Extrait du magazine Feuille d'érable, le 2 mai 2007, volume 10, numéro 12

Cloridorme (Québec), le 12 mai 1942 : Le Capitaine de frégate Arnit du NCSM Fort Ramsay et un pêcheur aident les survivants du SS Nicoya à débarquer de leur canot de sauvetage.Photo de l'enseigne de vaisseau de 2e classe (Ens 2) Ian Tate, publiée dans Victory in the St. Lawrence de James W. Essex.

« Dans les froides profondeurs de l'Atlantique, à environ 32 kilomètres au sud-ouest de l'île Scatarie, au large du Cap-Breton, l'équipage du sous-marin U-553 de type VIIC écoute avec appréhension les bruits sourds d'explosions au loin. Le périscope de l'u-boot a subi des dommages au cours d'une bataille avec une escorte de convoi au large de la péninsule de Burin il y a quelques jours. Le capitaine du sous-marin, le Kapitänleutnant Karl Thurmann, espérait que l'île du Cap-Breton serait un havre où il pourrait réparer son sous-marin, mais les explosions ressemblent trop à des bombes lancées par des aéronefs de patrouille. L'un des cinq sous-marins qui circulent indépendamment dans les eaux canadiennes, l'U-553, est affecté aux approches d'Halifax, zone riche en cibles. Le Kptlt Thurmann a par contre la permission de naviguer n'importe où entre la Nouvelle-Écosse et New York. Il décide donc de se déplacer dans un secteur encore inexploré par la flottille des u-boote, où les patrouilles aériennes sont moins vigilantes.

Le 11 mai, en soirée, le gardien de phare Joseph Ferguson, de Cap-des-Rosiers sur la côte de Gaspé, entend des pêcheurs se moquer d'un homme d'équipage qui dit avoir aperçu un tuyau de poêle sortir de l'eau. Les pêcheurs croient que c'est une blague, mais M. Ferguson est pris de panique : il a récemment entendu des pêcheurs se plaindre de grands trous percés dans leurs filets, et cet après-midi même, en scrutant la mer à l'aide de ses jumelles de longue portée, il détecte un étrange sillon dans l'eau pouvant trahir un périscope de sous-marin. Il téléphone immédiatement au bureau du NCSM Fort Ramsay, nouvelle base de la Marine royale canadienne à Gaspé. Malheureusement, personne n'y parle français.

Vers minuit, l'U-553 monte lentement à la surface; le Kptlt Thurmann a trouvé une cible parfaite : le navire de charge SS Nicoya, qui voyage sans escorte de Montréal à Halifax. La première torpille désempare le navire, sans toutefois le faire couler. Les marins ont le temps de mettre les canots de sauvetage à l'eau et de se rendre jusqu'à la côte. Sur 87 personnes, seulement six perdent la vie. La frappe sur le Nicoya ne fait que marquer le début des assauts du Kptlt Thurmann. Peu après minuit, grâce à une seule torpille, il détruit un autre navire de charge sans escorte, le SS Leto. Celui-ci coule tellement vite que seuls un radeau de sauvetage et un canot ont la chance de s'échapper; beaucoup des membres de l'équipage doivent nager pour se sauver la vie. Au cours de la prochaine heure, l'U-553 attaque aussi les navires de charge Dutch Mass et Titus, mais la chance abandonne le Kptlt Thurmann, qui épuise ses torpilles. Lorsque la lumière de l'aube éclaire le ciel, l'u-boot s'immerge. Les navires Dutch Mass et Titus découvrent les morceaux d'épave du Leto et repêchent les survivants, soit seulement 31 membres des 43 censément à bord lorsque la torpille a frappé le navire.

Les canots du Nicoya et du Leto mettent le cap sur la côte gaspésienne, en direction des villages d'Anse au Valleau et de Cloridorme. Quant à eux, les pêcheurs alertés par les grandes explosions des navires de charge sillonnent les eaux à la recherche d'autres victimes. Le seul bateau des bureaux du NCSM Fort Ramsay, un navire d'examen surnommé Venning, est encore sur les cales, mais le Lieutenant Paul Bélanger et son équipage le mettent à l'eau pour participer au sauvetage. Entre-temps, les familles de pêcheurs d'Anse au Valleau et de Cloridorme accueillent les survivants chez eux et en prennent si bien soin que les deux agents de la GRC qui arrivent plus tard dans la matinée ne peuvent rien faire de plus pour eux. »

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