Le premier jour des hostilités, la bataille de la Somme, 1916

Beaumont-Hamel est situé près de l'extrémité nord du front de quarante-cinq kilomètres auquel les Français et les Britanniques devaient donner l'assaut. D'abord annoncée pour le 29 juin 1916, après un bombardement d'artillerie sans précédent de cinq jours, l'attaque a été reportée de deux jours, soit au 1er juillet 1916, d'une part à cause du mauvais temps et d'autre part pour mieux préparer l'artillerie.

À Beaumont-Hamel, la 29th British Division, avec ses trois brigades d'infanterie, la 86e, la 87e et la 88e, était aux prises avec des défenses particulièrement redoutables, tenues de pied ferme par les troupes expérimentées du 119th (Reserve) Infantry Regiment [soit une partie de la 26e Division de Wurttemberg (de réserve)], qui composaient cette partie de la ligne depuis près de vingt mois. On s'attendait néanmoins, avec une certaine assurance, à ce que le bombardement d'artillerie entame considérablement les défenses et le moral des Allemands. En réalité, bien que les tranchées aient subi des ravages considérables, en de nombreux endroits, le fil barbelé était demeuré relativement intact. Plus particulièrement, les défenseurs, à couvert dans de profonds abris, étaient en grande partie indemnes.

Selon le plan de bataille, les quatre bataillons des 86e et 87e Brigades chargés de l'assaut initial s'avançaient vers les barbelés allemands à 7 h 30 - l'heure déterminée. De concert avec l'avance de l'infanterie, le bombardement d'artillerie lourde et moyenne devait porter contre d'autres cibles pour ne retenir qu'un tir de shrapnel et de mortier sur les positions avant de l'ennemi. Donc, comme l'infanterie d'assaut sortait de ses tranchées pour parvenir au fil allemand avant que les Allemands donnent l'assaut, une puissante mine ayant une charge de 18 500 kg a explosé à 7 h 20 sous une place forte allemande sur la crête Hawthorn (juste au nord du ravin en Y). Le but était de détruire une importante place forte ennemie, de saisir la bordure du cratère et de dominer les tranchées ennemies. Toutefois, la riposte allemande a été tellement vive que les troupes du 2e Régiment de fusiliers de la 86e Brigade, désignées pour prendre le cratère, ont été contraintes de défendre leur vie, incapables d'assurer le soutien prévu.

Malheureusement, la mise à feu de la mine a averti les Allemands de l'imminence probable de l'attaque, de sorte que les troupes du 119th (Reserve) Infantry Regiment, sortant de leurs abris, se sont déployées dans la ligne de feu, à peine gênées par le barrage au shrapnel de l'artillerie de campagne. Les bataillons qui s'avançaient pour donner l'assaut, et qui étaient à peine engagés en terrain neutre, ont subi les tirs d'armes légères bien ciblés des carabiniers et des mitrailleurs. En même temps, l'artillerie allemande, ayant relativement échappé au contre-feu en batterie des Britanniques, a dirigé un barrage intensif vers les troupes qui avançaient ainsi que vers les lignes et les communications britanniques. Conjuguée à la dévastation en terrain neutre, cette attaque a eu pour effet de frapper les bataillons suivants, de créer des ravages dans les tranchées et de quasi paralyser les déplacements dans les tranchées des communications. Pour les bataillons pris dans le No Man's Land lorsqu'ils avançaient vers leurs positions prévues pour donner l'assaut, la situation s'est aggravée à 7 h 30 lorsque le barrage au shrapnel a soulevé 100 verges (90 m) de la ligne allemande pour continuer à soulever 100 verges aux deux minutes vers les deuxième et troisième lignes allemandes. Sauf pour le flanc droit, que des éléments du 1er Inniskillings ont réussi à pénétrer de la 1re à la 3e lignes allemandes, l'assaut initial s'est effondré au fil allemand ou à proximité.

