Michelle Backhouse

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Une soldate sourit pour une photo. Elle est vêtue d’un treillis militaire avec un écusson du drapeau canadien sur l’épaule. Un tour de cou aux couleurs du drapeau de la fierté transgenre (bleu clair, rose et blanc) est suspendu à son cou.

Enrôlement

  • 1989

Affectations

  • 405e Escadron
  • Centre des opérations de la 14e Escadre
  • 405e Escadron
  • 14e ESO
  • commandante adjointe de la 14e Escadre
  • 404e Escadron

Déploiements

  • opération Apollo
  • opération Athena

Distinctions

  • Étoile de campagne générale – Asie du Sud-Ouest, Décoration des Forces canadiennes, Mention élogieuse du chef d’état-major de la défense (pour son travail avec Espace positif et l’Organisation consultative de la fierté de l’Équipe de la Défense)
  • Médaille du jubilé de platine de la reine Elizabeth II au Queensland
  • Médaille du service opérationnel d’Australie, coalition internationale civile de lutte contre le terrorisme

Michelle Backhouse

Kingston (Nouvelle-Écosse)

Après des décennies passées à cacher une partie de son identité, Michelle Backhouse raconte son histoire pour faire savoir aux autres qu’ils ne sont pas seuls

La capitaine Michelle Backhouse pense encore à une femme transgenre qu’elle a vue sur la promenade de l’aérodrome de Kandahar.

Elle avait entendu des rumeurs à propos de cette femme, qui travaillait dans un salon de coiffure américain situé sur cette promenade commerciale populaire de la base. Michelle Backhouse marchait avec un groupe de soldats quand certains d’entre eux l’ont remarquée.

« Certains des autres gars ont ricané. Ils se sont retournés, l’ont regardée et ont dit : c’est une femme trans », se rappelle Michelle Backhouse.

Elle regrette encore à ce jour de ne pas avoir parlé et de ne pas avoir mis fin aux moqueries.

« Je n’ai rien dit. Je ne pouvais rien dire, ou du moins je sentais que je ne pouvais rien dire, parce qu’à ce moment-là, je pensais que je serais moi aussi pointée du doigt et ridiculisée pour avoir défendu quelqu’un qui était transgenre, en sachant parfaitement que j’étais différente aussi. »

Un soldat portant un treillis du désert et un casque sourit pour une photo. Il y a un écusson du drapeau canadien cousu sur son épaule.

Michelle Backhouse, en Afghanistan, à l’été 2009, au sein du détachement canadien de véhicules aériens sans pilote à bord Heron.

Michelle Backhouse savait qu’elle était différente depuis l’âge de neuf ans. Mais elle a passé des décennies à cacher cette partie d’elle-même à sa famille, à ses amis et à ses collègues.

« À cette étape de ma carrière, de ma vie, je ne connaissais pas toute ma vérité.

Je ne faisais qu’observer la situation, et je n’ai rien fait pour intervenir. »

Aujourd’hui, Michelle Backhouse ne reste pas silencieuse lorsqu’elle est témoin d’intimidation ou d’un traitement injuste.

Réserviste au sein de la 14e Escadre Greenwood, Mme Backhouse occupe maintenant les fonctions de commandante adjointe de l’escadrille des opérations. Elle parle également ouvertement de sa vie en tant que ce qu’elle appelle une « femme ayant une expérience transgenre ».

Elle estime maintenant que raconter son histoire est une autre façon de servir les autres.

Une vie en uniforme

Née dans le nord-est de l’Angleterre, Mme Backhouse a déménagé avec sa famille dans une ferme d’agrément située dans le centre de l’Alberta à l’âge de 12 ans. Après avoir étudié en technologie de l’arpentage et passé deux ans et demi à travailler dans des fermes en Allemagne, elle a décidé qu’elle voulait servir son pays – et piloter.

Elle s’est enrôlée dans les Forces armées canadiennes à l’âge de 28 ans.

