Libération des Pays-Bas

Attention!

Cette vidéo contient des scènes au contenu graphique qui pourraient choquer, et est réservée à un auditoire averti.

Video file

Description

Transcription

On a pris les Allemands en France, on les a reculés. En Belgique on s’est presque pas battu. Y’ont tous reculé en Hollande. Mais en Hollande, les soldats étaient déjà là, en Hollande. Mais toute la gang qui était en France, qui a reculé, qui a reculé, qui a reculé, un moment donné, c’était un mur là qu’on frappait là.C’était l’enfer. C’était pas la même guerre qu’en France pis en Belgique. C’était un terrain… dans la vase, pis c’était toutes des petites places, des îlots. Avec leur maudit système de faire partir l’eau partout. Ils faisaient sauter les dikes. On était immergé partout.C’est en bas du niveau de l’eau. C’est deux pieds plus bas que le niveau de la mer. C’est retenu par des digues. La Mer du Nord, si tu casses les digues, ça inonde la Hollande. On a traversé sur… y’appelaient ça des, des Buffalos. Et les Boches ont… ont donné du fil à retordre à toutes nos troupes alliées. Parce qu’ils voulaient pas qu’on se rende en Allemagne, hein ! Plus ça allait, plus ils étaient forts, pis nous autres on n’était pas plus fort. On était la même quantité nous autres. Pis là y’ont décidé… on faisait des poches, pis on vidait les poches. Y’avait plusieurs petits nids d’Allemands dans certains villages, qu’il fallait déloger. On encerclait soit un village, une grosse quantité là, pis là, là… on était comme placé en rang là… un regardait là pis l’autre il regardait là, pis là on rétrécissait ça par en-dedans là… pis là on disait qu’on le réduisait en noyau, pis là on sortait tous les Allemands de ça. Des fois c’était 10 000, 500, 300. Ça nous a pris tout un mois à faire… j’sais pas quoi… peut-être 200 km, c’est tout là. C’était très pénible. Et puis, ils nous voyaient venir alors… c’était infernal. Ils nous pilonnaient avec leurs canons. C’est là qu’on a perdu pas mal d’hommes. Y’avait des snipers. Pis les snipers nous avont pogné, y’avont tué un de nos hommes, pis on a été obligé de se jeter dans un canal d’eau, pis on a été obligé de rester là toute la journée. On a juste pu sortir le soir, quand c’qui nous voyaient pas. Ça fait que... tu restes couché dans un canal d’eau là, avec ton linge tout trempe pour une grand’journée là, pis là ensuite, le soir, faut que tu ailles coucher dans un trou dans’terre… As-tu déjà couché dans un trou dans’terre ? Tu devrais l’essayer quequ’temps. On couchait partout. On était neuf mois qu’on a couché par terre pis dans des granges, pis dans des trous. Un moment donné, on avait été chanceux, dans le bout de Waalwijk, y’avait une tannerie pis ça avait été abandonné à cause de la guerre, j’crois ben, pis c’est tout des grands réservoirs en ciment. Ça fait qu’on avait jeté d’la paille là-dedans pis quand on était au repos ben… on avait une petite échelle pis on descendait là-dedans. Là on était à l’abri des balles pis y’avait toujours des gars qui faisaient la garde, ben sûr ! C’est le genre d’hôtellerie qu’on fait durant la guerre. Quand ce que c’est qui passe des, des bombardiers pis… les canons qui tirent et puis des machine guns qui tirent, puis les tanks qui passent… des fois ça dort mal. J’ai été un an sans me laver. On puait tellement là qu’y’avait rien qui courrait. Y’avait pas de mouche, y’avait pas de maringouin, y’avait rien ! Dans l’hiver là, ils nous ont changé nos habits parce qu’ils avaient peur qu’on prenne des poux. Ils nous avaient amené des habits… plus gros habits pis c’était… c’était traité. Y’avait comme une poudre blanche là-dedans pis c’était… C’est sûr qu’ils le disaient en anglais, c’était des anti vermine suits. Des habits pour pas qu’on pogne des poux. Parce que toujours à… Ouais c’était de même… La vie est plus facile à c’t’heure. À Neijmegen, on a s’est fait encercler là. Quatre jours. On n’avait rien à manger. Et pis quand qu’ils ont fait la brèche là, les premières affaires qu’on a eu c’étaient des biscuits de soldat, de, de marine là. C’était dur comme ça. C’était un steak. On avait faim ! (rires) Mais… on s’en est sorti. Moi j’ai