Description
Narration sur des images d'archives évoquant la bataille de Passchendaele lors de la Première Guerre mondiale.
Transcription
Passchendaele.
La troisième bataille d’Ypres.
Une course vers la Manche laisse les Alliés en possession d’Ypres; un doigt de terre défiant, pointant en territoire conquis allemand.
Ils ont voulu couper ce doigt en nous étouffant au chlore… ç’a pas marché.
Et puis nous voilà...
On est épuisé. Les Allemands aussi.
Les Flandres, c’est des marécages rendu habitables par des canaux de drainage. Ça augure mal pour la suite…
Sir Douglas Haig veut qu’on profite d’la fatigue des Allemands pour pousser vers le nord, pour prendre leur bases sous-marines.
Depuis 18 mois, les sapeurs creusent des tunnels sous les lignes Allemandes… ce matin, on a détonné un million de livre d’amatol sous leurs pieds. L’onde de choc m’a soufflé au sol.
Les Allemands sont en déroute. On devrait avancer, profiter du moment, mais non. Les Néo-Zélandais ont pris Messines, mais c’est tout.
Gaspillage…
Y’a fallu attendre 6 semaines avant d’attaquer ! En plus… il s’est mis à pleuvoir, sans arrêt. Les Flandres se sont transformées en champ de vase qui avale tout : les véhicules, les chevaux, les hommes. Il fait froid.
Notre barrage d’artillerie est incessant.
Ce matin j’ai trouvé le journal d’un Allemand.
… La noirceur est transpercée de lumière aveuglante comme le jour. La terre tremble… les hommes n’entendent que le feu roulant… les lamentations des blessés… les cris des chevaux abattus… le battement affolé de leur propre cœur… Aucun espoir de s’en sortir…
Ça fait trois mois qu’on se bat. La pluie a pas arrêté depuis juillet.
Combien de fois j’ai marché sur un camarade mort pour pas m’enfoncer ?
Ce matin, les blessés ont arrêté de geindre… parce qu’ils se sont noyés dans leurs tranchées.
Nous les Canadiens, on nous a demandé de prendre ce qui reste du village de Passchendaele; un tas de ruines. On l’a fait.
Mais ça s’est terminé là. Vraiment. 250 mille morts et blessés alliés, 200 mille allemands…
Pour un tas de ruines !
Aujourd’hui, y’a des historiens qui disent que Passchendaele symbolise la futilité de la guerre de tranchée.
Moi je vous dirais que c’était encore pire… ça m’a fait croire à l’enfer.