Le plan prévoyait que la seconde vague de l'attaque (les deux autres bataillons de chaque brigade d'assaut) s'éloignerait de la ligne avant britannique à 7 h 30 lorsque les bataillons d'assaut atteindraient le fil allemand. Sur le flanc gauche, ceux de la 86e Brigade ont été retardés par le barrage défensif allemand « et ce n'est qu'à 7 h 55 qu'ils se sont mis en marche ». Sur le flanc droit, qui comprenait la zone maintenant occupée par le site commémoratif et une partie du redan Mary juste au sud, selon le Journal de guerre de la 87e Brigade : « Le 1er régiment du King's Own Scottish Borderers (KOSB) et le 1er Border Regiment sont sortis de leurs tranchées de regroupement vers 7 h 35 et, avançant sous le feu très nourri des mitrailleurs, n'ont pas réussi à rejoindre les bataillons de tête si ce n'est les sections de tête du 1er Border Regiment qui se sont rendues jusqu'au fil allemand ».

L'Avance de Terre-Neuve

Au quartier général divisionnaire, le commandant (le major général Beauvoir de Lisle) et son personnel tentaient de déchiffrer les nombreux messages confus en provenance des postes d'observation, des avions de combat et des deux brigades de tête. Selon les indications, des troupes avaient enfoncé et dépassé la première ligne allemande. Le commandant a donc ordonné à la 88e Brigade, qui se tenait en réserve, de faire avancer deux bataillons pour soutenir « l'attaque droite ». À 8 h 45, le 1er Newfoundland et le 1er Essex ont reçu l'ordre d'avancer indépendamment l'un de l'autre, d'occuper la première tranchée ennemie et de dégager vers l'avant jusqu'à la route de la station (derrière la 3e ligne de l'ennemi).

Selon le plan initial, les Terre-Neuviens (et le 1er Essex) devaient avancer vers 10 h, percer les troupes des brigades ayant donné l'assaut initial et prendre le troisième objectif « les tranchées de la troisième ligne ennemie sur la crête de GRANDCOURT ». Mais, selon le récit qu'en fait le Journal de guerre des Terre-Neuviens, voici les instructions qu'ils ont reçu : - « 0845 -Reçu par téléphone ordres d'avancer avec le 1er Essex Regt et d'occuper la première tranchée ennemie - notre objectif se situant entre le point 89 et juste au nord du point 60 - et d'avancer vers la route de la station, déblayant les tranchées ennemies - et de procéder aussi rapidement que possible. Avons demandé à la Brigade si la 1re tranchée de l'ennemi avait été prise et avons obtenu une réponse négative : la situation ne s'était pas redressée. Avons demandé à la Brigade si nous devions passer à l'attaque sans tenir compte du Essex Regt et on nous a répondu par l'affirmative. »

Les Terre-Neuviens se trouvaient sur St. John's Road, une tranchée d'appui, 200 mètres derrière la ligne avant britannique et hors de la vue de l'ennemi. Comme les tranchées de communication étaient jonchées de cadavres et de blessés et étaient la cible d'un tir d'obus, le chef du bataillon, le lieutenant-colonel Hadow, a décidé de prendre immédiatement la formation d'attaque et d'avancer. Sur le flanc droit, le Essex Regiment était visible des positions allemandes à Thiepval de sorte qu'il a été obligé d'avancer dans les tranchées encombrées; il a pris sa position à 10 h 50 seulement. Les Terre-Neuviens étaient laissés à eux-mêmes, appuyés seulement par des tirs au mortier et à la mitrailleuse.

Les Terre-Neuviens ont commencé à avancer à 9 h 15, se déplaçant selon la formation qu'ils avaient répétée, les compagnies A et B en tête de lignes de pelotons en une colonne ou en une seule file à intervalles de quarante pas et de vingt-cinq pas entre les sections, suivies cent verges plus loin par les compagnies C et D en une formation semblable. Quand ils ont atteint la ligne d'horizon derrière la première ligne britannique, ils étaient effectivement les seules troupes à se déplacer sur le champ de bataille et ils ont subi de plein fouet toute la colère du 119th (Reserve) Infantry Regiment qui tenait les positions devant ainsi que le feu de l'artillerie allemande.