Elle est arrivée à la 14e Escadre Greenwood en 1993 et a piloté un CP-140 Aurora au sein du 405e Escadron, puis elle a occupé des postes de soutien aérien et opérationnel.

Mme Backhouse a dû faire face à d’importants défis tout au long de sa vie. Pendant des décennies, elle a lutté avec son identité tout en tentant de concilier les exigences de son travail et l’éducation de ses quatre jeunes enfants.

Au fil de sa carrière, il lui est devenu de plus en plus difficile de traiter l’information écrite, particulièrement dans des situations de pression. Elle a dû développer ses propres stratégies, notamment en transformant le texte en images mentales, afin d’apprendre et de réussir. Sans accès à du soutien par les pairs et ayant souvent l’impression de devoir affronter seule ces difficultés, l’accumulation du stress, de l’épuisement et de ses luttes personnelles a fini par l’entraîner dans ce qu’elle décrit comme un « chapitre sombre » de sa vie.

Se retrouver en Afghanistan

Michelle Backhouse a participé à un déploiement de sept mois en Afghanistan, où elle était aux commandes de véhicules aériens sans pilote Heron.

Les choses qu’elle a vues et vécues en Afghanistan l’ont marquée pendant des années après son retour au pays.

Un soldat en treillis du désert est assis à un bureau devant plusieurs écrans d’ordinateur. Il porte un casque d’écoute doté d’un microphone et tourne la tête par-dessus son épaule gauche pour sourire à la caméra.

À l’été 2009, au centre de contrôle des véhicules aériens sans pilote à bord, à l’aérodrome de Kandahar, après une mission.

En 2010, elle est revenue de l’Afghanistan et, après avoir servi en uniforme pendant 20 ans, elle a pris sa retraite des Forces armées canadiennes. Mais son engagement à l’égard de la mission l’a ramenée en Afghanistan la même année, où elle a passé quatre autres années à travailler comme membre civile d’une équipe composée d’anciens militaires.

« C’était une période intéressante pour être en Afghanistan. Nous avons vu tout être construit. Nous avons tout vu être démoli. »

Pendant son séjour en tant que civile, elle a commencé à faire des recherches en ligne sur l’identité de genre. Elle a également noué des liens avec des personnes dont les expériences étaient similaires aux siennes.

Michelle Backhouse a été la dernière personne de son groupe à quitter Kandahar à la fin de 2014. Comme de nombreux vétérans, elle a eu du mal à trouver sa place à son retour au pays.

« Quand je suis revenue, je ne savais pas trop ce que j’allais faire. J’avais perdu mes repères. »

Même après plus de vingt ans de service, elle n’a pas pensé à se tourner vers Anciens Combattants Canada pendant sa transition de la vie militaire à la vie civile.

« Je ne me considérais pas comme une vétérane », dit-elle.

« Pour les gens de ma génération, les vétérans sont plutôt des personnes qui ont servi pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous ne nous considérons pas comme des vétérans. »

De retour au Canada, elle a fait la connaissance d’une autre membre des Forces armées canadiennes qui avait du mal à définir son identité de genre à une époque où, selon Michelle Backhouse, peu de mesures de soutien étaient offertes.

« Je me suis dit qu’il y avait certainement quelque chose que je pouvais faire à ce sujet. »

Une date importante dans l’histoire de sa vie

En mai 2018, Mme Backhouse s’est inscrite à la formation pour les ambassadeurs d’Espace positif à Ottawa.

Elle a assisté à la première journée en se présentant sous son identité masculine. Le lendemain matin, c’est Michelle qui est entrée dans la salle de classe.

« Le 29 mai 2018, le deuxième jour de la formation, je suis venue en classe en tant que Michelle, et non avec l’identité masculine que j’avais adoptée la veille. Pour moi, ce fut une date transformatrice. »

Elle a décidé d’annoncer à la haute direction de la BFC Greenwood qu’elle était en transition.

Une femme en uniforme militaire se tient debout, souriante, devant trois drapeaux : celui de la Nouvelle-Écosse, celui du Canada et celui de l’Aviation royale canadienne. Elle porte plusieurs médailles militaires sur la poitrine et a les mains le long du corps.