été un an sans boire un verre d’eau parce que l’eau là-bas est salée pis les puits peuvent être contaminés. T’avais pas le droit d’en prendre. Une chance qu’on trouvait des caves à vin… On se réconfortait dans le vin. J’ai vu des gars, moi, tuer des cochons pis… câlisser une balle dans la tête du cochon pis couper un morceau dans la fesse, puis ils faisaient un feu. Fallait faire. Tant qu’y’étaient en arrière deux, trois jours, ils mangeaient. (rires) Les Français avaient toujours été capables de se nourrir… Tandis qu’en Hollande, c’était pas ça du tout. Les Allemands les avaient… avaient tout volé. Ils volaient tout, tout c’qu’ils avaient. Ils ont dilapidé les… les Hollandais et ils ont été très durs, très barbares pour eux. Quand la famine s’est mis à Amsterdam, le monde était après tout mourir… tout mourir de faim. C’était maigre… des squelettes. On a vu des enfants l’hiver là... des fois pas de soulier, pas de bas, rien. Pis licher dans des grands couverts de poubelles là. Ils lichaient là-dedans là… essayer à trouver du manger… Ils avaient tout mangé les rats pis les tulipes qu’il pouvait y avoir dans la ville. Pis les ceux qui ont mon âge qui ont vu ça là… ils sont content qu’on… sont content que qu’est-ce qu’on a fait. C’est du monde qui on souffert énormément. On a essayé de ravitailler les Hollandais. Ils étaient… ils étaient… ils mouraient de faim, c’est aussi simple que ça.J’ai vu tellement de… tellement de choses que c’est… pas possible… de faire pâtir le monde de même, le peuple là, pour rien. Mais j’ai été enterrer des morts. On avait l’ordre de tout, tout ôter. Puis… enlever ses médailles, marquer son nom sur un… sur un chose pour donner ça… c’est pour… soit ses parents, si qu’il était marié, c’était sa femme. Mais là, la bague voulait pas s’ôter. Fallait couper le doigt. On regardait au côté pis on coupait pour arracher la bague… couper le… Pis j’ai toujours dit, moi là, là, que un qui a pas fait la guerre là, pis qu’y’a pas éventé ses senteurs-là… Y’a pas d’idée quoi c’que c’est que c’est la guerre. Les dernières journées, ils voulaient pus se battre les Allemands. Ils savaient qu’ils reculaient tout le temps. Ah y’ont certainement été surpris de, de… de l’endurance pis de toute l’armée canadienne qu’y’avait là. On voyait passer des fois des brigades complètes, 2000, 3000 hommes. Tu sais, quand on voit passer ça là, les Allemands qui s’en vont, ça achève ! Mais y’en reste encore en avant quand même ! Après que… la poussée. Quand que les Allemands se sont mis à… la ligne était cassée, ils se sont mis à se sauver là, on arrivait dans les villages, ben souvent là… Les femmes qui avaient collaboré, ils leurs criaient des bêtises pis là ils leur crachaient dans le visage. Ils les mettaient à genoux dans la rue pis ils leur coupaient les cheveux parce qu’ils disaient qu’y’avaient collaboré avec l’envahisseur. Le commandant allemand, j’me souviens pas qui, a signé la paix ou la, la… l’armistice en Hollande le 5 mai. Il m’a dit... « Va dire aux gars au front que la guerre est finie. Cease fire. » Ça fait que… ça c’était pour moi le, le… pour moi c’était le highlight de la guerre ça, la journée que ça été fini. Le monde court après nous autres, il nous embrasse, il nous saute dessus… tu sais, c’est l’accolade. Faut avoir vécu de les voir comment c’est que c’était content ce monde-là, comment que ça venait fou de nous voir. Y’amenaient des fleurs, des marguerites, tout ce qu’ils pouvaient avoir dans leurs mains pour nous donner parce qu’y’avaient rien. Pour eux autres les Canadiens c’étaient les vrais libérateurs en Hollande. Le monde nous acclamait pis tu sais… ça nous restait marqué quand même. Eux autres étaient heureux, eux autres là, là. Ah oui. Y’étaient délivrés. (rires) C’est malaisé à expliquer. J’te promets que tout le monde était plus que happy, hein. Naturellement… une guerre, une guerre là, c’est pas un pique-nique… c’pas un pique-nique. On savait pas si on allait revenir. On comptait pas là-dessus top, trop. Mais y’avait toujours la possibilité qu’on revienne. Malheureusement, y’en a qui sont pas revenu. Y’ont… Y’ont pas eu la chance de vieillir.

Catégories