Nombreux sont ceux qui sont tombés avant de traverser la ligne britannique. Un plus grand nombre ont été frappés en se frayant un chemin dans les ouvertures des barbelés britanniques. Faisant preuve d'un courage exemplaire, les survivants ont repris leurs formations d'assaut du mieux qu'ils le pouvaient et, « le menton rentré comme s'ils marchaient dans un blizzard », ils ont continué jusqu'à la ligne allemande environ 400 mètres plus loin. À mi-chemin en descendant la pente, un arbre isolé marquait une zone où le feu ennemi était particulièrement concentré. Une représentation du squelette tordu de cet arbre appelé «l'arbre du danger » s'élève maintenant à l'endroit où tant d'hommes sont tombés en ce jour tragique de juillet.

À 9 h 45, le lieutenant-colonel Hadow, qui avait assisté à la destruction d'une bonne partie du bataillon depuis son état-major à Sap 4, a informé le commandant de brigade (basé dans un abri tout près) que l'offensive avait échoué. De quinze à vingt minutes après avoir quitté la tranchée de St. John's Road, environ 85 % de ceux qui s'étaient élancés vers l'avant étaient morts, mourants ou blessés. Un seul autre bataillon (le 10e West Yorks à Fricourt) a subi de plus lourdes pertes le 1er juillet 1916. Toutefois, pour de nombreux hommes, c'était loin d'être terminé. Des survivants isolés ont continué à charger les Allemands depuis le No Man's Land, et environ quarante hommes, sous le commandement d'un certain capitaine G.E. Malcolm du 1er KOSB, ont tenté de poursuivre l'attaque, mais ils ont été contenus juste avant la ligne ennemie. Sur cet incident, le capitaine Malcolm, qui avait été blessé, a affirmé plus tard : « Je souhaite féliciter le Newfoundland Regiment pour sa formidable constance en de pénibles circonstances. »

La tragédie n'était pas terminée pour le 1er Essex. Ces hommes avaient à peine pris leur position que le commandant divisionnaire a ordonné de mettre fin aux attaques. Cependant, vu les nombreuses difficultés auxquelles se heurtaient les communications, ils n'ont pas reçu le message. Les deux compagnies de tête ont tenté d'avancer et ont subi environ 250 pertes avant que leur commandant ne fasse halte.

Seuls quelques blessés gisant dans le No Man's Land ont pu tenter de se mettre à l'abri avant la tombée de la nuit, et bon nombre sont morts là où ils gisaient ou ont par la suite rendu l'âme sous le tir d'artillerie ou celui des carabiniers ennemis vigilants et des mitrailleurs 1. Plusieurs blessés n'ont été récupérés que quatre nuits plus tard. Entre-temps, les restes du bataillon ainsi que la réserve, qui avait été retenue, ont continué de tenir une partie de la ligne face aux contre-attaques allemandes prévues jusqu'à ce qu'on les relève le 6 juillet, subissant d'autres pertes dans l'intervalle, notamment celle de quatre officiers l'après-midi du 1er juillet. Lorsque la force de combat du bataillon a abandonné la ligne le 6 juillet pour aller se loger à Engelbelmer, elle comptait 168 membres non officiers. C'est là que, le 7 juillet, le lieutenant O.W. Steele a été blessé par des tirs d'obus; il est mort le lendemain.

Les Terre-Neuviens ont occupé la ligne de nouveau du 14 au 17 juillet, avec une force alors composée de onze officiers et de 260 carabiniers. Le 27 juillet, avec le reste de la Division, ils ont pris le train pour aller se loger à Candas, le bataillon comptant alors 554 hommes.

