Poème

Après le combat (traduction)

Sous la voûte étoilée,
seul, je veille,
dans les champs par Mars ravagés,
leur dernier sommeil.
Silencieux, l'un contre l'autre blottis,
sous le linceul de leur longue nuit,
visage exsangue, cheveux de sang croûtés.

Près des arbres déracinés, des cratères
le long de la crête, ils gisent
dans la boue dos contre terre,
le regard morne, sans hantise.
Pourquoi est-ce d'un oeil éteint,
qu'ils fixent le ciel sibyllin?
Que ne gémissent-ils ou se lamentent?

Pourquoi la vue de ces visages
que l'âpre lumière des étoiles rend blafards
m'emplit-elle de rage?
Pourtant, je sommeille avec eux ce soir!
Le spectre de la mort, de son doigt osseux
me fait signe, m'invite sans détours;
mais l'un contre l'autre, insoucieux,
nous veillerons jusqu'au point du jour.

De la Somme,
1916


Poème
PGM, avril 1917

Transport des blessés (La ballade des brancardiers) (traduction)

I

Couchés sur des sacs de sable, tout près de l'infirmerie,
Nous paressons au soleil, insensibles aux moqueries.
C'est nous les brancardiers, les ânes, les nuls de la baraque,
Les tire-au-flanc de l'armée, jusqu'à la prochaine attaque!

II

Puis, un de ces sales matins, au ciel de rouge enflammé,
quand le tonnerre des batteries, les morts pourrait réveiller,
que les mitrailleuses en folie ajoutent à la colère
des déflagrations qui produisent un vacarme d'enfer,

III

–– C'est « Allez les brancardiers aux bras si secourables! »
« Faites place aux brancardiers, ces gars rapides et si aimables! »
« Faites place aux brancardiers! », crie-t-on de tranchée en tranchée,
et tous de s'écarter pour laisser passer les brancardiers.

IV

Le désordre sanglant et le tumulte nous traversons,
butant à chaque pas, sans respirer à cause des gaz,
rampant pour éviter les balles qui sifflent et qui nous rasent,
Par-dessus les brèches, au travers des sapes et jusqu'au front.

V

Nous courons où tombent les hommes dans la terrible ligne de tir,
Les extirpons d'la boue, les soulevons, les ramenons.
Par barbelés, par bourbier, aller-retour sans faiblir
rien n'arrête les brancardiers, au pas d'course nous allons.

VI

Sans cesse nous retournons, pour tous les ramener
De bravos et de hourras nous acclament les blessés!
Sans cesse nous retournons, portant jusqu'au dernier
Aux sons de « Vive les brancardiers! » et « Buvons à votr' santé! »

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