Michael et Anthony Pryor

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Table des matières

Année de l’enrôlement

1987

Affectations

  • NCSM Athabaskan (1988-1991)
  • EFFS Halifax (1991-1993)
  • NCSM Montreal (1993-1998)
  • EONFC Halifax (1998-2001)
  • NCSM St. John’s (2001-2004)
  • IMF Cape Scott (2004-2005)
  • NCSM St. John’s (2005-2008)
  • IMF Cape Scott (2008-2011)
  • NCSM Athabaskan (2011-2013)
  • IMF Cape Scott (2013-2016)
  • DGGPEM (2016-2018)
  • CTAQ Costal (2018-2022)

Déploiements

  • NCSM Athabaskan – Opération Friction
  • NCSM Montréal – OTAN ex-Yougoslavie
  • NCSM St. John’s – Opération Apollo
  • NCSM Athabaskan – Opération Caribbe

Michael et Anthony Pryor

Un marin pendant la guerre du Golfe, une famille sur la jetée et l’héritage qui a suivi

Truro (N.-É.) et Gander (T.-N.-L.)

Bon retour à la maison papa

La journée était plutôt sombre lorsque le navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Athabaskan est rentré au Port d’Halifax après avoir passé des mois dans le golfe Persique. Un brouillard opaque remplissait l’air de l’Atlantique. Sur la jetée, parmi la foule anxieuse, se trouvait la famille d’un jeune marin, son épouse, ses parents, sa fratrie et ses deux jeunes fils. L’un d’entre eux, qui était à peine assez âgé pour comprendre ce qu’était la guerre, tenait une pancarte faite à la main sur laquelle on pouvait lire : « Welcome Home Daddy » (Bon retour à la maison papa).

Pour le matelot de 1re classer Michael Pryor, le moment où il les a aperçus a eu l’effet d’un baume après mois passés en mer, dans une chaleur suffocante, à naviguer dans une zone de guerre à proximité de mines, et à vivre dans l’anxiété qu’on éprouve à travailler et à dormir sous la ligne de flottaison.

Un photographe du Halifax Herald était parfaitement placé pour immortaliser le baiser échangé par Michael et son épouse Debra au moment de leurs retrouvailles, qui s’est retrouvé en première page le jour suivant. Le portrait de la famille et l’image du petit Anthony, âgé de deux ans, ont été publiés dans la revue Sentinelle. Ces souvenirs de famille ont marqué le début du service de Michael Pryor et se sont transmis à la prochaine génération.

De Truro au Golfe

Né tout près de Truro, en Nouvelle-Écosse, où il a également grandi, il s’est enrôlé dans la Marine royale canadienne en 1987. Il travaillait comme préposé à l’entretien dans un hôtel lorsqu’il s’est enrôlé dans la Marine en quête d’un emploi stable et d’un meilleur salaire. Après son instruction de base à la BFC Cornwallis, il a reçu une formation de mécanicien de marine, a gravi les échelons dans le domaine technique, et a servi temporairement à bord de navires, comme le NCSM Annapolis, avant d’être affecté à bord du NCSM Athabaskan, un destroyer de la classe Iroquois.

En 1990, alors qu’il était âgé de 27 ans seulement, il est parti en déploiement dans le golfe Persique dans le cadre de l’opération Friction. Le NCSM Athabaskan faisait son entrée dans une zone de guerre active, escortant des navires de la coalition, protégeant les navires-hôpitaux et navigant dans des eaux parsemées de mines marines. À un moment donné, le navire et son équipage ont aidé à frayer un chemin dans un champ de mines après que le USS Princeton en ait heurté deux, dans le but de permettre au navire endommagé et au remorqueur de se rendre au sud pour se faire réparer.

« C’est là que ça m’a vraiment frappé qu’il ne s’agissait pas d’un exercice », dit-il.

Sous le pont, les marins vivaient à l’étroit. Ils étaient plus de 50 à dormir dans des lits superposés triple au-dessus des réservoirs à combustibles et à eau, sous la ligne de flottaison. En temps de paix, les écoutilles des trois ponts demeuraient ouvertes sur ces destroyers. Mais sur un plan d’eau truffé de mines, la sécurité du navire prévalait sur le confort de l’équipage, et les écoutilles des postes d’équipage étaient fermées afin de préserver l’intégrité du navire en cas d’explosion d’une mine.

« On vivait avec les mêmes personnes, jour après jour, mentionne-t-il. On apprenait à s’entendre. On n’avait pas de téléphone cellulaire. On avait les autres, nos livres et nos cartes. C’était tout. »

Il se rappelle avoir vu les arcs des missiles Tomahawk lancés à partir de cuirassés américains à quelques kilomètres d’où il se trouvait. Après la guerre, il se souvient de l’air épais et âcre qui émanait des champs de pétrole en flammes au Koweït; l’air était tellement chargé de fumée et de particules qu’il n’était pas possible de rester sur les ponts supérieurs trop longtemps. Les filtres du système de filtration d’air du navire devaient être nettoyés régulièrement.

Au cœur du danger, il y avait une fierté quant au professionnalisme de l’équipage et une confiance envers l’expérience des camarades de bord et des hommes qui naviguaient sous le pont.