1 Le triangle d'étain brillant que chacun portait au dos a aggravé la situation des hommes gisant dans le No Man's Land . Ces marques devaient permettre l'identification par l'avion de liaison et par le détachement d'observateurs, mais elles signalaient également à l'ennemi tout mouvement des hommes qui gisaient blessés ou à couvert, selon ce qu'ils pouvaient trouver.

Les pertes

Les pertes subies le premier jour de la bataille de la Somme totalisaient 57 470 hommes, et 19 240 ont été fatales. Le 30 juin 1916, le nombre de rationnaires du Newfoundland Regiment Battalion s'élevait à 1 044, tous grades confondus, y compris le personnel administratif et temporaire. La force de combat réelle comprenait 929 hommes, tous grades confondus, dont vingt-six officiers et 772 sous-officiers et militaires du rang déployés dans les tranchées. Un autre groupe composé d'un officier et de trente-trois sous-officiers et militaires du rang était rattaché aux compagnies de tir au mortier et à la mitrailleuse de la Brigade, tandis que quatorze officiers et quatre-vingt-trois sous-officiers et militaires du rang étaient retenus comme réserve et pour exercer des fonctions particulières.

Pour autant que nous le sachions, 22 officiers et 758 sous-officiers et militaires du rang ont participé directement à l'offensive. De ce nombre, tous les officiers et un peu moins de 658 sous-officiers et militaires du rang sont à porter au nombre des pertes, mais les données exactes ne sont pas disponibles, car les pertes signalées sont celles de toute la journée. Sur les approximativement 800 hommes qui ont poursuivi, seuls 110 environ ont survécu indemnes, dont à peine soixante-huit ont répondu à l'appel le lendemain. Le 7 juillet, le Journal de guerre du bataillon précise que le 1er juillet, les pertes totales subies par le bataillon étaient de quatorze officiers et de 296 sous-officiers et militaires du rang tués, décédés des suites de leurs blessures ou manquants et jugés morts et que 12 officiers et 362 sous-officiers et militaires du rang étaient blessés pour un total de 684 hommes, tous grades confondus, sur une force de combat d'environ 929 hommes. Environ 14 blessés ont par la suite succombé à leurs blessures. Voici ce que le commandant divisionnaire a écrit plus tard au sujet de l'effort des Terre-Neuviens : « Ce fut un magnifique exemple de vaillance exercée et disciplinée, et son offensive a échoué parce que des hommes morts ne peuvent plus avancer. »

Le Newfoundland Regiment après Beaumont-Hamel

Dans les semaines et les mois qui ont suivi l'attaque, pendant que les officiers survivants écrivaient des lettres de condoléances aux familles et aux proches à Terre-Neuve, le bataillon a progressivement retrouvé sa pleine force de combat. Six semaines plus tard, il a repoussé une attaque allemande au gaz en Flandre. Par la suite, les hommes de ce bataillon se sont distingués à l'occasion de nombreux affrontements : de nouveau sur la Somme en octobre 1916, à Gueudecourt, en avril 1917 à Monchy-le-Preux au cours de la bataille d'Arras, où ils ont perdu 485 hommes en un jour, mais ont mis en échec une attaque allemande contre toute probabilité, puis en novembre 1917 à Masnières - Marcoing au cours de la bataille de Cambrai, où ils ont tenu bon héroïquement bien que débordés, enfin à Bailleul où ils ont stoppé l'avancée allemande en avril 1918. Après une période pendant laquelle ils ont été tenus à l'écart des opérations et ont servi de garde armée au quartier général principal à Montreuil, ils ont joint les rangs de la 28e Brigade de la 9e Division (écossaise) et ont de nouveau pris part aux combats à Ledeghem et, plus loin, à l'occasion des offensives des « cent derniers jours ». C'est au cours de ces derniers jours de la guerre que le soldat Tommy Ricketts du Regiment est devenu le plus jeune soldat de la guerre (il était à quelques mois de son dix-huitième anniversaire) et qu'il a obtenu la plus haute distinction de l'Empire pour sa bravoure, la Croix de Victoria.