Mars 2023, à Greenwood, en N.-É., à la cérémonie du jubilé de platine de la Reine marquant les 70 ans de règne historique d’Elizabeth II.

Dans le cadre d’une présentation sur le programme Espace positif, Michelle Backhouse a expliqué pourquoi le travail était si important pour elle. Puis, elle a présenté des photos d’elle-même, en tant que Michelle, à l’écran.

« J’ai été acceptée à 100 % sur le coup », se souvient-elle en souriant.

Au début, elle a évolué entre des présentations de son identité masculine et de son identité féminine.

Puis, à un certain moment, je me suis dit : non, je sais qui je suis et c’est ainsi que je veux vivre ma vie », dit-elle.

Pour quelqu’un qui avait passé une grande partie de sa carrière et de sa vie à essayer de ne pas se démarquer, c’était un énorme changement.

« Je voulais surfer au milieu de la vague. Ni en haut ni en bas. Je voulais simplement vivre ma vie sans me démarquer. Tout a changé lorsque j’ai décidé de sortir de l’ombre et de montrer à tout le monde qui je suis vraiment. Et cela m’a donné tellement de
confiance. »

Faciliter la tâche à la personne suivante

À mesure que Mme Backhouse s’ouvrait davantage à propos de son histoire, celle-ci est devenue étroitement liée à son travail. Après avoir servi en tant que conseillère en matière d’éthique et de harcèlement de l’Escadre, elle a occupé les fonctions de coordonnatrice de l’évolution culturelle, en s’efforçant de faire évoluer la culture au sein des FAC afin de la rendre plus inclusive et accueillante pour les membres de la communauté 2ELGBTQI+.

Mais elle se garde bien de dépeindre sa propre expérience de la transition comme étant universelle.

« Je reconnais que j’ai bénéficié du privilège que procure le grade de capitaine avec ancienneté. J’ai aussi profité du privilège masculin, car j’ai passé la majeure partie de ma carrière militaire en tant qu’homme. Je l’admets. »

Après des décennies de service à Greenwood, elle connaissait également bien de nombreux hauts dirigeants. Elle sait que les jeunes militaires peuvent ne pas se sentir aussi à l’aise de parler aux officiers supérieurs.

« Je reconnais que les jeunes militaires, notamment les caporaux et les soldats, n’ont peut-être pas ce privilège et ne sont peut-être pas à l’aise de demander de l’aide aux officiers supérieurs à cet égard. »

Cette prise de conscience a contribué à façonner son plaidoyer.

Mme Backhouse veut que les gens sachent où ils peuvent obtenir du soutien. Elle encourage les autres à établir des liens avec les organismes de la Fierté et les réseaux de soutien aux personnes transgenres, y compris ceux des communautés rurales. Elle demeure résolument engagée à soutenir les autres, utilisant les médias sociaux pour diffuser des messages positifs dans des espaces où une personne qui traverse discrètement des difficultés pourrait les voir. Elle souhaite qu’ils puissent connaître d’autres personnes qui ont vécu des expériences similaires. Et, contrairement à ce jour-là sur la promenade de Kandahar, elle s’exprime.

« Il faut simplement faire savoir aux gens qu’il y a de l’espoir et qu’ils ne sont pas seuls. Vous n’êtes pas seul. »

« Maintenant que je suis dans une position où je peux mettre à profit mon histoire pour aider les autres. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je veux rester plus longtemps dans l’armée, car il y a encore beaucoup de travail à faire. »

Elle se décrit comme « une femme ayant une expérience transgenre ».

« Ma vie de femme est différente de celle de beaucoup d’autres femmes. Mais je souhaite être néanmoins reconnue en tant que femme. »

« Nous sommes toutes différentes, et pourtant, nous sommes toutes en quelque sorte des sœurs. »

Avec courage, intégrité et loyauté, Michelle Backhouse laisse sa marque. Elle est une vétérane des Forces armées canadiennes. Découvrez d’autres histoires.

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