« Je me sentais en sécurité avec les personnes avec lesquelles j’étais, dit-il. C’était d’excellents ingénieurs et des marins chevronnés. »

Lettres d’amour parfumées

Les lettres de la maison, qui prenaient des semaines avant d’arriver dans des sacs de courrier, étaient distribuées sur le pont des postes d’équipage. Il se souvient d’avoir ouvert avec empressement des enveloppes qui sentaient le parfum « Eternity », le préféré de son épouse.

« Je savais qu’elles venaient d’elle », dit-il.

Pour montrer leur soutien aux troupes, des entreprises d’Halifax avaient envoyé des colis réconfort pour Noël à ceux qui servaient dans le Golfe. Un des colis contenait un Walkman jaune vif pour chaque personne. Les marins achetaient des cassettes dans des ports étrangers au Moyen‑Orient. « Écouter du rock and roll à tue-tête dans ses écouteurs était réconfortant lorsqu’on était en mer depuis 50 jours, à établir des records d’endurance et à surmonter la monotonie et la tension des opérations en temps de guerre », dit-il.

Les troupes ne parlaient pas beaucoup du travail qu’elles accomplissaient à leurs amis et à leur famille à la maison.

« Les bavards coulent les navires, affirme M. Pryor. Il valait mieux se taire. »

Retour à la maison

Lorsque le NCSM Athabaskan est enfin retourné à Halifax au printemps 1991, les familles étaient attroupées en bordure du port. Le fils aîné de Michael, Donald, était assez âgé pour se souvenir de cette journée. Son benjamin, Anthony, était âgé de deux ans et demi seulement et tenait une pancarte qu’il reconnaîtrait plus tard uniquement à partir de photographies.

Un homme en uniforme de marin est agenouillé et sourit à côté d’un jeune enfant qui porte une pancarte « Welcome Home Daddy » (Bon retour à la maison papa) autour de son cou.

Michael, Debra et Donald Pryor entourent le petit Anthony avec sa pancarte autour du cou pour accueillir son père à la maison après la guerre du Golfe.

Michael Pryor a poursuivi son service en uniforme pendant presque 35 ans. Aujourd’hui, il travaille au chantier naval d’Halifax à titre d’inspecteur technique de systèmes mécaniques pour le ministère de la Défense nationale. Il assure encore la sécurité des navires et continue à servir d’une manière différente. Il est très fier de son service dans le Golfe, du professionnalisme des marins aux côtés desquels il a servi et d’avoir été un membre des Forces armées canadiennes.

« Les Canadiens et les Canadiennes doivent être forts, aujourd’hui plus que jamais », dit-il.

Le fils qui a suivi

Anthony Pryor ne se souvient pas du jour du retour de son père à la maison. En revanche, il se souvient des photos, des revues et des histoires de son enfance.

« Ces photos étaient partout, dit-il. C’était une histoire intéressante pendant mon enfance. »

Comme la plupart des enfants de militaires, il se rappelle également que son père lui manquait pendant ses déploiements prolongés.

« Je m’ennuyais beaucoup de lui, mentionne Anthony. On n’oublie jamais cette partie-là. »

Aujourd’hui, Anthony porte lui aussi l’uniforme. En tant que membre des Forces armées canadiennes, il est un médecin militaire qui effectue une résidence de deux ans à Gander, à Terre-Neuve-et-Labrador, avec une spécialisation en médecine d’urgence. Il est attiré par les mêmes environnements où la pression est forte avec lesquels son père a composé en mer il y a des décennies.

Un homme vêtu d’une toge de finissant universitaire sourit en enlaçant ses parents, qui se trouvent de chaque côté de lui. Ils sont devant une affiche de l’Université Dalhousie, et l’homme tient un diplôme de fin d’études dans sa main.

Debra, Anthony et Michael Pryor à la collation des grades d’Anthony en 2024 de l’école de médecine de l’Université Dalhousie.

« Je travaille bien dans le chaos, dit-il en riant. C’est dans ces situations que j’excelle. »

Entendre son père parler de navigation dans des champs de mines et de travailler dans une zone de guerre l’a marqué quand il était enfant.

« C’était terrifiant, explique-t-il.

Il devait y avoir une peur si grande en faisant ce travail. Il faut respecter un tel service, qui oblige à se mettre en danger pour le bien commun. »

Lorsqu’on lui a posé une question concernant les déploiements, Anthony a ri.

« Honnêtement, j’ai plus peur des affectations que des déploiements. Mais le travail? L’adrénaline? C’est ce qui me convient. »

Les familles de militaires

Pour les familles de militaires, le service n’est pas effectué uniquement par une personne. Il réside dans l’attente, les lettres qui ont l’odeur de la maison, les enfants qui grandissent avec des histoires plutôt que des souvenirs, et la force des conjoints et des conjointes, qui tiennent le fort du foyer.

Il ne s’agit pas seulement de remercier les personnes en uniforme, mais aussi de rendre hommage aux familles qui attendent sur la jetée, sous la pluie. Aux enfants qui tiennent des affiches dont ils ne se souviendront pas. Aux conjoints ou conjointes qui attendent pendant de longues périodes de silence. Et aux générations qui portent la fierté du service – et son coût.

Avec courage, intégrité et loyauté, Michael et Anthony Pryor laissent leur marque. Ce sont des vétérans des Forces armées canadiennes. Découvrez d’autres histoires.

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Si vous êtes un vétéran ou une vétérane, un membre de la famille ou l’aidant d’un vétéran, vous avez accès en tout temps au soutien d’un professionnel de la santé mentale, et ce, sans frais. Composez le 1-800-268-7708.