Les Terre-Neuviens se sont acquis une réputation inégalée comme bataillon inébranlable sans égard au prix à payer. Ils ne se plaignaient pas, ils croyaient à leur mission et s'en acquittaient avec courage, compétence et détermination. En reconnaissance de leur courage et de leurs exploits exceptionnels, le roi Georges V leur a attribué, au terme de la bataille de Cambrai, le préfixe « Royal », les renommant ainsi le Royal Newfoundland Regiment . De toute la guerre, ce fut la seule fois que cet honneur a été conféré et seulement la troisième fois dans l'histoire de l'Armée britannique qu'il a été accordé en temps de guerre. C'était un hommage à la mesure de ces hommes remarquables.

L'estime qu'on témoignait aux Terre-Neuviens se constate à l'occasion d'un hommage spontané. En octobre 1918, le bataillon a été temporairement retenu à l'extérieur du hameau belge de Steenbeck. Sur le flanc droit, un officier à cheval s'est avancé vers eux au galop. Il s'agissait du brigadier-général Freyberg, V.C. À portée de voix, il s'est écrié : « Qui êtes-vous?
« Des Terre-Neuviens » lui a-t-on répondu. »
« Dieu soit loué! Mon flanc gauche est sauf », s'est exclamé le brigadier en faisant pivoter son cheval.

Le Royal Newfoundland Regiment a été démantelé en 1919. Toutefois, lorsque Terre-Neuve est entrée dans la Confédération canadienne en mars 1949, l'Union du Canada a convenu « de subvenir, dans la province de Terre-Neuve, aux besoins des unités de réserve compétentes des forces de défense canadiennes, lesquelles comprenaient le Newfoundland Regiment ». L'autorité par laquelle le Regiment s'est trouvé intégré au tableau d'effectifs et de dotation de l'Armée canadienne de réserve a été convenue en octobre 1949 et, avant la fin de l'année, le roi Georges VI a de nouveau approuvé l'attribution du titre de Royal.

Beaumont-Hamel après juillet 1916

Après juillet 1916, le front de Beaumont-Hamel est demeuré relativement calme tandis que les grandes batailles de la Somme faisaient rage au sud. Puis, lors du dernier épisode des batailles de la Somme, le 13 novembre 1916, alors que s'amorçait la bataille de l'Ancre, Beaumont-Hamel a subi l'assaut de la 51st Highland Division. En moins d'une journée, tous les objectifs du 1er juillet de la 29e Division avaient été pris ainsi qu'un très grand nombre de prisonniers allemands, puis les combats se sont déplacés vers l'est sur la crête de Beaucourt.

Le secteur du lieu commémoratif est alors devenu une zone arrière où les troupes logeaient dans les anciens abris allemands et où un camp a été établi à proximité du cimetière du ravin en Y (qui a également été ouvert au cours de la même période). En mars 1917, lors de la retraite des Allemands vers la ligne Hindenburg (ou Siegfried), à environ trente kilomètres de Beaumont-Hamel, les équipes chargées de récupérer le matériel sur le champ de bataille sont arrivées, de nombreux abris ont été condamnés et les premiers efforts ont probablement été faits pour remettre une partie des terres à leur état agricole initial. Toutefois, en mars 1918, l'offensive allemande Kaiserschlacht a été stoppée ici sur les mêmes lignes de bataille qu'auparavant. Jusqu'à la bataille d'Amiens et à la retraite allemande vers la fin d'août 1918, les protagonistes se sont affrontés sur le même terrain, bien que les seules interventions se soient résumées à la conduite courante d'opérations militaires de première ligne - des raids, des patrouilles et des manoeuvres d'intimidation de l'artillerie.

