en suis jamais servi. Oui, cinq sauts, cinq sauts, c'est ça.
Larry
Donc que s'est-il passé après l'entraînement en Australie? Où êtes-vous allé?
Hank
La guerre s'est arrêtée, le 15 août. Quand la guerre s'est arrêtée, tout s'est arrêté. Ils nous ont juste dit de rentrer chez nous. Ils n'avaient aucun moyen de transport à leur disposition pour nous ramener chez nous. Si on prend le temps d'y réfléchir, les Américains avaient toutes les troupes, toutes les machines, tous les a., tous les avions et tous les navires pour ramener leurs soldats chez eux. La guerre est finie, maintenant, n'est-ce pas? Nous parlons d'un million de soldats. Comment allez-vous ramener les Canadiens chez eux? Nous devions organiser nous-mêmes notre voyage de retour sur des navires de tramping. Chaque fois qu'un tramp arrivait pour décharger sa cargaison, il n'avait pas d'autre cargaison à remonter à bord et on faisait donc embarquer les soldats dessus, mais ils devaient travailler en retour, ils devaient s'engager et travailler en échange. Donc, dans notre cas, nous étions sur le. le Kitsilano Park, un cargo de 25 tonnes. Nous devions astiquer et décaper les ponts.
Renseignements connexes
Les Sino-Canadiens de la Force 136
L'Encyclopédie canadienne
L'Encyclopédie canadienne
Roy Mah (disponible en anglais seulement)
Société du Musée militaire canadien chinois