Peu après la Première Guerre mondiale, le gouvernement de Terre-Neuve a acquis le terrain sur lequel le 1er Newfoundland Regiment avait fait son offensive héroïque. Une bonne part du crédit revient au lieutenant-colonel Tom Nangle qui, à titre de directeur de l'enregistrement des tombes et des enquêtes et de représentant de Terre-Neuve auprès de la Imperial War Graves Commission, a négocié l'acquisition du lieu avec quelque 250 propriétaires fonciers français. À chacun des cinq lieux commémoratifs terre-neuviens en Europe, il a joué un rôle de premier plan dans la planification et la surveillance des travaux en vue d'ériger la statue d'un fier caribou, l'emblème du Regiment , debout face à l'ancien ennemi, rejetant la tête en arrière en signe de défi.

L'architecte-paysagiste qui a conçu les lieux et qui en a surveillé la construction est M. R.H.K. Cochius, originaire des Pays-Bas et habitant St. John's, la capitale de Terre-Neuve. Les caribous sont l'oeuvre du sculpteur britannique Basil Gotto qui a également exécuté la statue « Fighting Newfoundlander », dont sir Edward Bowring a fait don à la population de St. John's.

Le lieu comprend trois cimetières tenus par la Commonwealth War Graves Commission, soit celui du ravin en Y, le cimetière no 2 de la crête Hawthorn et le lieu inhabituel d'inhumation collective du cimetière de Hunter. Près de l'entrée se trouve un monument commémoratif de la 29th British Division. Signalons particulièrement, au-dessus du ravin en Y, le monument commémoratif de la 51st Highland (Scottish) Division. Le terrain dont la commune de Beaumont-Hamel avait d'abord fait don aux anciens combattants de la 51e Division a été jugé instable en raison des nombreux abris situés au-dessous. Le lieutenant-colonel Nangle a donc offert l'emplacement au sein de ce lieu commémoratif qui surplombe le ravin en Y, le théâtre de certains des combats les plus acharnés qui ont été livrés le 13 novembre 1916. George Henry Paulin a été le sculpteur choisi. Le sergent-major Bob Rowan des Glasgow Highlanders (1/9 Highland Light Infantry) a servi de modèle pour la magnifique figure qui surmonte le monument commémoratif. Sur le devant se trouve une plaque portant l'inscription en gaélique : La a'Blair s'math n Cairdean. (Le jour de la bataille, les amis sont un réconfort). La croix de bois celte sur la voie qui mène au monument commémoratif a d'abord été placée à High Wood pour ensuite être déplacée au lieu de Terre-Neuve.

Beaumont-Hamel a marqué au fer la conscience collective des Terre-Neuviens. Après la guerre, au premier anniversaire de la bataille, ils se sont réunis à Terre-Neuve et avec d'autres en France pour se remémorer le dévouement et le courage extraordinaires des hommes qui y sont tombés. Et il en est ainsi depuis. À l'intérieur des limites du lieu commémoratif, près d'un millier d'hommes ont été tués ou sont morts en ce seul jour fatidique du début juillet 1916. De ce nombre, de deux à trois cents sont ensevelis sous le gazon vert et les fleurs sauvages qui tempèrent l'austérité du lieu, notamment bon nombre des quelque cent trente Terre-Neuviens ayant pris part à cette offensive décisive et qui n'ont pas de tombe connue. Ainsi, maintenant comme alors, cet emplacement demeure un lieu de respect, de réflexion et de pèlerinage.

À l'entrée de ce lieu commémoratif est inscrite dans le bronze une épitaphe composée par John Oxenham :

[Traduction libre]
Posez ici un pied léger -
Avancez avec révérence et lentement
Et même que votre âme s'agenouille
Et, la tête baissée et le coeur humble,
Efforcez-vous de saisir le gain futur de cette triste perte.
Car pas un pied de ce gazon froid et humide
Qui ne soit saturé du sang de ces hommes vaillants
Qui, pour leur foi, leur espoir, pour la vie et la liberté,
Ont fait ici le sacrifice.
Ici, ils ont donné leur vie et y ont renoncé de plein gré,
Pour vous et moi.

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